LA CRITIQUE AU XIX" SIÈCLE
Si je ne suis pas dupe d'un vain désir de distinguer, il y a eu, de notre temps, quatre sortes de critique littéraire. La
première * est comme partie nouvelle et essentielle de l'histoire générale. Les révolutions de l'esprit, les changements du goût, les chefs-d'œuvre, en sont les événements; les écrivains en sont les héros. On y fait voir Tintluence de la société sur les auteurs, des auteurs sur la société : c'est proprement l'histoire des affaires de l'esprit.
La seconde sorte de critique* est à la première ce que les mémoires sont à l'histoire. Elle s'occupe plus de la chronique des lettres que de leur histoire, et elle fait plus de portraits que de tableaux. Pour elle, tout auteur est un type, et aucun type n'est inépuisable. Aussi ne donne-t-elle pas de rangs, elle se plaît aux talents aussi divers que les visages. Elle est moins touchée des lois générales de l'esprit que des variétés de la vie individuelle. Pour le fond comme pour la méthode, cette critique est celle qui s'éloigne le plus de la forme de l'enseignement et qui a l'allure la plus libre. La pénétration qui ne craint pas d'être subtile, la sensibilité, la raison pourvu qu'elle ne sente pas l'école, le caprice même à l'occasion, le fini du détail, l'image transportée de la poésie dans la prose, telles en sont les qualités éminentes. En lisant certaines Causeries sur des lettrés illustres, on pense à Plutarque' et à Bayle *, et on les retrouve.
La troisième sorte de critique ^ choisit, parmi tous les objets d'étude qu'offrent les lettres, une question qu'elle traite à fond, en prenant bien soin de n'en avoir pas l'air.
S'agit-il, par exemple, de l'usage des passions dans le drame, elle recueille dans les auteurs dramatiques les plus divers et les plus inégaux les traits vrais ou spécieux dont ils ont peint une passion; elle compare les morceaux, non pour donner des rangs, mais pour faire profiter de ces rapprochements la