‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 48 sur 243 · Celle de Sainte-Beuve · texte numérisé non relu

Celle de Sainte-Beuve

3. Au Plutarque traduit par Amyot, sans doute, à cause de son ton de bonhomie, malicieuse parfois.

4. Bayle (1647-1706), philosophe du xviii» siècle, qui, dans son Dictionnaire, k^ le premier, développé des doctrines sceptiques et ouvert la voie aux encyclopédistes.

vérité et le goût; elle y ajoute ses propres pensées, et de ce travail de comparaison et de critique, elle fait ressortir quelque vérité de Tordre moral. C'est là son objet : tirer des lettres un enseignement pratique, songer moins à conduire l'esprit que le cœur, prendre plus de souci de la morale que de l'esthétique. C'est de la littérature comparée qui conclut par de la morale.

J'éprouve quelque embarras à définir la quatrième sorte de critique*. Celle-ci se rapproche plus d'un traité; elle a la prétention de régler les plaisirs de Tesprit, de soustraire les ouvrages à la tyrannie du « chacun son goût » d'être une science exacte, plus jalouse de conduire l'esprit que de lui plaire. Elle s'est fait un idéal de l'esprit humain dans les livres ; elle s'en est fait un du génie particulier de la France, un autre de sa langue; elle met chaque auteur et chaque livre en regard de ce triple idéal. Elle note ce qui s'en rapproche : voilà le le bon; ce qui s'en éloigne : voilà le mauvais. Si son objet est élevé, si elle ne fait tort ni à l'esprit humain qu'elle étudie dans son imposante unité, ni au génie de la France qu'elle veut toujours montrer semblable à lui-même, ni à notre langue qu'elle défend contre les caprices de la mode, il faut avouer qu'elle se prive des grâces que donnent aux trois premières sortes de critiques la diversité, la liberté, l'histoire mêlée aux lettres, la beauté des tableaux, la vie des portraits, les rapprochements de la littérature comparée. J'ai peut-être des raisons personnelles pour ne pas mépriser ce genre; j'en ai plus encore pour le trouver difficile et périlleux.

Sous chacun de ces trois premiers genres tout lecteur met des noms célèbres, en faisant une place à part pour celui de l'écrivain supérieur ^ qui a élevé la critique à la hauteur de l'histoire et prouvé que la science littéraire n'est pas la moins relevée des sciences morales. Quant au quatrième genre, les lecteurs de ce livre diront s'il répond à une réalité, ou si l'auteur n'a pas pris pour un genre son défaut de génie pour les trois autres.

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