‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 50 sur 243 · Allusion aux travaux de M. Vitet · texte numérisé non relu

Allusion aux travaux de M. Vitet

3. EnsTACHELESoRUR (1G16-1655), l'un des plus grands peintres de recelé fran* çaise ; on l'a appelé le Rapha/'l français.

4. Application faite par Victor Cousin dans son ouvrage intitulé Du Vrai, du Beau, du Bien (Didier, édit.)>

les erreurs de l'un par les vérités de Tautre ; où Téloquence, inspirée du seul intérêt de ces hautes matières, nous rendait quelque chose de l'ampleur de Descartes* et de Téclat de Malebranche*; où, charmés et persuadés, nous sentions notre nature morale s'élever et s'améliorer par les mêmes plaisirs d'esprit qui formaient notre goût.

Ces leçons, devenues des livres, ont gardé dans leurs parties les plus solides les qualités du grand style ; et dans tout ce qui n'est que brillant, elles en ont encore les grands airs. Peut-être eût-on désiré pour une si belle plume une fortune plus haute que l'histoire ou la critique des systèmes; peutêtre un nouvel effort supérieur d'invention et de démonstration pour nous faire monter quelques échelons de plus vers l'inaccessible eût-il plus servi la philosophie que les modestes affirmations de Técleclisme^. En tout cas ce regret ne fait pas tort à l'homme illustre qui nous avait donné tant d'ambition pour lui, et il ne nous rend pas indifférents à ce qu'il fut, il y a vingt ans, comme un souffle puissant de spiritualisme qui purifia notre atmosphère intellectuelle des grossières vapeurs que le sensualisme du xyiii" siècle y avait répandues.

Est-il vrai que plus d'un auditeur de la Sorbonne, sous le charmé de tant de belles paroles sur Dieu, l'homme, le monde et leurs rapports, s'achemina vers Notre-Dame *, plus qu'à demi conquis aux vérités religieuses qu'enseignaient du haut de la chaire chrétienne des prédicateurs plus éloignés des voies des grands sermonnaires que le philosophe ne l'était des voies de Descaries? Étaient-ce des gens touchés, allant du Dieu de l'éclectisme au Dieu de l'Évangile, ou des Athéniens courant d'une tribune à une autre tribune, du plaisir de la

1. DctCARTBs (1596-1650), grand penseur du xvii* siècle. Son Discours de la méihode a renouvela la philosophie. Il a créé, en France, la langue philosophique.

2. Malbbrarchb (1638-1715), philosophe, membre de la congrégation de l'Oratoire, disciple de Descartes; son principal ouvrage a pour titre la Recherche de la vérité.

3. L'école éclectique fait un choix de tout ce qui lui semble rrai dans les différents S3f8tèmes des philosophes et en compose une doctrine.

AUasion au P. Lacordairb.

parole au plaisir de la parole? En tous cas, la Sorbonne était digne de recruter pour Notre-Dame ; et si on lui en donne la louange, c*est un honneur que ne refuserait pas la philosophie la plus jalouse de rester distincte de la religion.

{Histoire de la littérature française^, tome IV, conclusion.)

LA LANGUE FRANÇAISE ET L'aRT D'ÉCRIRE

Dans les principales conditions de notre langue, — je veux bien ne pas dire privilèges, pour échapper à Tenvie, — la propriété, la clarté, la précision, la liaison, qu'y a-t-il pour la commodité de l'écrivain? Ces qualités d'obligation, sans lesquelles on n'écrit rien de durable en France, sont comme autant de privilèges pour le lecteur; pour l'écrivain, ce sont des charges et des devoirs. Quiconque a tenu une plume sait ce qu'il en coûte pour être goûté, ou seulement pour n'être pas rebuté. Que d'efforts pour être clair, simple, précis, pour ne se servir que des termes propres, c'est-à-dire pour n'élre pas un méchant écrivain !

De là, chez presque tous ceux qui ont du goût, une grande répugnance à écrire. Ils sentent déjà la difflcuUé et ils craignent la fatigue, que ne paye pas toujours le succès. Aussi n'y a-t-il d'écrivains résolus que ceux qui sont doués extraordinairement, ou cette foule qui n'a pas conscience de la difficulté.

Au reste, l'art n'est pas facile, même aux mieux doués. Ce que l'histoire anecdotique de nos grands écrivains nous raconte de ces manuscrits raturés à toutes les lignes, de ces rédactions premières qui n'ont été que des tâtonnements laborieux, nous autorise à dire que la langue française, si complaisante pour le lecteur, est sans pitié pour l'écrivain*.

Pour écrire clairement en français, c'est-à-dire pour arracher les idées de ce fond obscur où nous les concevons, et les amener à la pleine lumière, que d'efforts et de travail !

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