‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 68 sur 243 · vol. in>12; Charpentier éditeur, Paris · texte numérisé non relu

vol. in>12; Charpentier éditeur, Paris

sans nos efforts. Ce but, qui recule devant nous, nous encourage et nous anime*. Nous ne pouvons un peu que parce que nous voulons beaucoup, et nous n'arrivons au bien que parce que nous avons Tidée du mieux : tant éclate partout, dans nos actions comme dans nos sentiments, ce contraste de grandeur et de misère, de faiblesse et de force, qui fait le fond du cœur et de l'esprit humain^ !

Je cherche un exemple de celte force qui tient "^ à notre impuissance même. Pardonnez -moi si je le prends dans mes paroles». Croyez-vous qu'en ce moment j'exprime tout ce que je veux? Non, je lutte contre l'impuissance que je sens de vous communiquer mon idée tout entière. J'ai en moi, j'ai devant l'œil de mon esprit Timage vive et nette de ma pensée; je la vois pleine de clarté et de lumière, et pourtant je ne peux pas vous la montrer telle que je la vois; elle s'obscurcit avant de vous arriver; il y a entre vous et moi je ne sais quel brouillard qui l'efface à moitié. Mais, si je n'avais pas cette image qui brille devant mes yeux, pourrais-je parler? pourrais-je rien exprimer de mes pensées? Non. C'est parce que je ne suis pas complètement faible, que je puis montrer quelques traits de l'idée que j'ai en moi 2. Si j'étais complètement fort, je vous représenterais, dans toute sa clarté, ce que je ne vois pas et ce que je ne puis dire qu'à moitié. Perpétuel témoignage de la contradiction qui est dans l'homme^ ! Sans cette idée et le désir d'un mieux que je ne puis pas atteindre, je ne pourrais rien. <c Que de fois, dit saint Augustin, que de fois, quand je prêchais, je me déplaisais à moi-même, poursuivant sans cesse un mieux dont

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