‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 69 sur 243 · Si je cite mon propre exemple · texte numérisé non relu

Si je cite mon propre exemple

o. C'est sous l'empire de la môme idée que Diderot a écrit, dans ses ScUons : u Combien de choses senties et qui ne sont pas nommées! J'avoue que je n'ai jamais su dire ce que j'ai senti dans VAndrienne de Térence et la Vénus de Médicis... Le sentiment est difûcile sur l'expression; il la cherche, et cependant ou il balbutie, ou il produit d'impatience un éclair de génie. Cet éclair n'est pas la chose qu'il sent, mais on l'aperçoit à la lueur. » 6. Contradiction entre ses efforts et sa faiblesse naturelle.

SÂINT-MARC GIRÂRDIN 119

mon âme jouissait et que je ne pouvais pas atteindre par mes paroles ! Je m'affligeais que ma langue ne pût pas suffire à mon cœur; je voulais que mes auditeurs comprissent ce que je comprenais moi-même, et je sentais que je ne parlais pas de manière à produire cet effet. Mon idée brillait devant moi comme un éclair et pénétrait mon intelligence d'une vive clarté; mais mon expression était lente et tardive. Quelle différence ! tandis que ma parole se déroulait péniblement, déjà ridée rapide et vive était rentrée dans la profondeur de l'intelligence; et pourtant, c'était à l'aide des traces lumineuses qu'elle avait laissées sur son passage, que je pouvais retrouver quelques signes* et exprimer quelques pensées. »

Ainsi donc, tous, qui que nous soyons, faibles ou forts, tous nous sentons à chaque instant une contrariété qui fait du même coup notre grandeur et notre misère, qui nous abat et qui nous élève, soit que, dans nos actions, nous poursuivions ridée d'un bonheur et d'une vertu que nous ne pouvons pas atteindre, soit que, seulement dans nos paroles, nous cherchions à représenter une vérité que nous ne pouvons pas non plus exprimer tout entière. Qu'il me soit permis de prendre encore un exemple parmi les choses les plus familières^. Pourquoi aimons-nous les romans? pourquoi ces fictions invraisemblables et fabuleuses^^ ont-elles le don de nous plaire ? Tantôt les événements sont bizarres et impossibles ; tantôt les caractères sont exagérés et faux ; ce sont des aventures qu'on ne rencontre jamais, des vertus qui ne sont pas de ce monde, et des vices aussi extraordinaires que les vertus. Et pourtant nous aimons les romans. Les romans ont le mérite de nous représenter un peu ce monde idéal et charmant qui n'existe nulle part sur la terre, mais dont l'image, que nous avons vue je ne sais où, est restée imprimée dans notre cerveau; nous ne croyons pas à ces récits magnifiques S niais

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