Qui ont une apparence de grandeur
nous les aimons, car il n'y a de beau que ce qui n'est pas*. Tout ce qui vit est médiocre^, et l'homme veut, par son imagination au moins, échapper à cette médiocrité qui le presse de tous côtés, qui est le sort de la vie terrestre, il le sait, mais qui n'est pas la vocation de son âme^. Aujourd'hui même que le roman et le théâtre visent, à qui mieux mieux, à l'horrible ; aujourd'hui que le vice a pris des allures fieras et hautaines qui déconcertent' la vertu, cette manie de mettre le grand dans l'horrible et le beau dans le mal, n'est pas autre chose qu'une tentative faite par l'homme pour atteindre h cet idéal qu'il cherche toujours, et qu'il place, selon les opinions du temps, tantôt dans le bien, tantôt dans le mal, mais qu'il ne trouve jamais. Autrefois l'imagination faisait des saints pour les légendes; aujourd'hui elle fait des démons pour les romans. Mais, saints ou démons, elle prend toujours ses modèles hors de la terre ; car quand elle ne peut plus s'élever au-dessus de l'homme, elle aime encore mieux s'abaisser au-dessous que de rester dans les limites de l'humanité, l'homme ne pouvant pas se décider à être homme, c'est-à-dire imparfait et médiocre^.
{Essais de littérature et de morale^.)
l'amour PATERNEL DANS CORNEILLE
Dans Corneille l'amour paternel a un caractère particulier de fermeté et de grandeur. Au premier coup d'oeil, il semble que don Diègue*^ et le vieil Horace manquent de tendresse :
1. La réalité est toujours laide par quelque endroit, en sorte que nous éprouvons le besoin de l'épurer dans les créations de notre intelligence, roman, poésie, etc.
•2. Ce mot est employé ici au sens étymologique : tout ce qui vit tieat le milieu entre le beau et le laid.