‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 95 sur 243 · GEOFFROY · texte numérisé non relu

GEOFFROY

aulanl d*art dans la peinture de cet aOrauchi, que dans celle de Burrhus; maisTun intéresse vivement, et l'autre n'inspire que de Thorreur. Il y a tant de scélérats dans la société, et surtout dans les cours, qu'il est difficile de peindre une cour, et une cour corrompue, sans qu'un pareil monstre y joue un grand rôle. La pièce présente donc quatre caractères, dont un seul suffirait pour donner du prix à une tragédie. L'innocence, la naïveté, la jeunesse des deux amants, font ressortir laprofondeur etla force des autres personnages. Racine, qui semble avoir emprunté le pinceau de Michel-Ange et de Raphaël pour tracer ces quatre premières figures, a répandu sur Junie et sur Britannicus les grâces et le coloris du Gorrège. L'intrigue n'est pas aussi vive et aussi compliquée que dans les tragédies romanesques ; il en est de la tragédie historique comme de la comédie de caractère ; le Misanthrope, où tout est caractère et peinture de mœurs, n'a pas besoin d'être intrigué comme les pièces qui n'ont d'autre mérite que de piquer la curiosité par la singularité des incidents. Après Athalie, qu'il faut toujours excepter, aucun ouvrage n'approche plus de cette perfection, qui consiste dans le naturel et la vérité ; aucun n'a une marche plus sage et plus régulière, une plus grande sévérité de raisonnements et de pensée, plus de simplicité et de noblesse. Pour composer un auditoire digne de celle tragédie, il faudrait le remplir de princes, de sénateurs, de magistrats, d'hommes d'État et de gens de lettres.

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