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LES FEMMES SAVANTES

Les Femmes savantes sont, à mon avis, le chef-d'œuvre de Molière. Je les préfère au Misanthrope et au Tartuffe, J'y trouve plus de gaieté, plus de véritable comédie que dans le Misanthrope, et en même temps moins de tirades sentencieuses, moins de couplets officiels que dans le Tartuffe, Il n'y a dans cette préférence rien de capricieux; elle peut, sans doute, n'être pas acceptée généralement, mais je ne crois pas qu'elle ait à craindre une réfutation sérieuse. Le Misanthrope et Tartuffe renferment d'éternelles beautés, et seront toujours des monuments d'une haute philosophie ; les Femmes savantes allient à la même sagesse une vivacité singulière, une élégance et un mouvement qui, à mes yeux, en font une comédie unique.

Armande et Henriette sont dessinées avec une précision qui ne permet pas un seul instant de les confondre. Armande représente à merveille une liseuse de romans, entichée des subtilités du bel esprit, nourrie des doctrines de l'hôtel de Rambouillet, pleine de mépris pour la bourgeoisie, récitant d'une voix emphatique tous les grands mots des livres qu'elle a parcourus, comme si chaque syllabe devait élargir la gloire de son nom. Elle a pris de la science le côté orgueilleux, égoïste, insociable. Du haut de sa pitié, elle fronde à toute heure du jour les misères du ménage et jusqu'aux mouvements les plus généreux de la passion. Je suis loin de blâmer la crudité des expressions que Molière a placées dans la bouche d' Armande. C'est mal connaître le pédantisme, et surtout le pédantisme féminin, que d'accuser d'exagération le dialogue d'Armande et d'Henriette au premier acte. Le plus grand malheur de la science officielle chez les femmes, ce n'est pas de les rendre ennuyeuses, de leur ôter la grâce et la coquetterie qu'elles ne devraient jamais oublier; c'est l'efiacement graduel, et très souvent la perte irrévocable de la pudeur. Dès qu'une femme a fait vœu de ne rien ignorer, elle n'a plus de raison pour ménager ses paroles. Du moment

PLANCHE (Jean-Baptiste-Gustave)

C'est à Paris, le 16 février 1808, que naquit Gustave Planche. Après d'excellentes études au collège Bourbon, il se voua à la littérature et aux beaux-arts, contre la volonté de son père, qui eût voulu faire de lui un médecin, ou tout au moins un pharmacien comme lui, et qui ne lui pardonna pas d'avoir suivi sa vocation, même lorsqu'il fut devenu célèbre. Il publia d'abord des traductions de Thomas Moore dans le Globe, Ses premiers essais critiques parurent dans V Artiste, où il écrivit une série d'articles remarquables sur le Salon de 1831 : ces articles commencèrent sa réputation. Alfred de Vigny l'introduisit à la Revue des Deux Mondes. Les critiques d'art et de littérature qu'il y a publiées peuvent être considérées comme des modèles d'analyse lumineuse, de jugement solide, de savoir précis.

De juillet à novembre 1832, Planche écrivit au Journal des Débats, et se lia vers cette même époque avec George Sand; dont il admirait profondément le talent. En 1836, Balzac, qui venait de fonder la Chronique de Paris, s'attacha Planche comme collaborateur. Deux ans plus tard, Planche, ayant hérité d'une somme assez importante, alla passer huit années en Italie, pour y étudier les chefs-d'œuvre de l'art antique. Lorsqu'il revint en France, en 1846, après avoir dépensé son héritage, il rentra à la Revue des Deux Mondes, à laquelle il ne cessa plus de collaborer. L'empereur lui offrit la direction des Beaux-Arts, mais il refusa ce poste pour ne pas aliéner sa liberté. 11 mourut en 1857.

Ses travaux ont été réunis en volumes, dont les plus importants sont : Portraits littéraires (4 volumes in-18, 1846-1849), Portraits d'artistes (2 volumes in-18, 1853), Nouveaux Portraits littéraires -: (in-18, 1854), Études sur V École française de 1831 à 185^{2 volumes-= in-18, 1855), Études sur les arts (in-18, 1855), des Notices remar — . quables en tête d'une édition d'Adolphe de Benjamin ConstanIK (1853) et de Manon Lescaut (1855).

On a pu lui reprocher une sévérité excessive, qui l'avait faib surnommer par Alphonse Karr Gustave le Cruel; mais on ne peut que louer l'indépendance et la sincérité absolue de ses jugements, la pureté de son goût, l'étendue et la solidité de ses connaissances, enfin la précision et la clarté de son stylo.

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