‹ Les critiques littéraires du dix-neuvième siècleChapitre 119 sur 223 · vol. in-12; Calniann-Lévy éditeur, Paris · texte numérisé non relu

vol. in-12; Calniann-Lévy éditeur, Paris

ces colliers, que j'appellerai supplémentaires ; et voyez le guignon M on est aussi maigre que le loup, et on risque d'avoir le cou presque aussi pelé que le chien.

On ne dépend pas d'un gouvernement, d'un ministère, d'un chef de division; on n'est pas forcé de changer le fruit défendu en fruit commandé, de se pâmer d'aise quand le maître sourit, de suer quand il a chaud, de geler quand il a froid, d'être l'insulteur d'un succès ou le claqueur d'une chute; mais on dépend d'un salon, d'une coterie, d'un boudoir, d'une académie : point de joug apparent, mais d'invisibles contraintes; point d'esclavage officiel, mais une foule de servitudes officieuses, clandestines, caressantes, sournoises, dont les mailles imperceptibles sont parfois aussi puissantes que des chaînes. On est d'une boutique, et défense de rien écrire qui puisse achalander la boutique voisine; on est d'une chapelle, et défense de paraître remarquer ce qui se passe dans la chapelle d'à côté. On n'est le valet de personne; on est l'esclave de tout le monde, à commencer par soi-même. Pour vous, la république des lettres ne se partage pas en hommes de génie, de talent, d'esprit; en hommes médiocres et en imbéciles; pas même en bons et en méchants; mais en ennemis, adversaires, amis, indifférents, utiles, dangereux, inutiles et nuisibles: toutes ces fractions, toutes ces nuances, sont autant de servitudes, puisqu'elles entravent votre libre arbitre, balancent votre goût, font taire votre conscience, vous obligent à médire de ce que vous voudriez admirer, et à admirer ce dont vous avez envie de rire. Il y aura, ce soir, une lecture chez Éliante; l'œuvre est soporifique, le lecteur radote, et vos nerfs irritables se crispent d'avance à l'idée de ces applaudissements de commande : mais Eliante a de l'influence, vous rencontrerez là des illustres; allons, ô le plus libre de mes amis, mettez votre cravate blanche et taillez votre plume ! Oronte est ridicule, et ses sonnets ont six cents vers; mais Oronte a su faire du ridicule une puissance, et il faut avoir l'air de prendre ses sonnets au

Page 1