‹ Les critiques littéraires du dix-neuvième siècleChapitre 25 sur 223 · Le cardinal de Wolsoy, dans Ueiwi VII · texte numérisé non relu

Le cardinal de Wolsoy, dans Ueiwi VII

Lors même que Shakespeare représente des personnages dont la destinée a été illustre, il intéresse ses spectateurs à eux par des sentiments purement naturels. Les circonstances sont grandes ; mais l'homme diffère moins des autres hommes que dans nos tragédies. Shakespeare vous fait pénétrer intimement dans la gloire qu'il vous peint ; vous passez, en l'écoutant, par toutes les nuances , par toutes les gradations qui mènent à l'héroïsme ; et votre àme arrive à cette hauteur sans être sortie d'elle-même.

{De la littérature, ch. xiii.)

NEPOMUCENE LEMERCIER

Népomucèue-Louis Lemercier, né à Paris le 21 avril 1771, montra' de bonne heure un goût très vif pour le théâtre. Sou véritable début dans la tragédie, Agamennion, fut un triomphe (1797 ; mais le reste de sa carrière dramatique lut presque toujours malheureux, et les sifflets accueillirent plus d'une fois ses dill'érentes pièces. Dans ses essais estimables, on peut citer la comédie historique de Pinto, ou la Journée d'une conspiration: celle de Richelieu, ou la Journée des dupes; Piaule, ou la Comédie latine; dans ses tragédies, il suffit de citer pour mémoire le Lévite d'Éphralm , Charlemayne, Idule et Orovèse, Clocis, Charles VI, Frédégonde et Brunehaut, Richard Jli et Jeanne Shoi'e.

Lemercier s'est essayé dans des genres variés. En 1709, il avait donné les Quatre Métamorphoses , agréablement versifiées, maistrop libres. 11 a cherché, sans succès, des sujets ou des cadres nouveaux. Homère, Alexandre, les Ages français, attestent sou impuissance. Il faut y joindre VAtlantiade, poème scientifique où la mythologie est remplacée par des symboles empruntés aux forces ou aux phénomènes de la nature. La Panhijpocrisiade, ou le Spectaele inferncd du seizième siècle {\.^i'd), est encore plus étrange : c'est à la fois une satire et une comédie où, au milieu d'innombrables bizarreries, brillent des scènes d'une i-are énergie.

11 avait encouru la défaveur de Napoléon, du jour où il avait renvoyé au consul son brevet de la Légion d'honneur. Au théâtre comme dans la vie, il eut plus d'une fois à souffrir de la mauvaise humeur du maître. De 1811 à 1814, il donna à l'Athénée des leçons qu'il a réunies sous le titre de Cours analytique de littérature gênéraie. 11 était entré à l'Académie française eu 1810. 11 mourut le 7 juin 1840. Sous la Restauration et sous le gouvernement de juillet, il avait publié ou fait représenter, mais trop tard pour le goût du public, ceux de ses ouvrages qu'il n'avait pu donner sous l'Empire.

Il indique lui-même, dans l'introduction de son Cours de littéra-^ ture, le caractère dogmatique qu'il veut imprimer à la critique littéraire : « Le goût, dit-il, n'est que le ministre d'une raison parfaite. Si vous y regardez attentivement, vous apercevrez qu'elle lui dicte ses lois impérieuses. D'où vient que Corneille, Raciue, Molière et

La Fontaine ont gardé tant de pouvoir sur les esprits? C'est que le fond de leurs ouvrages est le bon sens. Qu'est-ce qui forme en Démosthène et chez les autres fameux orateurs le corps même de leurs discours? C'est la raison forte ou invincible; leur élocution n'en est que le juste vêtement. Le devoir des écrivains est de transmettre une saine philosophie, de défendre au tribunal du sentiment les droits de la morale publique et privée, et la cause des vertus attaquées; s'ils oublient le but de leur profession, leur art n'est qu'un amusement vain et pernicieux; ils ignorent que les belles-lettres exercent par leur influence une magistrature d'opinion. »

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