‹ Les critiques littéraires du dix-neuvième siècleChapitre 85 sur 223 · la vol. in-12; Garnier frères éditeurs, Paris · texte numérisé non relu

la vol. in-12; Garnier frères éditeurs, Paris

4. On a parlé plus haut du jugement sévère porté par Bus^urr sur Mui.ik.hk, dans sa Lettre au père Caff'aro.

supposent involontairement le tonnerre en main, au lieu et place du Très-Haut. Gens éloquents et sublimes, vous l'êtes beaucoup trop pour moi !

Aimer Molière, c'est être à l'abri et à mille lieues de cet autre fanatisme politique, froid, sec et cruel, qui ne rit pas, qui sent son sectaire', qui, sous prétexte de puritanisme-, trouve moyen de pétrir et de combiner tous les faits, et d'unir dans une doctrine amère les haines, les rancunes et les jacobinismes^ de tous les temps. C'est ne pas être moins éloigné, d'autre part, de ces âmes fades et molles qui, en présence du mal, ne savent ni s'indigner ni haïr.

Aimer Molière, c'est être assuré de ne pas aller donner dans l'admiration béate et sans limite pour une humanité qui oublie de quelle étoffe elle est faite, et qu'elle n'est toujours, quoi qu'elle fasse, que l'humaine et chétive naturel C'est ne pas la mépriser trop pourtant, cette commune humanité dont on rit, et dans laquelle on se replonge chaque fois avec lui par une hilarité bienfaisante.

Aimer et chérir Molière, c'est être antipathique à toute manière dans le langage et l'expression; c'est ne pas s'amuser et s'attarder aux grâces mignardes", aux flnesses cherchées, aux coups de pinceau léchés, aux marivaudages^ en aucun genre, au style miroitant' et artificiel.

1. Allusion à reiis qui reijrochaient à Mui.ikhk de manquer ù la décence et d'offenser la morale.

2. Puritains, hommes d"une rigidité de principes absolue. — Le nom de puritains fut d'abord donné aux réformés anglais et écossais qui observaient la lettre pure de l'Ecriture avec exagération.

3. Jacobinisme, disposition à imposer des opinions par la violence. — Le sens de ce mot vient des membres du club des jacobins, établi en 1789, dans un ancien couvent de jacobins, à Paris.

4. On sent ici la pointe d'ironie d'un ancien familier du cénacle romantique, contre ces optimistes qui pensent que tout est pour le mieux dans le meiUeui' des mondes.

ï. Diminutif du mot mignon, avec l'idée de prétention et d'afféterie.

6. Expression qui sert à qualifier un style précieux et subtil comme celui de Marivaux, célèbre auteur comique (1688-1703), dont les ])ièces les plus célèbres sont les Jeux de l'amour et du hasard, les Fausses Confidences et le Legs.

7. Miroita-, i^isr des reflets comme un miroir. — On remarquera combien le style de la critique littéraire a fait d'emprunts chez SAi.Mx-Btuvt au vocabulaire des beaux-arts, et même des arts industriels.

H. et .M. — Extraits des critiques.

Aimer Molière, c'est n'être disposé à n'aimer ni le faux bel esprit ni la science pédante; c'est savoir reconnaître à première vue nos Trissotins et nos Vadius' jusque sous leurs airs galants et rajeunis; c'est ne pas se laisser prendre, aujourd'hui plus qu'autrefois, à l'éternelle Philaminte, cette précieuse de tous les temps, dont la forme seulement change et dont le plumage se renouvelle sans cesse ; c'est aimer la santé et le droit sens de l'esprit chez les autres comme pour soi...

Aimer La Fontaine, c'est presque la même chose qu'aimer Molière; cest aimer la nature et la peinture naïve de l'humanité, une représentation de la grande comédie « à cent actes divers- » se déroulant, se découpant à nos yeux en mille petites scènes, avec des grâces et des nonchalances qui vont si bien au bonhomme, avec des faiblesses aussi et des laisser aller qui ne se rencontrent jamais dans le simple et mâle génie, le maître des maîtres. Mais pourquoi irai-je les diviser ? La Fontaine et Molière, on ne les sépare pas, on les aime ensemble.

(Nouveaux lundis, t. \^.)

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