ACTE II, SCÈNE VII
nioÿens, de la distinction et une tournure à faire un mariage superbe; mais c’est heureux pour lui que je me sois trouvé sur son chemin.
MARTIN
Comment ?
CHARANÇON
S’il était tombé sur un de ces exploiteurs comme il y en a tant, tout son patrimoine y passait.
MARTI.N
Oh! mon Dieu!
CHARANÇON
Rassurez- vous... je ne suis pas homme à m’engraisser des dépouilles d’une honnête famille!.. Avec une cinquantaine de mille francs vous en serez quitte.
Cinquante mille francs!,., mon fils doit cinquante mille ^ francs?
CHARANÇON
Et peut-être quel(]ue chose avec, sans parler des intérêts et des frais... il y aura compte à faire... Du reste, si la somme vous semblait trop forte pour un seulpayement... je vous accorderais tous les délais désirables...
MARTIN
Ce n'est pas possible, il y a erreur! Comment mon fils devrait-il une pareille somme?,., puisque je lui payais sa pension, son loyer, ses inscriptions et vingt francs par mois pour ses menus plaisirs?
CHARANÇON
Peuh !... C’était une goutte d’eau dans un puits.
MARTIN
Cinquante mille francs!... Mais à quoi qu’il aurait pu les dépenser ?
CHARANÇON
Et les tailleurs!., et les traiteurs!., et les cigares!., et les spectacles!., et les petites voitures , où l’on promène des figurantes de l’Opéra ou des écuyères du Cirque!
MARTIN
Qu’est-ce que j’apprends là?
CHARANÇON
Oh! les petits messieurs d’aujourd’hui mènent la vie à grande vitesse, et l’or coule dans leurs mains avec une facilité...
MARTIN
Non, non... C’est une erreur, je vous le répète, ou un mensonge. Des preuves! montrez-moi des preuves!
Elles sont chez mon huissier : de belles et bonnes lettres de change parfaitement en règle.
MARTIN
Ah ! c'est affreux! c’est affreux t (il tombe accablé sur une cbalse à droite.)
CHARANÇON
Du calme, cher Monsieur, un peu de philosophie... Vous n’ètes pas le seul à qui pareille chose soit arrivée, et, malgré les procédés que je puis y mettre, Je vois tous les jours aes pères...
MARTIN , se relevant avec violence et le saisissant au collet.
Ah! misérable ! c’est donc là ton métier?
CHARANÇON
Lâchez-moi! lâchez-moi! Vous m’étranglez !..
MARTIN, le secouant.
Ah! j’en ai bien envie!., (te repoussant.) Eh bien! je ne payerai pas! Ab !• j’aurai travaillé quarante ans de ma vie... et parce que mon fils est un drôle, faudra que mon pauvre argent passe de ma poche dans celle d’un coquin?.. '
Monsieur!..
MARTIN, furieux.
Je ne payerai pas ! je ne payerai pas!
CHARANÇON
Vous êtes dans votre droit.
MARTIN
Oui, je suis dans mon droit, et je vas en user en te flanquant à la porte !
CHARANÇON, élevant 1a voix.
Ahl VOUS voulez du scandale!.. Eh bien! il y en aura. Monsieur. (Martin va fermer la porte de la cuisine.) Moi aUSSi , j’ai moil
droit... et je vais en user en faisant coffrer votre fils.
MARTIN, effrayé.
Plus bas, au nom du ciel! plus bas!., si ma pauvre femme.!..
CHARANÇON
Ah ! je suis un coquin !... Et quel nom donnerez-vous à celui qui emprunte avec la certitude de ne pas rendre ?^
MARTIN
Àh! quelle honte! quelle honte !..
CHARANÇON
M. Martin est un honnête homme... tout le monde le sait... Mais dans huit jours on n’en dira pas autant de M. Martin fils, je vous en réponds !
Monsieur, Monsieur!., ne faites pas cela, je vous en supplie! Il y a ici une malheureuse femme qui en mourrait de chagrin, si le même coup ne me tuait pas avec elle!
CHARANÇON, mielleusement.
Je ne veux de mal à personne... Je veux rentrer dans mes fonds, voilà tout !