ACTE II, SCÈNE VIII
MARTIN
Et Armand?., que fait-il? A quoi qu’il pense? D’où vient qu’il n’est pas là?
AMÉLIE, appelant au fond.
Monsieur Armand... monsieur Armand... venez donc! Votre père vous demande.
ARMAND, entrant et trèi-gai.
Me voilà, ma chère Amélie. (Apercevait Dubonrg.) Ah! pardon, monsieur Üubourg, de ne m’èlre pas trouvé ici pour vous recevoir. Un ami, un confrère, qui arrive de Paris, m’avait entraîné pour serrer la main à quelques camarades d’étude...
MARTIN
Ah! sans doute... les amis!... les amis passent avant tout le monde.
DUBOURG
Ne vas-tu pas gronder ce garçon parce qu’il s’est fait héler?
(il' remonte avec Martin.) ,
ARMAND, à part.
J’ai VU le moment où ce fou de Félicien m’entraînerait de force au café avec des artistes qu’il a rencontrés.
AMÉLIE, s’approchant.
Il paraît que la présence de votre atni vous a rendu toute votre gaieté.
ARMAND
AhI maintenant je suis tranquille, je suis heureux.
AMÉLIE
Alors ce secret que vous deviez me confier?..
ARMAND
N’a plus rien qui m’attriste, et je puis vous le dire... Amélie... ma chère Amélie... je vous aime !
GENEVIÈVE, entrant avec la soupière et le plat de lapin deuu>.
Voilà la soupe I A présent, à table. Vous, capitaine, entre
Mélie et moi. (Elle commence à servir. Tout le monde t’assied.) Armand, est-ce que ton ami ne vient pas?
ARMAND
Il prie que nous commençions sans lui... Une afiaire importante qu’il avait oubliée... Mais, aù'dessert...
MARTIN
C’est bon... c’est bon... à son aise... Quand il viendra... il sera le bien rèçu, j’en réponds; et il ne perdra rien pour attendre. * •
DUBOURG
On dirait que le vent ést à la bourrasque, mon vieux?
, MARTIN, se- contenant.
Du tout... du tout... par exemple !
ARMAND, à part.
Qu’a donc mon père?
DUBOURG
Ce n’est pas de si tôt que je me retrouverai à cette bonne
Digilized by Goc^le
place; mais j’espère que mon souvenir y restera et que, dans vos réunions de famille, vous penserez quelquefois à Tarai Dubourg. '
AMÉLIE
Vous allez donc bien loin, capitaine? .
DUBOURG
En Australie... rien que ça. Un petit voyage de cinq mois, à ne voir que le ciel et Teau. La maison qui a frété mon navire V a mis toute sa fortune, qui sera douolée, si je reviens au Havre sans accident. t
AMÉLIE, Ee levant pour enlever les aBsiettcE à soupe. i
Nos vteux VOUS suivront et vous porteront bonheur, capitaine. (Uartin verse i boire. ^ Amélie pose la salade sur la table, et Geneviève sert le lapin.)
MARTIN
Allons, à la santé de Dubourg.
DUBOURG
Et à la vôtre, mes amis, (on trinque et on boit.)
MARTIN, après avoir bu.
Ah!,, dame... on sait comment on se quitte... sait-on comment on se retrouvera?
DUBOURG
Bah!., ayons foi dans l’avenir!
MARTIN
Oui, l’avenir!.. Parlons-en! On se donne bien du mal pour l’assurer, et un beau jour... patatras!..
GENEVIÈVE
As-tu fini, voyons, avec tes mauvais présages?
DUBOURG
Au moment de se quitter, on ne doit parler que d’espérance...
AMÉLIE
Qu’est-ce que vous avez donc, mon parrain?
DUBOURG
Tu es gai comme un jour de brouillard.
GENEVIÈVE
Gageons que cette visite de tout à l’heure y e.st pour quelque chose.
ARMAND
Mon père a reçu une visite? »
Un monsieur qui n’a pas voulu dire sou nom et avec qui il s’est enfermé.
ARMAND, inquiet.
Ah!
MARTIN
Tiens, Dubourg, entre vieux amis comme nous, faut pas y aller par quatre chemins... surtout quand le temps presse. Tu