‹ Les crochets du pere Martin drame en trois actesChapitre 43 sur 74 · ACTE II, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIII

MARTIN

Et Armand?., que fait-il? A quoi qu’il pense? D’où vient qu’il n’est pas là?

AMÉLIE, appelant au fond.

Monsieur Armand... monsieur Armand... venez donc! Votre père vous demande.

ARMAND, entrant et trèi-gai.

Me voilà, ma chère Amélie. (Apercevait Dubonrg.) Ah! pardon, monsieur Üubourg, de ne m’èlre pas trouvé ici pour vous recevoir. Un ami, un confrère, qui arrive de Paris, m’avait entraîné pour serrer la main à quelques camarades d’étude...

MARTIN

Ah! sans doute... les amis!... les amis passent avant tout le monde.

DUBOURG

Ne vas-tu pas gronder ce garçon parce qu’il s’est fait héler?

(il' remonte avec Martin.) ,

ARMAND, à part.

J’ai VU le moment où ce fou de Félicien m’entraînerait de force au café avec des artistes qu’il a rencontrés.

AMÉLIE, s’approchant.

Il paraît que la présence de votre atni vous a rendu toute votre gaieté.

ARMAND

AhI maintenant je suis tranquille, je suis heureux.

AMÉLIE

Alors ce secret que vous deviez me confier?..

ARMAND

N’a plus rien qui m’attriste, et je puis vous le dire... Amélie... ma chère Amélie... je vous aime !

GENEVIÈVE, entrant avec la soupière et le plat de lapin deuu>.

Voilà la soupe I A présent, à table. Vous, capitaine, entre

Mélie et moi. (Elle commence à servir. Tout le monde t’assied.) Armand, est-ce que ton ami ne vient pas?

ARMAND

Il prie que nous commençions sans lui... Une afiaire importante qu’il avait oubliée... Mais, aù'dessert...

MARTIN

C’est bon... c’est bon... à son aise... Quand il viendra... il sera le bien rèçu, j’en réponds; et il ne perdra rien pour attendre. * •

DUBOURG

On dirait que le vent ést à la bourrasque, mon vieux?

, MARTIN, se- contenant.

Du tout... du tout... par exemple !

ARMAND, à part.

Qu’a donc mon père?

DUBOURG

Ce n’est pas de si tôt que je me retrouverai à cette bonne

Digilized by Goc^le

place; mais j’espère que mon souvenir y restera et que, dans vos réunions de famille, vous penserez quelquefois à Tarai Dubourg. '

AMÉLIE

Vous allez donc bien loin, capitaine? .

DUBOURG

En Australie... rien que ça. Un petit voyage de cinq mois, à ne voir que le ciel et Teau. La maison qui a frété mon navire V a mis toute sa fortune, qui sera douolée, si je reviens au Havre sans accident. t

AMÉLIE, Ee levant pour enlever les aBsiettcE à soupe. i

Nos vteux VOUS suivront et vous porteront bonheur, capitaine. (Uartin verse i boire. ^ Amélie pose la salade sur la table, et Geneviève sert le lapin.)

MARTIN

Allons, à la santé de Dubourg.

DUBOURG

Et à la vôtre, mes amis, (on trinque et on boit.)

MARTIN, après avoir bu.

Ah!,, dame... on sait comment on se quitte... sait-on comment on se retrouvera?

DUBOURG

Bah!., ayons foi dans l’avenir!

MARTIN

Oui, l’avenir!.. Parlons-en! On se donne bien du mal pour l’assurer, et un beau jour... patatras!..

GENEVIÈVE

As-tu fini, voyons, avec tes mauvais présages?

DUBOURG

Au moment de se quitter, on ne doit parler que d’espérance...

AMÉLIE

Qu’est-ce que vous avez donc, mon parrain?

DUBOURG

Tu es gai comme un jour de brouillard.

GENEVIÈVE

Gageons que cette visite de tout à l’heure y e.st pour quelque chose.

ARMAND

Mon père a reçu une visite? »

Un monsieur qui n’a pas voulu dire sou nom et avec qui il s’est enfermé.

ARMAND, inquiet.

Ah!

MARTIN

Tiens, Dubourg, entre vieux amis comme nous, faut pas y aller par quatre chemins... surtout quand le temps presse. Tu

Page 1