SCÈNE III
FELICIEN, AMELIE, venant du fond à gauche, on cahier de musique à la main. Elle s’arrête un moment et regarde autour d'elle.
FÉLICIEN, allant à elle.
Que VOUS êtes bonne d’être venue, mademoiselle Amélie!
AMÉLIE
J’ai toujours peur que mon parrain ne me voie vous parler.
FÉLICIEN
Ne craignez rien, il doit être encore à la gare en train de charger des bagages. Le cher homme! il mî’en veut toujours, j’en suis sûr!. J’étais venu me loger là pour avoir occasion de le rencontrer, de lui parler; mais quand je le vois revenir à cette place, s’asseoir sur ses crochets et essuyer son front respectable tout baigné de sueur... je me mets à trembler de toutes mes forces et je me sauve comme un coupable! Je ne sais pas, voyez-vous, ce que je donnerais pour qu’il me tendit la main!
Prenez la mienne en attendant, monsieur Félicien.
FÉLICIEN, avec joie.
AhI... les femmes... ça comprend, ça devine, ça pardonne.
AMÉLIE
Notre affection mutuelle pour le pauvre absent était un lien qui devait nous rapprocher.
FÉLICIEN
Eh bien 1 pendant mon dernier voyage, avez-vous appris quelque chose, avez-vous enfin reçu des lettres?
AMÉLIE
Aucune, et vous?
FÉLICIEN
Pas davantage 1 • .
AMÉLIE
Oh ! mon Dieu, quelle est donc la cause de ce long silence ?
' FÉLICIEN
Peut-être, après ce qui s’est passé, Armand n’ose-t-il, pas écrire à son père.
AMÉLIE
A son père, oui, je le comprends, mais à vous... mais à moi? Ce n'est pas moi qui dois l’effrayer beaucoup!
FÉLICIEN
Le capitaine Dubourg vous a annoncé qu’ils étaient arrivés à bon port...
11 y a six mois de ça...
FÉLICIEN
Et que la conduite d’Armand ne méritait que des éloges.