‹ Les crochets du pere Martin drame en trois actesChapitre 63 sur 74 · ACTE ni, SCÈNE TI · texte numérisé non relu

ACTE ni, SCÈNE TI

il m’a poussé une idée que je n’avais jamais eue... Si je travaillais? me suis-je dit... essayons!... J’ai essayé... j’ai mordu à la chose... Ça m’a rattaché à l’existence, oh! mais... ferme !.. Et me voilà !

MARTIN

Pardi !.. se jeter à l’eau, se tuer... la belle avance!.. 11 n’y a que les lâches qui æ tuent ! Mais quand on a du cœur et de bons bras, on cherche à réparer ses fautes... on travaille !... Faites d’un coquin un travailleur, et le voilà honnête homme !

FÉLICIEN

Je l’ai bien compris ! j'ai vu la pente fatale où je glissais, et j’csjwre m’être arrêté à temps.

MARTIN

Oui, il y avait du bon en vous, jeune homme... Depuis longtemps je vous observe, sans en avoir l’air, j’ai causé quelquefois avec vos chefs, je sais que vous avez gagné leur estime... et ça vous a rendu la mienne... L’estime d’uii commissionnaire du coin de la rue... ce n’est pas grand’cbose... mais enfin !...

(Félicien, ému, se détourne et porte la main à ses yeux.) Allez !.. allez!..

ne vous gênez pas... il n’y a que les mauvaises natures qui ne pleurent jamais... (Après un temps.) Ahl... si le gas se conduisait comme vous!.. Mais non... pas de nouvelles... Vous verrez qu’il aura recommencé ses cascades:

FÉLICIF.N.

Qui sait?.. Vous voyez, il ne faut pas désespérer de la jeunesse... Armand peut s’amender, revenir au bien.

MARTIN

Non, non... le pli était pris... il n’y a pas de ressource... Malheureux enfant!.. Ah! je l’aime toujours, monsieur Félicien, je l’aime toujours!., si vous saviez à quoi il m’oblige, pourtant!.. Chaque jour des mensonges à sa mère, des lettres qu’il faut supposer, inventer.,. Heureusement qu’il y a un petit ange qui m’a compris et qui m’aide à tromper ma pauvre femme, que la vérité conduirait au tombeau.

FÉLICIEN

Votre filleule, mam’selle Amélie?

MARTIN

En v’ià une qui mériterait d’être plus heureuse dans ses affections... mais i’ai mon idée... et si monsieur mon fils s’est rendu indigne delle, c’est pas une raison pour qu’elle coiffe sainte Catherine, (lui frappant aur l'épaule.) J’ai mon idée, que je vous dis...

FÉLK3EN, à part.

Est-ce que par hasard... il penserait... Eh bien, et Armand? Ah! mais non, non !

MARTIN

Chut!., j’aperçois ma femme... pas un mot de tout ça devant elle.

FÉLICIEN

Soyez tranquille; d'ailleurs, je vous quitte... j’ai une petite démarche à faire... des renseignements à prendre... Ensuite, je viendrai faire un léger somme, car voilà deux nuits que je passe, sans que ça paraisse...

MARTIN

Vous mettez les morceaux doubles à la première occasion. Allons, sans adieu I (ii lui tend u maÎD.)

FÉLICIEN

Voilà une poignée de main que je ne donnerais pas pour une année d’appointements.

MARTIN, gaiement.

Bah I c'est pas si cher que ça !.. (Pélicien lort. Generiète est entrée pendant les derniers mots ; elle est vêtue trèi-siinplement et porte un panier à son bras.) ,

Page 1