MARTIN, GENEVIÈVE
MARTIN
AhI ah! te voilà, la mère la soupe? Tu arrives joliment; j’ai fait une rude matinée, va ! ce soir, nous mettrons au moinscent sous dans la tirelire.
GENEVIÈVE
Si tu crois me faire plaisir!... tu t’éreintes, tu te perds la santé, et ça me saigne le cœur de voir ça.
MARTIN
Bah 1 quand j’étais rentier, j’engraissais, je tournais à la vieille bète... Voyons, faudra-t-il gronder la cuisinière, aujourd’hui?
GENEVIÈVE
Goûte-moi ce potage-1à, mon homme !
MARTIN, flairant la soupe et allant s’asseoir sur ses crochets, dont il fait
un banc.
Hum!., qué fumet!... un vrai potage de cordon bleui Le sous-préfet n’en a pas de meilleur! (ii se met à manger.)
GENEVIÈVE
Sans compter une chopine de bon vin que j’ai prise pour toi.
MARTIN
Du vin! du vin aussi! C’est trop, Geneviève, tu me gâtes! tu me gâtes 1
GENEVIÈVE, se plaçant près de lui.
Dame! faut bien te soutenir un peu... quand je songe à tout le mal que tu te donnes. Si tu m’avais écoutée, avec le peu qui nous restait, nous aurions mangé du pain, tranquilles dans un coin.
MARTIN
Et puis, dans quelques années, nous aurions été mourir à