BERNARD DE QU ATREBARBES
homme finissait à peine ses études et se plaisait aux joies de la famille après lesquelles il soupirait, et, plus tard, il ne regrettait que ces joies et il s'en souvint même à son lit de mort. Une main amie s'était offerte à lui, pour le retenir au milieu des siens, lui présentant des avantages qui eussent ému profoiîdément un cœur reconnaissant et généreux. Mais quoi? Pendant que le monde appréciait et flattait la belle fleur do sa jeunesse, Bernard ne vit et n'écouta que le devoir, non ce devoir que la séA'ère justice impose, mais celui que son baptême lui disait de suivre. Il se souvint de ce Quatrebarbes des anciennes croisades; le comte Théodore, son oncle, lui apparaissait, ce célèbre gouverneur d'Ancône, en 1860, qui fut en même temps l'historien aussi célèbre de la glorieuse catastrophe de cette ville ; il lui semblait entendre la voix de son cousin, Georges d'Héliand, l'un des plus intrépides martyrs de Castelndardo, qui l'appelait à Rome, et au martyre; il répondit donc aux promesses les plus flatteuses : « Je ne serais point digne de ce que vous voulez faire pour moi, si je ne suivais pas l'exemple de mon oncle... Mon cousin a été tué à Castelfidardo ; c'est à moi de reprendre son épée et de m'en servir pour la défense de la sainte Eglise. «
Lorsqu'il pensait et parlait ainsi, Bernard n'avait encore que quatorze ans ! Depuis ce jour, toutes les fois que quelqu'un lui parlait des engagements pris, des vœux exprimés par les membres de sa famille, des soupirs douloureux que cette famille poussait, soupirs qui touchaient fortement son excessive sensibilité, il tressaillait et répondait en souriant :
BERNARD DE QUATREB ARn ES. 201
« Nous parlerons de tout cela à mon retour, lorsque Pie IX n'aura plus besoin de nous... maintenant, je suis marié avec ma batterie. " Voilà ce que nous appelons de fortes pensées.
Il avait effectivement épousé sa batterie et il la chérissait d'un amour si pur qu'il n'en voulut pas même en accepter la dot, si l'on peut appeler ainsi les grades et les honneurs du service militaire. Au bout de deux mois, il était brigadier ; peu de temps après, on lui conférait les galons de maréchal-deslogis, Quatrebarbes se présente devant son capitaine et le conjure d'intervenir et de mettre tout en œuvre pour faire nommer à son grade et à sa place un camarade qui compte huit jours de service de plus que lui. Deux années s'écoulent; il apprend qu'on veut le nommer sous-lieutenant. Bernard court aussitôt chez son colonel (c'était alors M. de Blumensthil), et plaide contre lui-même, disant que sa promotion ferait tort à un officier italien qui l'avait toujours traité en ami ; il ajoute que, pour son compte, il n'avait d'autre ambition que celle de servir le Saint- Père, et que, pour cela, il trouvait que le grade do maréchal-des-logis était plus que suffisant, car ce grade lui permettait de communiquer plus facilement avec ses soldats, de plusieurs desquels il venait d'obtenir qu'ils renouvellent leur engagement. Enfin, il défendit si bien son étrange cause, que le colonel lui accorda, quoique à contre-cœur, un sursis de cinq mois. Au moment de passer au grade de lieutenant, il éprouva de nouvelles hésitations. Le colonel Caimi lui laissa faire l'exposé des motifs en faveur de l'un de ses collègues, après quoi, il lui répondit :