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paix et de guerre s'y succéJaieni et s'alternaient avec l'impétuosité des vagues d'une mer en courroux. Tout ce que nous avons lu, par la suite, dans les publications diplomatiques, et qui a été publié par le gouvernement, tout (et souvent d'avance) était communiqué dans Rome aux clairvoyants ministres de Pie IX ^ Ceci nous montre de nouveau que, si la violence pouvait accabler le Pontife, les surprises eussent été par trop difficiles, excepté celles qui pouvaient venir du côté des bandes qui, en toute circonstance, agissaient sans foi ni raison. Par conséquent, pendant ces jours-là, on maintint, à Civita- Vecchia, les ordres de se tenir constamment dans l'attente d'un assaut; toujours dans l'intention de résister autant qu'il le faudrait pour qu'ait pu arriver la flotte de secours.
Compter ainsi sur la place de Civita-Vecchia, qui n'était pourtant pas des plus fortes, était donc un mérite spécial, très-louable de la prévoyance du gouvernement pontifical, qui n'avait pas attendu ces •circonstances pour pourvoir la ville de vivres et de munitions, presqu'en dépit de la faiblesse du revenu public. Tout avait été réglé, acquis et disposé l'année précédente, immédiatement après le départ des troupes françaises ; les fortifications de la principale enceinte, faisant face à la terre, avaient été restaurées, et ce ne fut qu'à ces travaux qu'on voulut alors occuper le corps de défense; on arma les forts du côté de la mer ; on plaça les bouches à feu de
(') Dociim. manusc. des archives des 19 octobre et jours suivants, principalement les télégrammes.
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gros calibre aux petites places qui leur étaient propres, et on renouvela presqu'en entier les fourniments ; les provisions de guerre et de bouche furent renouvelées aussi dans les magasins ^ Il ne fallut donc pas longtemps pour mettre les fortifications sur le pied de guerre. Le lieutenant-colonel Lana, commandant du génie pontifical, traça promptement un dessin complet de toutes les adjonctions nécessaires, et ce plan fut exécuté avec une précision et une célérité incomparables. Le général Prudon, commandant du génie français, qui arriva dans la journée du 20, en voyant ces travaux si bien organisés, et exécutés avec tant de promptitude, comprit immédiatement que le conseil qu'il avait donné de résister à toute outrance, avait déjà été suivi ^.
De son côté, le colonel d'Argy, pour bien commencer ses nouvelles fondions et pour voir d'un seul coup d'oeil les diverses opérations de la défense, monta a cheval, et, sous une pluie diluvienne, passa en revue, très-minutieusement, les œuvres intérieures et extérieures, et les alentours qui dominent ces. œuvres ou qui en sont dominés. Il trouva les cinq bastions dans un ordre parfait; il y ajouta un surcroît de munitions, spécialement aux endroits placés en dehors des portes, afin de les protéger contre une surprise audacieuse, ou contre un revers occasionné au moyen du lancement des pétards. Le colonel s'aperçut que les artilleurs qu'il avait ne suffiraient pas pour accomplir le service des bouches à feu, et
(1) Relation spéciale sur les fortifications de CivitaVecchia.
(2) Rapport général de M. Kanzler, p. 28.
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il cli)nna tlus ordres immédiats, pour (ju'uiie brigade de fusiliers chaperonnés s'appliquât avec assiduité au maniement du canon. Vers le soir, il s'informa avec le plus grand soin de ce que pouvaient contenir de privisions, d'armes et d'ustensiles utiles, les magasins civils et militaires; il pensa aussi aux objets d'habillement, aux engins de guerre, aux médicaments et aux fourrages. La première enceinte du port, avec ses deux forts Grégorien et Bicchiere, ijui en protègent les abords, furent garnis de point en point, munis et remis aux mains de la marine pontificale et aux détachements que les navires impériaux avaient envoyés à terre ^.
On inspecta avec une attention toute spéciale leschemins qui conduisent d'Orbetello à Civita-Vecchia, par lesquels seulement pouvaient arriver promptement sous la place les bataillons et les batteries de siège. Des éclaireurs veillaient à tour de rôle sur la limite, et des vedettes étaient postées à chaque tête de route ; des bandes de sapeurs et de terrassiers se tenaient prêtes à couper, renverser ou intercepter les chemins, sous les ordres de la gendarmerie ; on avait creusé des mines sur les points où elles pourraient être utiles, et des pelotons de légionnaires étaient en mesure d'y mettre "le feu sous les pieds des envahisseurs. Les chefs des postes de surveillance devaient d'heure en heure faire leur rajjport au commandant de Civita-Vecchia; de cette façon, au premier signal
(1) Lettre de JI. d'Argy , dans les documenta manuscrits des archives, 21 octobre. Relation spéciale de la marine; différents actts dans les docum. nuinusc. des archives des 19 et 21 octobre.
du télégraphe, le colonel d'Argy pouvait, d'un seul coup, faire disparaître les routes, les ponts, les rails du chemin de fer devant l'ennemi, et le forcer à déplacer l'armée et à charrier les canons et les équipages avec de longs retards; d'autant plus, qu'en ce moment les champs étaient détrempés et les torrents grossis par suite des pluies diluviennes qui s'étaient succédées. En attendant, tous les postes pontificaux auraient pu prendre le chemin le plus court, partant de la place avec la locomotive toujours allumée, et, comme l'écrivait M. d'Argj, tefuce en patrouille^.
Le but des pontificaux n'était pas uniquement de résister aux agresseurs pendant quelques heures ; le commandant de Civita-Vecchia se disposait à soutenir un siège régulier; il avait pourvu à la nourriture et réuni assez de bétail pour qu'on en fût muni pour au moins quinze jours. Comme les aqueducs pouvaient rester au pouvoir des assiégeants, qui ne manqueraient pas de les couper, M. d'Argy fit remplir les citernes jusqu'au comble, et déverser l'eau des canaux dans les fossés qui longent les bastions , ces eaux étaient plus que suflîsantes. Il s'occupait en même temps d'établir un service secret de piétons entre Civita-Vecchia et Rome, dans le cas où les autres communications viendraient à être interceptées. Le prudent colonel demandait un renfort de deux compagnies de la légion, vu qu'il n'avait alors que 644 fusiliers, et, pour soutenir un siège,
(1) Lettres du colonel d'Argy, et autres actes dans les doc. mandes arch. du 22 octobre et jours suivants.
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cent mille carlouches seulement, cent-cinquante fusils (le rechange, et des officiers d'administration surnuméraires; il obtenait tout ce qu'il demandait et recevait en même temps les plus grands éloges de la part du minisire, pour le zèle si profitable avec lequel il servait l'étendard du Saint-Père. Le lieutenantcolonel Lana, commandant du génie pontifical, qui se rendit, sur les conseils de M. Prudon, le 23 octobre, à Civila-Vecchia pour examiner les préparatifs qu'on y avait faits, en fut, non-seulement content et satisfait, mais très-agréablement surpris, et il n'eut que bien peu d'ordres à y ajouter : ses plans et désirs avaient été prévenus*.
Civita-Vecchia n'offrit jamais un aspect plus martial, et nous sommes heureux de l'avoir visitée pendant ces jours-là. Nous eussions vivement souhaité que ceux qui accusaient les commandants pontificaux d'inertie et de lenteur dans les travaux et approvisionnements, nous eussions voulu, disons-nous, qu'ils eussent pu voir cette place, telle que nous l'avons vue. Les opérations s'exécutaient nuit et jour avec une ardeur fiévreuse ; il suffira de dire qu'au bout de quelques heures, après la première apparition du danger près de la frontière, toutes les bouches à feu étaient prêtes à tonner, et assez bien fournies pour ouvrir, en peu de temps, de larges trouées dans les rangs ennemis et les contraindre de reculer; au fur et à mesure, sous l'effort d'un travail des plus actifs, on blindait solidement la grande poudrière, on élevait
(1) Actes cités etreldtions spéciales sur les fortifications de Civita- Vocchia.
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des traverses aux batteries découvertes, afin de protéger les artilleurs; les ouvriers achevaient les travaux les plus récents et construisaient de nouveaux terrassements. Les portes les plus exposées étaient mantelées par de larges et fortes barricades, et défendues par de nombreuses canonnières. On avait ménagé devant les portes un large et profond fossé, et, sous l'éperon intérieur, une banquette courante pour les fusiliers. En outre, un tambour de larges planches, percé de meurtrières s'élevait pour défendre la voie ferrée encaissée ; et, en cas d'un besoin subit d'œuvres volantes ou d'extinction de braise, on avait accumulé une réserve de 10,000 sacs de terre'.
En attendant, pour la plus grande tranquillité des citoyens et des travailleurs militaires, on proclamait la mise en état de siège; on appelait au travail un assez grand nombre d'ouvriers civils, et jusciu'à des galériens auxquels on accordait une forte rétribution. Dire que les soldais et les ofliciers de toutes armes se prêtaient avec joie aux fatigues de ce pénible travail, ainsi que les sapeurs du génie, serait une chose tout à fait superflue : tous agissaient avec un accord qu'on eût pu appeler une conspiration de bonne volonté, vraiment admirable à voir. Enfin, les apparaux, quoiqu'on grande partie tumultuaires, semblaient avoir été si bien étudiés, si bien soignés, si bien achevés, que l'état-major français en fit plusieurs fois ses compliments sincères au génie pontifical. Cet état-major les visita en mettant pied
(1) Actes et relations déj;\ cités sur Civita-Vecchia et ses fortifications.
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à terre, parce qu'il s'attendait à une attaque imminente; mais il n'eut autre chose à faire que de s'y installer, occuper les œuvres extérieures, que, à cause de la garnison trop peu nombreuse, les pontificaux avaient abandonn(?es, et regarnir les boulevards avec son fourniment moderne. Tout le monde pensa que si l'armée de Victor-Emmanuel se laissait proditoirement approcher par terre ou par mer, elle trouverait de tous côtés des obstacles et des retards impossibles à surmonter en quelques jours'. Qu'on y ajoute l'énergie terrible du commandant d'Argy, lequel eût commandé le feu, comme il faisait marcher les travaux ; on verra clairement qu'on ne s'était pas endormi, en tenant ouverte cette porte unique, qu'on avait laissée ainsi, dans l'attente d'une invasion royale pour soutenir les espérances de Rome.
Nous nous souvenons parfaitement d'avoir vu, dans ces moments orageux, ce fier commandant, chevalier en cheveux blancs, mais aussi vert, aussi actif qu'un sous-lieutenant promu de la veille. Il se tenait en robe de chambre dans son salon, au milieu de ses officiers, et de là il poussait les travaux de la place, répandait des ordres pressants sur toute la garnison et nous disait : « Je ne dors plus depuis huit jours. "
Nous avons pourtant lu une lettre de lui, datée de quelques jours plus tard, lettre dans laquelle il donnait avis qu'il venait de remettre la place aux Français, et qu'il sollicitait, pour lui-même et pour la
(1) Lettre du colonel d'Argy, 31 octobre, lieux cités; relations spéciales sur les fortifications de Civita-Veechia.
légion, la faveur d'être lancé à la chasse des garibaldiens ; il l'eût peut-être obtenue, si le général de Failly, chef de l'expédition française, n'avait pas exigé qu'il restât à son poste'. Avec d'autres personnes, il s'exprimait ainsi : « Le jour le plus noir et le plus triste de ma vie serait celui où je me verrais forcé de déployer le drapeau blanc sur les murs de Civita-Vccchia : deux honneurs sont placés sur la lame de mon épée, et je défends deux bannières : celle de ma patrie et celle du Souverain-Pontife ; si le gouvernement français manquait, par impossible, à la foi jurée, avant de me rendre, je briserais mon épée, et je foulerais aux pieds l'étendard qui aurait failli à l'honneur. »
Le valeureux oflScier qui parlait ainsi avait tous les droits de rassurer le Saint-Père sur sa constance : « Le Saint-Père peut-être assuré que, malgré sa faiblesse, la petite place de Civita-Vecchia sera énergiquement défendue. •'
Dans une autre dépêche, le colonel d'Argy décrit en deux mots de quel genre d'énergie il voulait parler : « Le point le plus important est, à mon avis,
Civita-Vecchia Il faut donc la soutenir jusqu'à
l'arrivée du secours; cela est nécessaire, coûte que coûte. Plutôt aller aux anges en sautant en l'air que de se rendre à l'ennemi^. »
En relisant de semblables lettres, en contemplant de pareils hommes, un cri spontané s'échappe du cœur : certes , Pie IX pouvait avoir une armée
^l) Lettre dans les doc. raan des archives, 31 octobre.
(2; Dans les doc. man. des archives, à la date du 22 octobre.