‹ Les croisés de Saint PierreChapitre 21 sur 32 · MARCHE A L ATTAQUE UE ROME · texte numérisé non relu

MARCHE A L ATTAQUE UE ROME

mons, une copie qui ne lui parvint pas. Elle disait : - Le général... me charge de te dire de marcher pronipiement sur Rome; il met la plus grande importance à ce mouvement de ta part. Pour ta gouverne, les portes qui sont le moins utiles ont été fermées et enterrées; les plus importantes sont garnies de deux pièces d'artillerie ^ «

Mais, pour Garibakti, la difficulté ne consistait pas dans les ordres à donner à l'aile gauche ; le tout était de s'en faire obéir. Quoique Nicotera fût proclamé à grand bruit général du corps formant celte aile, jusqu'alors le pauvre Jeannot n'avait pu pousser en avant, et toutes les fois qu'il l'avait tenté, il était revenu l'oreille basse et la tête fêlée. Nicotera agissait donc avec un redoublement de circonspection, et, pour rien au monde, il n'eût voulu se trouver face à face avec des soldats, disait-il en parlant des pontificaux, farouches et brutaux. Fîuit jours après avoir reçu l'ordre d'attaquer Rome, le prudent général s'amusait encore à forger des statuts et des améliorations de gouvernement ; il n'entra a Frosinone que le 28, lorsque la ville ne possédait plus un seul soldat pontifical; il marcha sur Vellétri le 29, y ayant été invité par un groupe de séditieux. Là, il s'ingéra de donner de nouveaux ordres pour le pays conquis et constitua un gouvernement provisoire, à la tête duquel il plaça Hector Borgia, Frédéric Messi, Auguste Emmanuele; il s'employa à bâcler un plébiscite, qui fut fait, ainsi que luimême l'avoua plus tard au ' Parlement , comme il

(1) Lettre de Ciicohi, on date du ÎC oct., citée ;iu cliap. Lxxxvii.

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lavait voulu, et il obtint l'admirable résultat de 4037 votes, en faveur de l'annexion de la ville au royaume d'Italie, sans qu'un seul vote contraire soit venu maculer l'intacte blancheur de cette merveilleuse manière de voter. Le lendemain, Jeannot, croyant le mériter par de nombreux exploits, se reposa de ses patriotiques fatigues, prétexiant qu'il fallait absolument attendre que les troupes italiennes vinssent reconnaître le nouveau gouvernement, qui était né sous sa bienfaisante influence.

C'est ainsi qu'une nouvelle ère de prospérité s'ouvrait pour Vellétri, ou plutôt pour les malfaiteurs constitués en bandes régulières ; mais entretemps l'aile gauche n'approchait pas de Rome. Chose pénible pour le général-diplomate qui était l'auteur de cette mirifiijue restauration! à Vellétri même où il venait à peine de l'établir, il n'en voyait plus de traces ; l'unique motif de la disparition subite du gouvernement nicotérien, c'est que s'il paraissait être florissant dans ses finances, il avait en même temps une singulière marche boiteuse dans la guerre et dans la politique. A Florence, on refusa formellement le plébiscite de Nicotera, par suite de la peur qu'inspiraient les Français, car on voyait déjà flotter leur drapeau sur la tour du château Saint-Ange, et l'on craignait qu'étant provoqués, ils ne s'avançassent jusqu'à Ancône. Le général de Victor-Emmanuel n'occupa donc pas Vellétri. Pour comble de mésaventure, les factions politiques et militaires prirent soin de molester et d'attrister considérablement le berceau de la dynastie; de lu désorganisation, chute et ruine de la fortune nicotérienne.

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Nous en abrégerons le récit, en nous servant des lettres de Nicotera lui-raôme et de ses amis, qui ont été publiées.

Depuis un jour déjà, Nicotera régnait à Velléiri, lorsq'/il entendit tout-à-coup murmurer derrière lui lïf baude du général Orsiiii. Ce dernier s'était commoiléiiient installé à Frosinone, avec deux cents guerriei's, auxquels Nicotera et Orsini ont prodigué, dans les journaux, les plus pompeux éloges, les reconnaissant pour être des éléments déshonorants, qui commettaient des actions capables de déshonorer les coquins les jAus a^>jects, les plies abominables... et ils s'assimilaient absolument aux malfaiteurs^. Le général Orsini demandait avec instance à l'administration des chemins de fer un convoi spécial pour cette digne troupe, afin qu'elle pùl facilement pénétrer au cœur des provinces; Nicotera, désireux d'orner son armée de cette brigade d'élite, envojva les wagons et manda que tous les Orsiniens arrivassent à Vellétri. La train fut galamment accueilli, mais l'ordre, au contraire, parut déplaire à tous. Orsini, (qui avait peine à' occuper une position secondaire), s'arrêta en route, pour régénérer et renouveler Valmontone. Nicotera eut beau lui adresser ordre sur ordre, Orsini s'obstina à ne pas obéir ^.

Le général de l'aile gauche , se voyant ainsi bafoué, expédia le Mercure Filopanti au Jupiter

(1) Lettre de Nicotera dans la Nazione, d;itée du 10 déc. 1867, et dans beaucoup d'autres journaux contemporains.

(2) Même lettre de Nicotera, dans la Nazione et ailleurs.

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Garibaldi, pour s'en plaindre amèrement, et rlomander qu'on le débarrassât du sieur Orsiiii. Mais, dans l'Olympe de Monte-Rolondo, on jouait serré : au lieu de pourvoir et de contenter les puissances de seconde main, Garibalii ne pensait qu'à luimême et songeait à renforcer son centre, en y ra'Ssemblant toutes les forces éparpillées. Il répondit donc par écrit que le corps nicoiérien eût à s'approcher de Monte-Rotondo et à occuper Tivoli. Le deuxième ordre, plus pressant encore que le premier, disait :

« Monte-Rolondo, 31 octobre.

« Général Nicotera,

« Je vous ai envoyé des ordres d'occuper Tivoli, par vos deux messagers que j'ai vus ce malin ; je vous confirme de nouveau ce mèrae ordre. Ici, tout va bien. Intervention ou non , il faudra néanmoins établir l'unité de la pairie. A Tivoli, vous trouverez Pianciani avec un bataillon. Ecrivez-moi souvent. Toujours à vous, Joseph Garibaldi. »

Ayant reçu une consigne si pressante, Nicotera se décida à exécuter sans tarder les ordres de Garibaldi, mais dans la môme mesure d'obéissance dont usait envers lui le général Orsini ; il prolongea de deux jours le repos qu'il se croyait en droit de prendre.

Pour réveiller son imagination assoupie, arriva fort à propos la colonne pontificale, dont nous avons parlé plus haut; on l'avait vue à Albano, et elle paraissait avoir la détestable intention, non-seulement de poursuivre Orsini et ses troupes, mais aussi

(!') Ordres raj'portés par Nuotera.

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de les envelopper, el do les forcer à échanger, coûte que coûte, quelijues coups de fusil, avant d'aller se reposer sur les moe^hux fauteuils du Parlement de Florence. Alors Nicolera eut hâte d'exécuter les ordres garibaldiens; pensant que « lechemin'le plus court et le plus sûr pour arriver à Tivoli était celui de Valniontone par Zagarolo, •» il prit résolument ce chemin, mais ce ne fut pas sans regretter amôrenieni les solides (disons-le pour rendre justice à la vérité) et inexpugnables fortifications dont il avait entouré Velléiri. Il partit le 2 novembre, dans l'après-midi, suivant la même ligne des chemins de fjr par laquelle il était venu et il se retrancha à Valmontone.

Le général Orsini régnait encore dans cette ville; Orsini était un rebelle, soit; mais c'était aussi un homme avec lequel il n'y avait pas moyen de pactiser, el, pour tout dire, il s'entendait bien mieux que Nicoterâ dans lart de la guerre. Les deux généraux, ensevelissant dans l'oubli leur rancune réciproque, se serrèrent la main et formèrent une ligue dès leur premier entretien. Cet accord était utile à tous deux, car ils se trouvaient l'un et l'autre coupables de désobéissance, l'un envers Garibaldi, l'autre envers Nicoterâ; les capitaines Bennali et Antinori désobéissaient également à leur chef Orsini. Nicoterâ et Orsini passèrent donc entre eux une sorte de traité à l'amiable; ils décidèrent qu'ils réuniraient leurs forces et leur autorité, pour mettre à la raison les récalcitrants subalternes. Bennati, jadis charlatan des places de Turin, eut peur et se laissa bel et bien captiver; mais Antinori, après avoir fait un signe

à ses bandits, ce qui lui était incontestablement permis, mit en joue. L'esprit de rébellion avait donc pénétré jusque dans les bas-fonds de l'armée. Nicotera eut une crise d'énergie digne d'un grand commandalit; entendons-le lui-même nous raconter la chose. « Je fis appeler le colonel Cattabene, le major Evangelisii, le major Albanèse et tous les officiers qu'il me fut possible de rassembler à la hâte, et je les priai de tenir ferme à leur poste respectif. »

Puis, le général Jeannot s'éclipsa sans qu'on s'en aperçût et se rendit à Naples, oîi il se reposa sur le lit des lauriers qu'il avait moissonnés; et cela, le jour même où les garibaldiens moins prudents so battaient à Mentana. Jusqu'ici Nicotera, historien aussi candide que général expérimenté, nous parle lui-même^.

Il est vrai, qu'avant de partir, notre pusillanime officier avait instamment prié Orsini et chacun de ceux qu'il laissait dans la souricière, de se signaler par d'héroïques et de mémorables exploits et do rejoindre Garibaldi; mais, hélas! l'exemple de Nicotera fit beaucoup plus d'effet que ses recommandations. A peine la nouvelle de la fuite ou, si vous voulez, de la retraite du général de l'aile gaucho fut divulguée, « un des plus braves officiers » réunit ses frères d'armes et les harangua en ces termes : « Il fait nuit et nous avons tous grand besoin de repos : allons donc nous reposer tranquillement, et demain, dès qu'il fera jour, nous prendrons une détermination digne de nous.

(!) Ordres et faits rapportés par NTcotera.

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Ceci fut accueilli comme un averiissemeni du Ciel : tout le monde alla se coucher*. Le lendemain matin, nos braves se réveillent, se frottent les jeux et « se ranprent en colonne. " On leur dit que « Nicotera avait pris le chemin do Naples, pour des motifs de haute politique; » Orsini prend sa place et Cailabene renonce à la sienne. Les chemises-rougos examinent attentivement Orsini, et il leur fait l'effet « d'un agent en livrée. « Aussitôt dit, aussitôt fait; la déternjination est prise de le planter là dès qu'on arriverait à Valraontone, etcju'on irait rejoindre Garibaldi « retournant à Naples. » Nous lisons ces détails dans une déclaration signée de treize noms de personnes qui étaient présentes, et qui a été publiée avec éclat dans toute l'Italie ^ Si nous ne citions pas de pareils témoignages, qui voudrait croire que nous n'écrivons pas un supplément au fameux livre de Meo Patacca, ou un commentaire à la célèbre hist'oire de Bcrtoldino?

Si nous écoutons, au contraire, le général Orsini, (et pourquoi ne l'écouterions-nous pas plus que nous n'écoutons Nicotera?) ce dernier se conduisit comme le plus insensé des commandants, donnant des ordres impossibles à exécuter, expédiant des consignes d'un homme qui rêve, tandis que lui, Orsini, soutenait l'honneur de l'aile gauche, et faisait une retraite, qui, en comparaison de celle des dix-mille de Xénophon, n'était qu'une manœuvre enfantine. Après Meniana, Orsini tenta de rentrer à Tivoli, mais

(1) Puntjolo de Naples, 7 novembre; Nazione de Florence, liï novembre, etc.

irouvani la [lace occupée par les poutiQoaux, il iila son nœud du plus loin rju'il put, et, enfin, sans altrapper le moindre petit coup de fusil, il sortit le dernier du territoire pontifical'. Toutefois, il n'a pas dit comment il exécuta sa marche sur Gérano, où les siens allumèrent du feu sur le maitre-autel de l'église, et établirent sur les tombes, (chose horrible à penser ! ) des lits de repos^. Bennati concourut à éclairer l'histoire des Orsiniens, et se plut à faire connaître au monde qu'Antinori et lui avaient été élevés, par une lettre de la comtesse Caracciolo- Cigala, à la haute dignité de commissaires extraordinaires du général Orsini, ce qui n'empêchait pas leur bande de conserver le titre que les Nicotériens lui avaient imposé, de compagnie de GrassatorP. Nous n'avons pas cherché à savoir, et cela, du reste, n'en valait pas la peine, si le général Orsini avait conduit d'autres forces que celles des bandes d'Antinori el de Bennati. Nous avons une énorme liasse de relations écrites sur les hauts-faits de la colonne orsinienne, mais nous ne voudrions pas prendre la peine d'en donner ici, ne fût-ce qu'un simple résumé.

Il ne faut pourtant pas croire qu'on ait eu à souffrir, dans toutes les parties de la province, de semblables tortures de la part de la clique garibaldienne. A Tivoli, par exemple, tant que le colonel Pianciani

(1) Lettre d'Oisini, flans la Nazione du 24 nov.

(2) Relation de témoins oculaires.

(3) Voir la lettre de Bennati, dans la Nazione du 26 novenjbre; lettre de Nicotera, même journal du 2 décembre , lettre de Bennati, même journal du 2 décembre.

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eut le commandement de la place, les choses se passèrent tranquillement, même au-delà de toutes les espérances , dans une occupation de bandits n"ajant aucun drapeau. Il en fut de même, dans plusieurs autres villes, où les garibaldiens ne voulurent pas, peut-être par honnêteté, peut-être aussi par crainte de tourmenter les populations. A Paliano, les ciiojens, privés de toute force militaire, prirent les armes et défendirent, pendant dix jours consécutifs , leur ville et la forteresse qui renfermait 312 prisonniers ; enfin, à force d'instances, ils obtinrent deux compagnies de soldats, qu'ils recurent triomphalement^. Nous pourrions citer d'autres faits du même genre, qui se passèrent dans différentes villes. Un garibaldien , revenu de cette fameuse campagne du Vellétran et du Frosinonais, disait avec candeur à l'un de nos amis : que ces peuples brutaux avaient reçu leurs libérateurs avec une frayeur extrême, avec haine, avec mépris ; que pendant que ceux-ci s'esquivaient, les stupides habitants surabondaient de joie, et force était aux chemisesrouges de voir les feux de joie allumés sur les collines, et de voir la population entrer en enthousiasme quand elle apprit la défaite des réformateurs à Montana. Dans chaque ville, à peine l'oppression étrangère avait-elle cessé, et bien avant la rentrée des troupes pontificales, les brigands, qui, pendant l'occupation, avaient primé, se cachaient pour se soustraire à l'indignation populaire et disparaissaient comme des ombres. Il en fut de même à Frosinonc,

(1) Docum. munusc. des arctiives du S novembre.

à Velléui, à Terracine, à Palestrina, à Tivoli, partout enfin.

Pour que rien ne manquât à la complète déconfiture morale et militaire de l'aile gauche, dès qu'elle put se soustraire aux baïonnettes qu'elle avait nicilencontreusement défiées, elle vit aussitôt ses chefs se vilipender réciproquement et se traîner mutuellement dans la boue. Nicotera, Orsini, Bcnnati, Anlinori, Pais, chef d'état-mnjor, Campofregoso, intendant militaire, remplirent les journaux de Naples et de l'Italie, ainsi que le Parlement de Florence, des plus violentes censures et des injures les plus atroces; chacun d'eux, pour se défendre, rejetait toute la faute sur le dos de son adversaire, l'appelant calomniateur, lâche, voleur et pis encore. Les garibaldiens pourront trouver dans notre histoire une louange, s'ils la comparent à ce que leurs frères d'armes publièrent contre eux. On vit même le prépondérant comité napolitam lancer une déclaration, dans laquelle il affirmait que l'intendance garibaldienne ne lui avait pas rendu des comptes exacts, et où il excusait ironiquement l'intendant qui , pour restituer ce qu'il avait volé, attendait l'argent cVun moment à Vautre.

Les journaux garibaldiens rapportèrent que les héros do la célèbre aile gauche s'étaient enfuis devant « cinquante gendarmes pontificaux et une centaine de barbacani , » terminant, plusieurs jours après, leur récit par cette comparaison :

« Nous ne trouvons un fait analogue que dans l'histoire ancienne, où l'on parle de la Tour de Cabel. "

Un autre fil à cette i^elaiion une épigraphe mortuaire : " La bande Niootera a tres-mal fini^ «

Il nous reste maintenant à donner un rapide aperçu des actes mémorables de Faile droite, qui, du Viterbais, avait la prétention de serrer Rome, afin do passer au centre de l'armée commandée par le général Joseph Garibaldi, qui, pendant plusieurs jours, escarmouchant le long de l'Aniene, crojait préluder au sac de R.orae, et ne se préparait qu'à l'échec de Mentana.

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