‹ Les croisés de Saint PierreChapitre 25 sur 32 · PRÉLUDES DE MENTANA · texte numérisé non relu

PRÉLUDES DE MENTANA

du Vatican, aux heures du plus grand danger, offrant au Saint-Père sa personne et son épée.

XCV. PRELUDES DE MENTANA. VERTIGES DU GOU- VERNEMENT ITALIEN, QUI VIOLE LA FRONTIÈRE PON- TIFICALE. FUREURS DE GAUIBALDI, REDELLE AU ROI. DOCUMENTS AUTHENTIQUES DE SA REBELLION.

Pendant que Garibaldi, dans les journées des 27, 28, 29 et 30, tentait de pénétrer dans Rome et sg retirait, en presque complète déconfiture, aux sylvestres refuges de Monte-Rotondo, le gouvernement italien, lui aussi, subissait des humiliations et des défaites plus mémorables encore. Le roi venait de former un nouveau collège ministériel, à l'heure même où l'escadre de Toulon levait l'ancre, car Napoléon III l'envoyait porter secours au Saint- Perei.

Toutefois, cette permutation des ministres n'avait pour but que de chercher à suspendre l'intervention française; ceci prouve combien il importe d'être sage et prudent, quand l'exigent les circonstances.

Le comte Louis-Frédéric Menabrea fut élevé à à la dignité de président du conseil des ministres, et destiné à servir de cheville ouvrière à la nouvelle

(1) Discours de Menabrea aux Chambres, 5 décembre, dans 1q numcTO 480 dos actes officiels, et dans la Civiltà caitol'ca, séria vu, vol. I, p. 115 119.

l)oliuque do loyauté, disait-on, mais qui n'élait on réalité qu'une politique do fourbe rapine. M.Menabrea est un homme qui fut, dès sa plus tendre jeunesse, pénétré des idées de la plus exquise discipline, d'un genre particulier de soumission, instruit dans les sciences militaires, particulièrement dans la stratégie; mais les faits ont clairement démontré qu'il était inepte à la politique administrative. Dans sa longue carrière, Menabrea laissa plus d'une fois briller des éclairs d'honneur, auxquels il se refusa pourtant, plus par l'ambition d'une position supérieure que par l'avidité de la fortune. Il n'oublia jamais d'user d'un certain genre d'urbanité envers tout le monde, et il prit plaisir à garder toutes les apparences de l'honnêteté; quoiqu'il soit bien notoire qu'il combattit dans des guerres sacrilèges, il se trouverait très-offensé s'il s'entendait qualifier d'homme sans religion. Les faits pourraient aisément le faire passer pour l'homme le plus hypocrite de l'Italie, bien qu'il ne simule pas de s'honorer par l'affabilité auprès de ceux qui sont vraiment bons ; mais il affecte d'être beaucoup plus méchant qu'il ne l'est en réalité, afin d'avoir du crédit sur les mauvais.

M. Menabrea comptait obtenir par une modération tenace ce que M. Rattazzi avait compromis par son audace frauduleuse, c'est-à-dire la conquête de Rome. Dans celte difficile entreprise, le ministre ne fit rien et ne pouvait rien faire, au moyen d'une réelle droiture, ou avec louange. Menabrea ne sut plaire aux méchants; il se montra condescendant envers la France, et déclara dans son premier manifeste que sur le drapeau garibaldien étaient écrits ces mots ;

DE MENÏANA. 361

« Desiruciion de la suprême autorité spirituelle du chef de la religion catholique; » et que ces mots ne pouvaient pas se trouver écrits sur le drapeau de Victor-Emmanuel; il convint que la guerre contre Napoléon III serait « une guerre fratricide : » Il supplia les garibaldiens de ne point provoquer celle guerre, leur promettant que Victor-Emmanuel traiterait la question romaine ^

Avec ce qu'il appelait « programme » Menabrea espérait avoir calmé l'indignation de la France, afin qu'il lui fùi permis de désarmer également la fureur des sectes italiennes, par une intervention armée sur le sol pontifical. C'est ainsi que par ce même télégramme du 27 octobre au soir, où il annonçait à Paris la formation du nouveau gouvernement, il disait, sous forme d'avertissement : « Nous espérons encore que l'expédition française n'aura pas lieu. Pourtant, si notre espoir venait à être trom[ié, et si les troupes impériales débarquaient à Civiia- Vecchia, nous nous verrions contraint de donner l'ordre aux troupes royales de franchir la frontière, dans l'unique but de maintenir la tranquillité sur le territoire pontifical. En ce cas, elles recevraient des instructions formelles d'éviter toute collision avec les troupes françaises^. »

M. Menabrea dit et fit. Aucun acte ne pouvait être jugé plus injuste, ou plus perfide ou plus insensé. Injuste, car le gouvernement florentin eût

(1) Nous en avons r.ippcrtô le texte en entier, au chap. xcii.

(2) Télùgramme de M. Menabrea à .M. Nigra, dans lo Livre vert, (jnestion romaine, p. 35.

CKoisiis. m. 31

onvalii un territoire que le droit des gens lui défendait de violer, comme le lui défendait un traité tout récent et la sainteté de la religion ; perfide, car il offrait une protection qu'on ne lui demandait pas, et que, sous cette protection, se cachait une trahison. Les mots de traiter « la question romaine » disaient au monde que M. Menabrea soupirait pieusement après le jour où, assis devant une table diplomaii(iue, il pourrait dépouiller et détrôner le Vicaire de Jésus-Christ; en d'autres termes, ces mots ressemblaient à s'y méprendre à ceux d'un gendarme qui, saisissant un assassin, lui dirait : — Ote-toi de là, coquin; laisse-moi assassiner plus gentiment que cela. Mais l'acte de M. Menabrea était insensé et puérilement stupide, plus encore qu'il était inique et dissimulé. Contre qui venait-il « maintenir la tranquillité du territoire pontifical, '• s'il avait pu y entrer, puisque, pour assurer cette tranquillité, les régiments français y étaient survenus? Que le lecteur juge de la réputation que purent lui faire dans toute l'Europe ces nombreux crimes qui étaient manifestement connus partout, lorsque les légats italiens racontèrent que les troupes italiennes n'auraient « aucun but agressif, mais seulement le but de pourvoir à la sécurité du territoire pontifical. On leur ordonnera d'éviter soigneusement toute rencontre avec les troupes françaises et avec celles du Saint-Père. Nous aimons à espérer que la France ne voudra pas considérer l'armée royale comme une armée ennemie*. »

(l) Tôlégriimmc de Jlenabrea aux représentants du rui à Berlin,

En attendant, a peine le débarquement des troupes françaises fut-il avéré que Menabrea ne connut pas ou laissa publier un télégramme du roi son maitre, télégramme congu de la maniùre la plus provocante contre la France :

•' Florence- FJtti, 30 octobre 1867.

n Syndic de Turin,

" Troupes françaises débarquées à Civita-Vecchia. Troupes italiennos passées tout de suite la fi'ontière. Communiquez librement,

«Victor-Emmanuel. «

Il est vrai que M. Menabrea, avant la nuit, découvrit le piège et se hâta de télégraphier à Paris, comme un enfant aurait pu le faire en vue d'éviter le fouet. Pendant qu'on écrivait d'un ton foudroyant aux syndics de l'Italie, se servant d'un laconisme arcane, évidemment menaçant, à Paris on atténuait pour conjurer le maléfice : « Les troupes italiennes se borneront à occuper quelques points rapprochés do la frontière, et pourvoiront aux moyens d'y maintenir le bon ordre. Elles ont des instructions formelles qui leur enjoignent de respecter toutes les autorités pontificales. »

Il ajoutait qu'il allait envoyer immédiatement un officier italien à Civita-Vecchia, pour donner au général commandant l'expédition française, l'assurance des intentions pacifiques de l'invasion royale, et pour qu'il eût à s'entendre avec ce général'.

à Londres, à Saint Pétei-sbourg et .'i Vienne, du 27 octobre dans le Livre verl, question romaine, p. 36.

(1) Télégramme de Menabrea à Nigr.i, 30 octobre, 4 h. 30 min. do l'aiirôsmidi. Ibidcn.

Aucun miiiistro du Piémont, do Naples, de Toscane, de Parme ou de Modène n'aurait osé apposer sa signature au bas d'un écrit si misérable.

Dès qu'il eut ainsi renié tout honneur et toute convenance, le ministre Menabrea ne sut plus faire un seul pas direct sur le même chemin ; mais, toujours par bonds et par sauts, tantôt sur ses genoux, tantôt ventre à terre, tantôt se redressant, se fâchant tout rouge et faisant le matamore, il se débattit, et fit des zigzags comme un homme ivre, qui agit au hasard, sans but, sans tète et sans cœur. Aux garibaldiens campés aux côtés des troupes royales, il cessa de fournir les provisions; il n'osa pas les désarmer, mais, au contraire, il les poussa en avant, leur faisant occuper les postes abandonnés pur les royaux ; il changea le nom des comités de la guerre sectaire, à Florence et ailleurs, mais il ne sut pas les dissoudre. Il répondit, faussement, il est vrai, aux municipalités des villes pontilicales insurgées, qu'il agréait beaucoup leurs plébiscites, mais il n'eut pas le courage de les accepter; il donna humblement ses motifs au gouvernement français qui l'interpellait avec courroux, à ce sujets Dans une note du 30 octobre, il bégaie obséquieusement : " L'indépendance nécessaire au souverain Gérarque, pour l'exercice de sa mission divine. » Et, une ligne plus haut, il avait renouvelé et rebattu, pour ainsi dire, la proposition de lui usurper l'Etal^. Là aussi il

(1) Télégranirne de INIenabrea à Nigra du premier novembre. Livre vert, p. 40, et note du 7 novembre, p. 4?.

(2) Oasette officielle du 30 octobre et dans la CivUtà catloHca, série vi, vol. xit, p. 50(3.

DK MENTANA. 3G5

avoue que '• les troupes soudoyées par le gouverncmetU pontifical ont suffi, ou paru suffire pour dt'Tencipe leur drapeau ; mais, en attendant, il envoie les tioupes royales pour ■• rassurer les esprits. »

11 reconnaît que l'intervention impériale « n'a aucun but hostile à l'Italie ; » et cela est dit le 30 ; puis, le 31, il publie un acte fanfaron, entortillé, charlatanesque, dans lequel il se vante d'avoir franchi la frontière parce que la France, avec son intervention, a violé la convention'.

M. ]\Ienabrea, avec sa politique tortueuse, n'obtint rien, si ce n'est le sort que méritent les serpents : celui d'être écrasés sous les pieds. Son messager La Marmora, envoyé à Paris où il arriva le 4 novembrCj y fut reçu, si nous en croyons les journaux^ et nos informations spéciales, d'une façon tellement familière que tout homme d'honneur en eût été dégoûté : il n'a tenu à rien qu'on ne l'ait souffleté avec un gant. Peu de temps avant l'arrivée de ce messager, les journaux de l'empire français avaient publié une note pleine de dignité, qui disait : « Nous ne voulons tolérer d'aucune manière , que vous occupiez un seul pouce du territoire pontifical; vous avez mamiué de loj'auté. Retirez-vous, ou bien nous vous chasserons à coups de fusil '^ »

(1) Gazelle ofJicieUe da 31 octobre; Civillù catloHca, ibidem. page 508.

[2] L'6'/iù-(?>'s du 5 novemliie; VUnità caltotica du 7 novembre; Gazelle de Milan (garibaldienne rouge), du 11 novembre.

(3) Télégrammu de jMoustier à Menabrea, publié dans le Moniteur du premier novembre. On peut le lire dans la Civillà catloHca, strie VI, vol. xii, p 512.

Cet ordre de la France parvint à M. Menalorea dans la journée du 2 novembre, avec ce conaraentaire péremptoire : « Vous avez quarante-huit heures pour obéir. -

Pareille intimation mit dans une fureur atroce les journaux de la secte : mais force leur fut de ronger leur frein. M. Menabrea baissa la tête et avant que les Français n'eussent diminué le corps d'occupation d'un soûl fantassin, ce qui était le prétexte avoué de son intervention, en dépit de son droit tant vanté, le ministre se retira spayiiaiiéinent'^ ; il publia son acte d'obéissance dans une note, où il n'eut pas l'adresse de dissimuler son impuissante rage, sa complète ineptie et son mauvais vouloir^. Nul coup de cravache ne fut assiirément aussi énergiquement donné que celui que les ministres courageux appliquèrent sur le visage des faibles. Ce qu'il y eut de plus pénible encore, ce fut la justice du peuple italien, du gr^md, du vrai peuple, y compris celui de l'ancien Piémont, qui aui^ait applaudi de grand cœur pen.dant que les vieux Piémontais, et Menabrea lui-même à la tête de la brigade de Savoie, auraient, pour une cause à leur avis bien juste, brûlé jusqu'à leur dernière cartouche, avant de ternir la gloire de leur souverain, en le rendant ridicule devant l'Europe entière. Nous avons les aveux solennels du parlement de Florence

(1) Discouïs de M. Menabrea aux Chambres, déjà cité. Il est indiqué, dans les actes, que le ministre proféra avec force le mot spontanément, qui était le mot le pltis stupide de tout son discours.

(2) Gazette officielle du 5 novembre- dans la Civiltà callulica, si'rie vt, vol. xii, p. 409.

tant do l'injustice volontaire que du châtiment subit. « Certes, la convention fut violée, s'écriait le député Civinini, tantôt garibaldien, tantôt roj'aliste ; elle fut violée, parce que cela plut au général Garibaldi et au commandeur Rattazzi. L'Italie en supporta le dommage et la courte honte. «

Le ministre italien, furieux d'avoir reçu cet outrage mérité, se vengea deux jours plus tard, par une note venimeuse dans laquelle il eut l'imprudence de verser à pleines mains le déshonneur, sur la tête la plus vénérable et la plus vénérée de l'univers. L'insolent critique blâma, qui le croirait? le Saint- Père, de ne pas " avoir emploj'é au profit de la Religion les trésors qu'il avait prodigués dans des armements superflus ; » l'impie censeur déclarait le digne Pie ÏX propagateur mensonger des scandales, et répudiateur ingrat des olTres amicales du gouvernement italien, qui ne demandait, après tout, qu'à « veiller sur lui, l'entourant de vénération ; » il l'accusa du « sang déplorablement répandu'. »

En lisant cette scélérate page diplomatique, il nous semblait entendre la voix de^ce bourreau au cœur sensible et tendre, qui égorgeait dans son bain un grand dignitaire d'Espagne, tout en lui prodiguant des consolations : « Courage, Seigneur, disait cet autre Néron, ce que je fais est pour le bien de Votre Seigneurie. »

Si quelques personnes trouvaient que notre plume est par trop rigide lorsqu'elle veut qualifier les

(1) Gazelle officielle du 7 novembre, et la Civiltà cattolica, série VI, vol. XII, p. 634. Voir aussi la revue de cet acte, ibidem, p. 583.

hommes publics, que ces personnes sachent bien que ce n'est pas nous qui jugeons ces hommes, mais qu'ils sont jugés par leurs propres œuvres. La noie de M. Menabrea est enregistrée dans l'histoire; et quand même nous chorcliorions • à la dissimuler, cette note infâme parlerait tout haut; puis l'infâme discours prononcé aux chambres parlerait aussi, ce discours du 5 décembre qui, pour être une grossièreté sortie de la bouche d'un ministre d'Etat, n'en est pas moins une agreste brutalité. L"indélicalesse du diplomate italien était si généralement connue qu'un ministre français ayant, dans une séance parlementaire, fait mention de la sagesse du gouvernement de M. INIenabrea, un murmure de désapprobation s'éleva aussitôt; lorsqu'il vint à parler de la loyauté probable , les sténograplies notèrent « mouvements prolongés. » Ce fut un charitable euphémisme des secrétaires , pour dissimuler le formidable tumulte d'indignation qui venait d'éclater à la jonction discordante des mots gouvernement italien et loyauté'^ .

Le jugement le plus complet et le plus durable, sur les actions du ministre Menabrea, restera consigné dans la protestation du Saint-Siège. Dès que le cardinal Antonelli eut connaissance de la nouvelle perfidie du gouvernement italien, il écrivit l'histoire de l'invasion royale et garibaldienne, dans un style tout à la fois clair et concis ; il en développa et

(1) Voir les discours principaux des assemblées publiques de France, dans la Civiltà cattoHca, série vi, vol. xii, p. 7S3 et suivantes; et, pour plus de détails, les journaux français du moi^ da novembre 1867.

mit au grand jour tous les détours, toutes les embûches, toutes les trahisons, et il frappa d'une marque d'ignominie indélébile, cotte invasion encore plus effrontée que l'autre, et qu'on avait opérée sous l'apparence de protection. Nous en sommes affligé pour l'honneur et la renommée de la famille royale de Savoie, mais personne ne pourra effacer des annales ecclésiastiques « l'étrange conduite que paraissent tenir les troupes royales vis-à-vis des bau'les garihaldiennes qui, chassées en apparence sur un point des Etats-Pontificaux, s'avancent sur un autre point, sans qu'on leur oppose la moindre résistance; disons mieux: on reconnaît là le prétexte spécieux, sous lequel semble se déguiser cette ultérieure irruption, si inattendue, ce qui ne sert qu'à aggraver l'illégalité outrageante de l'invasion elle-raèine Ce fait constitue une violation nouvelle du droit des gens, une nouvelle et très-grave offense aux droits du Saint Père, perpétrée par un gouvernement qui, après lui avoir enlevé les trois quarts de son territoire, après avoir laissé piller et saccager l'autre quart par di; nombreuses bandes révolutionnaires, après avoir tenté d'exciter à la révolte des sujets fidèles, vient aujourd'hui ajouter la dérision aux souffrances, aux mutilations qu'il lui a imposées, et cela pour en arriver, dès à présent, et sans aucun doute, à l'accomplissement de ses iniques desseins obstinément avoués'. "

(1) Note du cni'dinal Antonelli, en date du 3 novembre, expédiée aux légats du Saint Siège et à tous les journaux. On peut la voir dans la Civiltà cattolica, série vi, vol. vu. p. 610.

370 PRÉLUDKS

Après avoir obtenu un pareil diplôme écrit au nom de Pie IX, le plus infaillible, le plus irrécusable des hommes, il serait difficile d'obtenir une réparation d'honneur.

Voilà ce que Victor-Emmanuel a gagné, en occupant l'extrême limite de l'Etat pontifical, et en y laissant, pendant quelques jours seulement, une garnison. Un autre avantage qu'il mérita bien et qui fut digne des œuvres qui l'ont causé, fut la rébellion ouverte de Garibaldi, qui fut, disons-le, admirablement attisée par l'invasion royale. Cette histoire a été bien plutôt sentie par le bon sens du public que démontrée par des documents authentiques; il nous faut donc porter forcément la lumière dans ce chaos qui s'était en peu de jours amoncelé, presque jusqu'à la veille de Mentana, et dont on ressentit encore les effets dans la première moitié de l'année 1870, par les conspirations et par les bandes républicaines qui travaillent si péniblement ce pauvre sol italien.

Joseph Garibaldi s'éloignait des murailles de Rome, prenant en haine le roi et le nouveau ministère. Dans une proclamation publique, le héros plaçait sur la même ligne le gouvernement italien et le gouvernement pontifical, les déclarant l'un et l'autre également dégoûtants^ . La principale cause de cet acharnement de Garibaldi était l'abandon dans lequel, après qu'il l'eut renié, son gouvernement le laissait, précisément alors que le secours qu'on

(1) Proclamation datée de 8311116-0010111136 et rapportée au chapitre XCIII.

lui avait promis lui devenait plus nécessaire. Un désordre horrible régnait dans le camp garibaldien depuis que de Montana il était revenu prendre domicile sur les collines de Monte-Rotondo. Les malheureux sicaires, épuisés, affamés, furieux, s'étendaient sur le sol avec un indicible dépit ; on entendait partout des plaintes améres et de piquants reproches prononcés contre Garibaldi et son état-major; les révolutionnaires ne se gênaient pas pour appeler leur général et ses collègues : un tas d'hommes ineptes et lâches. Les soldats royaux, porteurs de la blouse rouge, affirmaient et juraient que les commandants garibaldiens, en fait de conduite militaire, ignoraient même les premiers éléments, que le plus stupide des caporaux connaît sur le bout de ses doigts : avoir mené l'entreprise de forcer les ponts du Teverone, comme s'il se fût agi d'une promenade de chasse, et tout juste assez bêtement pour se faire rire au nez par les jM^jalins ! se peut-il rien de plus stupide? N'ayant rien répondu aux injurieuses récriminations de leurs subordonnés dont le mécontentement toujours croissant inspirait des inquiétudes , les chefs de la garibalderie désarmèrent quelques-unes des compagnies les plus mutinées et les renvoyèrent à la frontière ; mais grand nombre de soldats n'avaient pas attendu d'être désarmés et étaient antérieurement partis de leur plein gré.

» Les volontaires, rapporte Guerzoni, les uns avec leurs fusils, les autres sans armes, selon leur bon plaisir et sans on recevoir ni en demander la permission, s'en allaient par couples ou par escouades. »

C)1'Z rilKLUDES

Gariijaldi, pour reiVéner la vaillanoo fuyarilû des milices volontaire?, Fabrizi et Albert Mario se proposèrent do nommer un prévôt d'armes et des archers, qui seraient chargés de punir les déserteurs'. Nous savons que ce dessein fut conçu, mais nous ignorons s'il fut exécuté.

Les troupes qui étaient restées au camp, renforcées par de nouvelles bandes qui survenaient continuellement, élevèrent aussitôt des barricades et des palissades autour de la ville, et occupèrent avec de fortes avant-gardes les postes avancés, même les plus éloignés, à Monte-Porzi, à Torre- Lupara et principalement sur la voie Salaria. Tout en s'attribuant ces prétendues conquêtes faites sans lutte ni combat, le pauvre Garibaldi avait bien des motifs d'être inquiet et soucieux : il allait manquer de vivres et de fournitures de campagne; il ne savait point de nouvelles de Nicotera et d'Acerbi , qui s'éiaieni évanouis en compagnie de leurs fameuses ailes gauche et droite; on n'espérait absolument plus rien de l'insurrection des Romains; enfin, tout semblait prendre une fort mauvaise tournure : non-seulement les hérauts du roi, mais même les chemises-rouges semblaient disposés à abandonner l'entreprise et se déclaraient trahis par le sort. Un seul point lumineux laissait échapper quelques rajons d'espoir : c'était l'entrée de l'armée royale sur le sol pontifical. Dans les campements, le bruit courait que le fameux cordon de vigilance s'était partout converti en colonnes d'attaque, et que mon-

^l) Guerzoni, Noiu\ Aullw'O'jic, avril 18GS, j». 771.

sieui' Menal)rea exécutait de point en point la fourberie qui avait été combinée par M. Rattazzi avec Garibaldi' : que les commandants royaux fraterniseraient avec les garibaldiens, dans le Frosinonais et dans le Viterbais, ni plus ni moins que ceux de Corèse , placés près du camp de Garibaldi. En lisant la proclamation martiale du roi au syndic de Turin, Garibaldi et l'Italie crurent que la guerre italo-française était déjà allumée ou tout au moins imminente; le généralissime rouge désira se montrer en armes avec l'armée italienne; de cette manière, si la chose tournait à bien, il aurait la gloire d'avoir été l'initiateur, et, en cas de déroute, il cacherait sa propre chute, au milieu de la déconfiture générale.

Malheureusement, les frères du comité de Florence ne tardèrent pas à détromper le brigand de Caprera en lui démontrant clairement qu'il était irrévocablement rebuté par le ministère Menabrea; que la guerre était impossible, vu que le roi avait formellement promis de ne pas s'avancer vers la frontière pontiticale, et de ne pas tirer un seul coup de fusil contre les Français ou contre les pontificaux. Une lettre de Crispi à Bertani, secrétaire et factotum complaisant de Garibaldi, était ainsi conçue :

« Cher Bertani,

» Je voudrais le dire beaucoup de choses, mais je

(1) Lettre de Garibaldi aux cleoteurs, écrite de Caprera, le 2-1 décembre 1868; et autres documents cités aux chapitres Lxiii, LxMi et Lxvni de cet ouvrage, etc.

ne le ferai qu'en allant te voir là bas. La position e?t difBcile et, avec les gens qui nous gouvernent actuellement, il n'y a rien de bon à espérer. Les Français arrivent en Italie avec une armée partagée en trois divisions, et nos troupes ne se sont pas avancées sur le territoire romain pour nous être utiles.

» Dis à Garibaldi qu'il ne se compromette pas et qu'il attende. S'il peut rentrer dans le royaume {celui de Naples), ce serait le mieux, car s'il tombait, l'institution des volontaires et la force du pays disparaîtraient avec lui.

» Je t'embrasse,

" Ton affectionné, F. Crtspi^ «

Ces avertissements et d'autres semblables donnèrent le coup de grâce à Garibaldi, dont la rage allait déjà jusqu'à la frénésie. Dans sa fureur, il appela, pour attiser son emportement, ce qu'il y avait de plus fou dans le pandémonium de son quartier-général ; si la force avait pu seconder la mauvaise volonté, Garibaldi eût appelé aux armes le peuple italien, forcé le roi à faire, malgré lui, la guerre à la France, le menaçant, s'il refusait, de soulever contre lui l'Italie tout entière. Nous empruntons ces détails à plusieurs actes du quartiergénéral garibaldien, qui, par un heureux hasard, sont tombés aux mains des magistrats pontificaux ; nous les publions donc sur les autographes et avec les signatures que nous y trouvons apposées.

(1) Lettre de Florence, du preiiiier novembre, dont des amis nous ont fait lire l'autographe.

DS J4ENTANA. 375

« Monte-Rotondo, 31 octobre 1867.

n Les soussignés ont convenu et délibéré ce qui suit :

» L'intervention française à Rome, a complètement changé la position des volontaires.

» La question militaire que leur vaillance a jadis honorée, n est plus maintenant la principale affaire, mais elle est devenue une question politique qui doit nécessairement se trouver en première ligne. Aucune hécatombe, si héroïque qu'elle puisse être, ne doit relarder le développement de cette politique.

» Le pays attend, des patriotes armés pour délivrer Rome, la ferme détermination de remplir le programme national, et de sauver l'honneur de la patrie, avant l'invasion étrangère.

» L'initiative est donc entre les mains des volontaires sous les armes et de leur chef.

•' Mais pour que le pays réponde, dans les cas extrêmes, au généreux appel, il faut lui exposer manifestement notre programme qui a été faussé avec délibération par les paroles du roi.

" Par suite des considérations ci-dessus, les soussignés proposent :

» D'expédier immédiatement, aux amis des villes principales, une proclamation du général Garibaldi, dont voici le canevas :

>. Organiser la résistance dans les provinces, jusqu'à ce que l'honneur de la nation soit vengé et que son programme soit rempli.

« Ont signé : Général duc Lante Montefeltro de la Rovere. — Boncorapagni des Princes de Piombino, — A. Bcrtani, — J. Guerzoni, — Albert

Mario, — N. Fabrizi, — Missori, — V. Caldesi, — S,- Canzio, — A. Bellisomi, — E. Bezzi, — J. Adamoli, — M. Garibaldi. »

C'est Augustin Bertani qui a compilé cet aclo ; on sait qu'il est député au parlement de Florence, et nous avons ensuite constaté qu'il en était l'auteur, en voyant plusieurs brouillons écrits de sa main.

Pour donner une marche aux événements, Garibaldi prit le parti que lui avait proposé Crispi : c'est-à-dire, attendre à Monte-Rotondo et s'y maintenir le plus longtemps possible ; puis, s'il lui devenait impossible de résister, se jeter au milieu des montagnes de Naples et s'y arrêter en armes au nom de la nation. C'était là " la position d'attente " dont M. Fabrizi parle confusément dans sa relation ; et ce que dit Guerzoni de « laisser les événements se développer et démasquer les partis. •• A cet effet, on accéléra les travaux de fortification, on réitéra à IXicotera l'ordre de se porter sur Tivoli, pour garder le chemin de retraite vers Naples, qu'on avait choisi. On procéda ensuite à la formation du comité d'agitation républicaine, qui devait se répandre dans toute l'Italie. Voici comment l'indique l'obséquieux journal de Bertani, grand chancelier du secrétariat garibaldien :

« Monte-Rotondo, P"" nov. 18G7, à 10 h. du m. « La proclamation de cette date est signée par le général.

" Le comité exécutif pour les provinces insurgées est constitué, auprès du quariier-général, composé par les noms qui suivent, proclamés par le général lui-même : Bertani, Fabrizi, Guerzoni, Menoiti,

Garibalcii, Mario, Missori, Canzio, Vincent Caldesi.

» On a prié de s'adjoindre aux personnes ci-dossus désignées : le Prince de Piombino, )e seigneur Ferri, le seigneur Costa (le peintre) de Rome, et M. Cucchi, lorsqu'il arrivera.

» On lit ceci au général, qui approuve la constitution du gouvernement des provinces insurgées, en plein comité.

On convient de se retrouver à midi. »

Pour donner quelques règles aux bureaux du comité exécutif, Bertani esquissa également un plan de ce comité, qu'on devait afficher au quartier-général, et dans les provinces italiennes qui donneraient leur adhésion. Voici ce plan : " P Le comité exécutif pour les provinces insurgées, se constitue et nomme son président et son secrétaire, en subdivisant le travail. — 2° Organiser un service pour les messages et les correspondances. — 3" Créer le protocole et l'expédition. — 4" Créer le bureau du secrétariat. — 5° La section politique de la province romaine et des comités. — 6° La section du trésor et de la caisse. — 7° Celle des moyens de guerre et des informations militaires. — 8" Celle de la vigilance et de la tranquillité publique. — 9° Celle de la justice civile et militaire. »

Il paraît que ce projet de gouvernement provisoire, qui aurait été substitué à celui du Pape et à celui de Victor-Emmanuel, ne déplaisait guère à ces messieurs du comité exécutif, lorsqu'il se réunit sous la présidence de Garibaldi, puisque nous trouvons i[u'on en dressa immédiatement un acte pour qu'il fût imprimé en ces termes :

J/8 PRKLUDES

« Aux peuples des provinces romaines insurgées.

» Pour donner une plus grande unité et plus d'efficacité à vos volontés et à vos efforts, afin d'arl'iver plus promptement à la délivrance de Rome, capitale de ritalie, je proclame et j'institue, sur votre territoire, un comité exécutif des provinces insurgées.

» La mission principale de ce comité sera de préparer et (le fournir tous les moyens nécessaires pour la guerre sainte contre les oppresseurs de Rome, dirigeant, selon les principes de la liberté et de la justice, l'administration de la chose publique,

» Chaque ville qui est déjà un chef-lieu de province, constituera son comité, choisi au libre suffrage parmi les citoj'ens les plus illustres et les plus expérimentés, et ces comités dépendront tous du comité central que j'ai constitué, dont ils recevront les ordres et les indications.

" Les comités provinciaux recevront le mandat de former des juntes locales dans le cercle des provinces respectives.

.. Le comité central continuera d'exercer ses fonctions, jusqu'à la revendication de Rome et la proclamation d'un gouvernement permanent, au moyen des plébiscites.

» Monte-Rotondo, P'' novembre 1867.

« Le comité central ci-dessus mentionné se compose des membres dont les noms suivent, avec la faculté de s'en adjoindre d'autres en cas de besoin : Augustin Bertani, Nicolas Fabrizi, J. Boncompagni de Piombino, Albert Mario, Menotti Garibaldi, Joseph Guerzoni, Félix Ferri, Joseph Missori Vin-

cent Caldosi , Etienne Canrào , Duc Lante délia Rovere. T^?< .- Josei)h Gariba'di. »

Suivent les actes d'acceptation de messieurs Lante, Bertcini, Guerzoni, Boncompagni et Mario. L'infatigable secrétaire Bertani composa aussi un autre manifeste , qui est précisément la proclamation adressée aux Italiens et dont nous avons déjà parlé. La voici :

« Monte-Rotondo, P^' novembre 1867.

" Nous sommes venus en armes sous les murs de Rome, de tous les coins de l'Italie, avec l'aide et aux applaudissements du peuple italien tout entier.

•' Si nous n'avons pas demandé l'autorisation du gouvernement qui représentait légalement la nation, c'est que ce gouvernement, poussé par l'opinion publique, a dû favoiiser notre entreprise plutôt quo de la contrarier.

» Nous sommes les précurseurs du peuple sur le chemin de Rome. Il est écrit sur son drapeau quo nous avons su relever : « abolition du pouvoir temporel du Pape ; Rome capitale de l'Italie ; liberté de conscience; égalité de tous les cultes devant la loi. ..

" C'était là le drapeou du peuple romain, lorsqu'il tentait par un effort héroïque et désespéré, dans les journées du 22 et du 24 octobre, de nous tendre la main et de nous ouvrir les portes de Rome.

" La cause pour laquelle nous combattons est l'unique cause et nous n'en avons pas d'autre. Il n'y a contre nous que ceux qui ont oublié jusqu'au nom- de Rome, et qui ont cons-piré pour le retour de l'étranger sur le sol italien.

» La convention de septembre, déjà violée impii-

3S0 ruÉi.uDES

nénient par le gouvernemonl français, n'a jamais pu avoir pour but de défendre à l'Italie la revendication de sa capitale.

" L'Italie une et indivisible e.st l'irrévocable gage d'honneur que le gouvernement a contracté envers le peuple. Lorsqu'un gouvernement fait défaut à une aussi grande promesse, le peuple le remplace et se sauve tout seul.

» Frères et amis du peuple français opprimé, que la responsabilité des événements retombe sur ceux qui, abusant de la puissance, deviennent des provocateurs et sur leurs complices!

« Confiants dans le droit et dans l'honneur national, protestant contre quiconque les trahit et contre la nouvelle invasion étrangère, encouragés par la sympathie de l'armée et par le projet qu'elle concevra en voyant le nouvel outrage infligé à la nation, nous faisons appel en armes, au peuple italien, assurés qu'il ne nous laissera pas parcourir seuls la voie sacrée de Rome, qu'il vengera, avec son énergique volonté et son bras vigoureux, la dignité outragée et qu'il dofendra la liberté de la patrie en péril, Joseph Garibalui.

». Nota. Faire publier tout de suite et à grand nombre d'exemplaires la proclamation de Garibaldi, dans un format facile à répandre.

» S'entendre avec les amis et former des comités de défense nationale.

» Se mettre en communication sûre et directe avec le comité exécutif des provinces insurgées, près du quartier- général.

» Pour le comité exécuiif : A. Bortani, J. Guer-

zoni, J. Boncompagni des Princes de Piombino, Missori, N. Fabrizi, L. Canzio, J. Guerzoni {pour la deua.'/i>me fois). »

Cet acte fut publié dans la Gazzeita del popolo, do Turin, à la date du 7 novembre, et peut-être aussi dans d'aulres feuilles garibaldiennes, d'après lesquelles jNlacchi en prit copie pour son Ejoopée de Mentana ; mais aucune de ces feuilles ne fit mention de la note et des signatures qui la suivaient. On écrivit, pour les soldats à la chemise rouge, un ordre du jour qui était encore plus ouvertement et plus furieusement rebelle. Cet ordre du jour fut qualifié d'apocrjphe et démenti par le journal de la cour garibaldienne, la Riforma de Florence; mais ce fut bien à tort : celte proclamation fut lue et publiée dans les quartiers de Monte-Rotondo, comme l'affirme Vitali' et même Macchi, qui pourtant en altère le texie^. Nous avons vu cet acte différant bien peu de celui qui fut publié dans la Gazette de Milan et dans la Nazione de Florence, et nous la publions d'après le manuscrit signé : Joseph Garibaldi ; nous croyons fermement qu'il a été écrit de sa main et nous y avons remarqué des traits de plume caractérisliijues, qui nous prouvent que le tout est l'œuvre de sa belle et très-lisible écriture, et nous avons lieu de croire que c'est l'œuvre de son esprit. « Ordre du jour, » Monte-Rotondo, 1, 11/67 (P'' nov. 1867).

" Le gouvernement de Florence — a fait envahir

(1) Vitali, Les dix .joxirHéea, p. 195.

(2j Macclii, Epopée de Mentana, numéro xxt.

le territoire romain que nous avons conquis , au prix d'un sang précieux, sur les ennemis do l'Italie.

» Nous devons accueillir nos frères de l'armée — avec la bienveillance habituelle — et les aider à chasser de Rome — les mercenaires étrangers souteneurs de la tyrannie.

.. Si pourtant des pactes infâmes, — continuation de la lâche convention de septembre — poussaient le jésuitisme, d'une sale coterie — à nous faire déposer les armes pour obéir aux ordres du 2 décembre, — je rappellerai alors au monde qu'ici — Moi, seul général Romain — avec les pleins pouvoirs — du seul gouvernement légal — de la République Romaine — élu par le suffrage universel, — j'ai le droit de rester armé — sur ce territoire de ma juridiction.

» Et que, si ces volontaires, champions de la liberté et de l'autonomie italiennes, — veulent que Rome soit la capitale de l'Italie; accomplissant le vœu du Parlement — et de la Nation, — ils ne déposeront les armes — que lorsque la Patrie sera complète, — avec la liberté de conscience et de culte — édifiée sur les ruines de la nécromancie — et les soldats des tyrans — chassés.

» Joseph Garibaldi. »

Nous ne savons pas positivement qui fut chargé de semer en Italie, avec de telles proclamations, l'insurrection civile et militaire contre le roi Victor- Emmanuel. Toutefois, ce ne sera pas sans profit pour ceux qui, dans l'avenir, pourront éclairer l'histoire, d'inscrire ici quelques noms, que nous trou-

VOUS dans une minute au dos de laquelle étaient écriies des instructions pour les mandataires, à la date du 31 octobre. " Voir Luvini, Crispi, Oliva, Caldesi. Florence, Bologne, Ferrare. — Riboli et Cucchi, 7\irin, etc. Milan, etc. Venise, etc. — JMoslo. Liyurie, Emilie. — - Fausliui. Ombrie, Pérouse, centre Jules Zucchetti et amis. — Eiia. Marches, centre Ancône. — Salomone. Abruzzes. — Carbonelli et Nicotera. Calabres, Terres de Labour. Fouilles, Naples. — Muratori. Sicile et Sardaigne. »

Nous croyons que tous les noms inscrits sur ce chiffon de papier par la plume de Bertani, ont accepté l'invitation; tandis que (nous voulons être équitable), il est certain que les paroles intercalées par Bertani dans la minute des instructions : « Armer le peuple, fraterniser avec l'armée, etc. .. ne plurent pas au conseil, puisque Bertani les a omises en parlant de cela dans le Diaire, et qu'on ne les voit pas dans la copie signée par les conseillers.

On les a peut-être réservées au zèle des messagers. Pour l'impression, on expédia Virgile Estival à Terni, et, en attendant, on en distribua des copies manuscrites, par les mains de Danesi aux amis do Gènes, par le professeur Teotoco-Ricci à Nicotera, et par le docteur Luiset Gualtiero à Acerbi. Antoine Bonaldi partit pour Vellétri, Louis Casanova pour les Marches, Liverani pour Ancône, Ovidi pour Pérouse; le député Regnoli fut destiné pour l'Ombrie, et Auguste Donati fut envoyé en ambassadeur près du docteur Bottero en Piémont. On envoya une

i^S4 PRÉLUDES DE MKNTANA.

copie de la proclamation même à M. Emile de Girardin^ Nous ignorons s'il la reçut et s'il la publia; mais nous savons qu'en ces jours-lji, M. de Girardin, dans sa feuille La Liberté, reprochait à la France de se montrer ingrate envers l'Italie, pour les bienfaits qu'elle en avait reçus : idée nouvelle, que les journaux garibaldiens reproduisirent avec orgueil^.

Ces brandons de guerre civile, lancés de Monte- Rotondo par toute l'Iialic, n'allumèrent pas le formidable incendie que Garibaldi et les républicains qui l'avaient attisé, s'étaient promis d'allumer. Tout aboutit à des tumultes de la place publique, à des insultes au roi, a Menabrea et à la France, insultes qui remplirent les journaux, mais qui ne méritent pas une seule ligne de l'histoire. C'était une bave diabolique des conciliabules sectaires, sans aucune intervention de l'armée, ni des populations ; une de ces tempêtes que l'on voit éclater au théâtre sur des flots de carton.

Le roi garda prudemment sa peur des baïonnettes françaises, dans laquelle M. Menabrea l'entretenait, et la France, au grand déplaisir de M. Menabrea, du roi et de Garibaldi, arrivait avec ses navires à Civita-Vecchia.

(1) Diaire et papiers garibaldiens déjà cités.

(2) Gazette dii^ peuple de Turin, du 4 noveaibro.

Dt:DARQUEMENT DES jFRANTAIS. 385

Page 1