‹ Les croisés de Saint PierreChapitre 5 sur 32 · G A U SI E M E N T · texte numérisé non relu

G A U SI E M E N T

Lorgys et de Luynes, le vicoiute do Foresta, Uibaîn et Armand de Charetle, plusieurs frères de Jcrplianion , le comte de Sabran-Pontevès , I\I. de Siraony, Edouard O'Bjrne, Alexandre de la Faille de Lewerghem, M. de La Roche-Fontenille, Jean de Vilexin, le comte Du Plessis, M. de Gorthez, M. du Chêne, Ferdinand de Saint-Sernin, le jeune comte Dembrowski, précédemment capitaine do l'armée polonaise et fils du fameux général de ce nom. Bien d'autres personnages célèbres, dont aucun document ne nous apprend les noms, combattaient aussi dans ce corps ; car tous s'éiant réunis tumultueusement, et pour quelques jours, il n'y eut pas de rôles. C'était en partie des vétérans de Castelfidardo, et en partie des ofDciers dans les armées de leur pays et dans les cours souveraines ; la plupart d'entre eux s'étaient dé]à servi de la carabine dans les journées précédentes, sous la simple qualification de soldats amateurs. On les voyait parcourir en voiture les rues de Rome, ùyant à leur côté d'excellents lefaucheux, descendre de voiture devant leg casernes et, après avoir salué l'ofîîcier qui commandait le poste, se mêler aux soldats. Lorsqu'ils virent les seigneurs romains se réunir en pelotons et marcher au pas, ils conçurent l'idée subite de s'assembler et de former, eux aussi, un corps séparé. Aussitôt fait que dit; ils demandent des armes et des munitions, et acclament pour leur commandant le célèbre Théodule de Cliristen, vigoureux et aimable soldat do trente-cinq ans, et déjà vétéran de Crimée, jadis colonel à Naples, rendu depuis glorieux par des faits héroïques, accomplis dans les Abruzzes, par la

(léfense immortelle do Bauco et par les indignes entraves d'un bagne , auxquelles \m tribunal de sectaires avait osé la condamner. Pour faire partie des volontaires étrangers, il suffisait de se présenter au commandant, et, sous la garantie de deux camarades, on obtenait le fusil de munition, une veste do zouave, et on avait l'honneur de combattre pour le Saint-Père. A l'heure indiquée, ces volontaires se réunissaient au Vatican, et leur commandant, après avoir pris le mot. d'ordre de M. Sonnemberg, colonel de la garde suisse, les plaçait aux postes de défense.

D'autres gentilshommes étrangers s'étaient fait inscrire parmi les volontaires romains ; leur rôle , en ne le jugeant que par les noms qu'il contenait, était le témoignage du plus noble corps qu'il fût possible de créer. Les hommes du peuple, en voyant passer ces volontaires, la carabine au bras et le baudrier pontifical sur l'épaule, les montraient avec un secret orgueil aux étrangers, et, désignant tour à tour un des braves, s'écriaient :

— Celui-là est Don Jean Patrizi, porte-drapeau tle la Sainte Eglise Romaine, lieutenant-général do la Garde-Noble, et cet autre est Don Jacques, son fi^ère ; voici les deux princes Don Pierre et Don Camille Aldobrandini, et celui-là, c'est le prince Lancelloiti ; celui qui commande la compagnie, c'est le duc Don Scipion Salviati, arrivé en toute hâte à Rome, d'un pays très-éloigué, pour ofirir au Saint- Père et son cœur et sa vie! Les deux que vous voyez ensemble à votre droite sont deux frères : les princes Paul et François Borghèse ; il y a là les Théodoli, les Vitelleschi, les Cavaletti, les Savelli,

les De Blanchi, et bien d'autres encore ! Sachez qu'à Rome, il j a bon nombre de patriciens, enrôlés dans les troupes régulières. Ces trois personnages que vous voyez à gauche sont trois gentilshommes de cape et d'épée de la Cour pontificale : le chevalier Archange Folchi, le chevalier Philippe Frezza, le marquis Serlepsi. Voyez ce beau groupe de seigneurs napolitains : le colonel François Louvara, le baron François Zezza, le chevalier Louis Paiti ! Et ceux-là qui s'avancent en portant si aisément le fusil sur ré|iaule, y ont porté jadis les épaulettcs à graine d'épinards, sur les champs de bataille. Vous voyez celui-là, que suivent trois jeunes gens : c'est un père qu'accompagnent ses trois enfants, c'est le colonel François-Xavier de Grady, qui était commandant de la forteresse d'Ancône, en 1860. Le général comte de Courten nous envoie, lui aussi, ses deux fils, pendant qu'il se bat à Frosinone; ces deux autres, tous deux colonels, sont Eugène Mortillet et Lucien Cropt. Il n'y manque pas même un colonel d'artillerie; voyez-le là: c'est Bernard Blumensthil, nom illustre, pour les sciences militaires, dans touto l'Europe.

Un brigadier de gendarmerie, passant en revue un détachement qu'il devait commander : « Par ma barbe! s'écria-t-il, me voilà passé général d'un seul coup, ce soir : j'ai trois colonels sous mes ordres ! » Quelques instants plus tard, le glorieux bataillon était salué par l'explosion d'une bombe orsinienne.

On ne saurait exprimer jusqu'à quel point les hardis jeunes romains sentaient courir , dans leurs veines, un sentiment électrique de fierté, en so

vojant dans les rangs de semblables camarades. En véritables croisés anciens, ces braves s'étaient pourvus, dans la matinée, du Pain des forts, et, dans la soirée, ils couraient joyeusement à la rencontre des grenades fulminantes, l'âme audacieusement ferme : il y eut, parmi eux, plus d'un jeune héros qui répondit résolument à ses parents consternés, qui l'entouraient anxieusement et le suppliaient de ne pas se rendre, ce soir-lù, à la caserne : « Dieu d'abord, la famille après. »

Malheureusement, convenons-en, on a rencontré, parmi les Romains, certain père au cœur faible, et, plus malheureusement encore, ce père jouit d'une opulente existence que lui procure la munificence pontificale; ce père donc avait des fils qui brûlaient du désir de remplir fidèlement les devoirs périlleux des soldats de la Croix, et il osa fermer avec violence la porte extérieure de sa maison, pour les empêcher de sortir. Mais, sauf cette regrettable et heureusement unique exception, les pères de famille romains formaient une admirable confédération : il s'est trouvé des pères ayant dans leurs veines du sang vraiment romain, lesquels, loin de barrer à leurs enfants le chemin de l'honneur, le leur indiquaient par l'exemple; et les mères et les sœurs de ces jeunes guerriers, malgré les palpitations pressées de leur cœur, apprêtaient, pour leurs fils et leurs frères, les baudriers et les écharpes aux couleurs du Pape, et y cousait un scapulaire bénit , ces nobles héroïnes disaient à leurs bien-aimés : « Va! tire sur les ennemis du Saint-Père; de notre côté, nous prierons instamment la Madone, pour qu'elle te protège. »

Une dame courageuse et de liaule naissance, dont le mari brûlait de prendre le fusil, mais hésitait de le faire, dans la crainte de causer à sa compagne de cruelles inquiétudes pour sa vie, nous disait qu'elle lui avait répondu : « Mais, cher ami, je t'aimerai dix fois plus pour le désir que tu exprimes. "

Les volontaires romains se chargèrent, par la suite, d'assister les blessés, dans les hôpitaux subsidiaires que le comité de secours avait fait ouvrir. Dès que le départ des bataillons pour Mentana fut connu à Rome, beaucoup de volontaires accoururent en toute hâte, et plusieurs d'entre eux arrivèrent assez tôt, pour s'y battre en même temps que la troupe, et donner leurs bons soins aux blessés et aux mourants, qu'ils recueillirent dans leurs propres voilures et dans celles de la noblesse romaine, sans faire aucune distinction entre les pontificaux et les garibaldiens ^ Le prince Don Pierre Aldobrandini et le marquis Don François Patrizi offrirent leurs hôtels; la charité publique et les bureaux de bienfaisance fournirent aussitôt leurs vastes demeures de tout ce qui pouvait être utile aux blessés, avec une munificence surabondante. Les prêtres les plus zélés y portèrent les secours spirituels, et les sœurs de Charité vinrent y prodiguer leurs soins tendres et délicats, secondant efficacement les illustres docteurs Gaétan Tanciani, Ludovic Lang, Phili[ipe Sirolli,

(1) La liste des associés assistants, volontuires romains et autres, porte environ 150 noms de patriciens, de docteurs, d'officiers publics et de personnes appartenant aux classes choisies de la socicté Ce comité de secours pouvait, à juste titre, se nommer un vrai coniitê

romain.

Joseph Laborde, qui revenaient auprès des blessés avec une assiduité infatigable, ne voulant (chose presque inutile à rapproter) recevoir, pour leur généreux concours, d'autre récompense que celle que Dieu voudrait accorder à leur zèle, et n'acceptant sur la terre que les remerciments, mênoe ceux des garibaldiens blessés, ('es derniers, confus et attendris des soins bienveillants qui leur étaient offerts par les volontaires romains, convertis en infirmiers, avaient peine à en croire leurs propres ^-eux ; et plusieurs de ces malheureux guérissaient simultanément les blessures du corps et celles de l'àme, en recevant, après une complète rétractation publique, les saints sacrements de l'Eglise. Un seul des seize pontificaux, et trois sur trente garibaldiens blessés, qui furent soignés dans le noble hôpital Aldobrandini, succombèrent à leurs blessures ; proportion inouïe, et qui, à elle seule, suffirait pour faire l'éloge des médecins et de leur cure^

Nous pourrions, sans nulle restriction, faire les mêmes éloges de l'hôpital établi au palais Patrizi, et d'un autre situé près de la maison des Frères de la Doctrine Chrétienne, à Saint-Barthélemi-de-l'IIe, tous deux entretenus par le zèle du comité français, représenté par M. Keller. La seule différence entre ces trois hôpitaux était dans les chirurgiens qui les desservaient , car MM. Angelini et Vincenti de Rome, Charles Ozanam, MM. Mahot et Desplats, français, et le docteur Lavion, do la Nouvelle-

(1) Rapport sur l'hôpital du bourg Sainte-Agathe, etc., p. 12, 27, travail fait de muia de maître.

Orléans, soignaient les blessés dans les deux derniers hôpitaux ^ Si, d'une part, la justice catholique avait été obligéo de sévir contre les ennemis de l'Eglise, de l'autre, la charité catholique les accueillait, les serrait dans ses bras, adoucissant leurs souffrances et leurs infortunes : la religion brillait d'une égale splendeur, sainte et belle, tant en frappant qu'en guérissant.

Pour l'honneur de Rome, le corps dos volontaires Romains (ou, comme ou l'appelle aujourd'hui, des volontaires pontificaux de la réserve) n'est nullement dissous. Lorsque les besoins de la guerre eurent cessé d'exister, le Saint-Père les accueillit en grand honneur, les comblant de louanges et de caresses paternelles. Il voulut voir briller sur leurs poitrines la médaille de Meniana, et il accorda, aux capitaines et à quelques autres officiers, de très-nobles ordres de chevalerie. Pie IX ordonna aussi que l'institution de ce corps se perpétuât, « se souvenant, avec bonheur, dit-il, des derniers services rendus dans Rome par les citoyens qui s'offrirent spontanément, en octobre 1867, pour la défense du Saint-Siège, et voulant aussi que toutes les fois que des cas semblables se présenteraient , ces mêmes généreux citoyens soient en état de rendre des services encore plus profitables-. » Le règlement qui leur fut doimé par le ministre des armes commentait par ces mots :

v L'élan avec lequel de nobles, d'illustres et de

(1) Voir les magnifiques relations du docteur Vincent Vincenti, dans un petit livre séparé; et celles du docteur Ozanam, dans lo Contemporain, de Paris, livraison de novembre 1S68.

(?) Ordre du ministre des armes, du 11 fovrier 1S69.

très-recommandables sujets pontificaux ont pris les armes, lorsque, dans l'automne de 1867, la capitale du monde catholique était menacée par des envahisseurs sacrilèges, fut bien cher au Souverain-Pontife, qui, dans la journée du 30 janvier, daigna ordonner qu'un bataillon fût formé de ces mêmes citoyens et de ceux qui voudraient suivre leur exemple Sujets volontaires, qui, acceptant spontanément la décision souveraine , se présentent promptement pour soutenir le Souverain-Pontife, catholiques qui, prenant les armes pour défendre l'Eglise, n'ont pas besoin de prêter serment pour remplir les devoirs que la défense du trône et de l'autel leur impose. Pour être admis dans ce corps, il suffit de leur protestation qu'ils rempliront en conscience ces devoirs, sans en omettre un seuU. »

Que cela suffise pour perpétuer le souvenir des nobles actions des volontaires romains.

A vrai dire, Rome entière ne contenait, en ces jours-là, que tout un peuple de volontaires, car la ville se réunissait, en esprit, aux combattants armés pour la cauae de la religion et pour celle du Vicaire de Jésus-Christ. Les autels étaient, pour ainsi dire, assiégés, et la prière en commun s'élevait au sein de toutes les familles, prière rappelée, (par suite d'une disposition prise par Son Eminence le Cardinal- Vicaire), par le son des cloches. Des patriciens des premières familles romaines, et de nobles hommes de toutes les nations, servaient, en qualité d'infirmiers, dans les hôpitaux, tant ordinaires qu'impro-

(1) Règlement du premier avril 18G9.

CROISÉS, ni. ti

visés, et le plus grand nombre d'entre eux étaient français ; tous étaient vaillamment secondés par un grand nombre de dames. On y voyait souvent le roi et la reine de Naples, ainsi que le comte de Caserte ; ils n'avaient pour suite que quelques sœurs de Charité, mais ils étaient l'objet d'une admiration universelle. Laissons les noms de tant de dames cliaritables, devenues les infirmières et les consolatrices des Croisés, et même des ennemis du Saint-Père, laissons-les inconnus, pour qu'ils soient inscrits par la main des anges dans le livre auguste de la céleste récompense ; mais l'exigence de l'histoire nous oblige pourtant à citer ici deux au moins de ces noms : ceux de Madame Catherine Stone Biddulph et de la comtesse de Limminghe, qui paraissaient avoir fixé leur demeure dans les hôpitaux, pour y remplir tou^ les devoirs des sœurs hospitalières.

Il faut avoir vu certains spectacles de charité chrétienne, pour s'en faire une juste idée : il est impossible de les retracer. Dans ces jours terribles, bon nombre de dames et de demoiselles d'outremonts s'étaient arrêtées à Rome, attirées par l'afi'ectueux désir d'assister aux dangers que pourraient courir leurs enfants ou leurs frères. Eh bien ! nous les avons vues, dès la première heure de la journée, au milieu du mouvement des troupes, s'arrêter près des casernes, et y attendre avec anxiété l'instant où elles pourraient apercevoir les objets de leur tendresse, ne fût-ce que pour leur dire un mot, un adieu à la volée, et surtout pour s'assurer de leurs yeux qu'aucun mal ne leur était arrivé, dans les rondes et les patrouilles de la nuit. Quelquefois, ne les trou-

vanl pas dans les quariiei's où elles les avaient vus la veille (ils en changeaient continuelieineni), elles couraient à leur recherche dans les parties de la ville les plus écartées, les plus disparates, et, ne retrouvant pas leurs traces, elles se résignaient, mettant leur espoir en Dieu et les recommandant à la Reine des cieux et à saint Pierre. Leurs lèvres ne proferaient aucune plainte et leur cœur n'éprouvait aucune amertume, car elles avaient offert ces êtres chéris d. la sainte Eglise.

Non, jamais Rome ne fut plus belle, jamais elle ne fut la lice de vertus religieuses plus éclatantes, vertus militaires, vertus civiles; jamais la Ville sainte ne fut un plus digne séjour pour le Vicaire de Jésus-Christ et ne mérita si bien d'être la reine du monde catholique. Rome semblait apprécier justement la sublimité de ses divines destinées. Pie IX, quoique abreuvé par le calice damertume oifert à ses lèvres par quelques enfants obstinés, en contemplant ses défenseurs fournis par Rome et par le monde entier, souriait avec une inelïable douceur, en se voyant l'objet des sentiments les plus afïec- ^ lueux, les plus sincères du christianisme universel ; il en rendait grâces au Seigneur, d'où part et où retourne l'amour de la papauté. Du haut de son rojal séjour, il regardait souvent le tombeau de saint Pierre ; souvent aussi il contemplait son peuple tourmenté, mais confiant, et il voyait les champioas de la foi, campés jusque dans l'enceinte de sa demeure, et sous le péristyle de la basilique vaticane ; en face de lui, il portait ses regards vers les sommets des monts, et il savait que ces sommets étaient coti-

verts d'assaillants sacrilèges, désireux d'accomplir dans Rome ce que les Musulmans avaient désiré y faire; alors, pénétré de sa grande mission, Pie IX levait les mains vers le ciel, et, par des larmes et des soupirs, il plaidait la cause du peuple chrétien, répétant la prière de David pour le peuple élu, prière qu'il recommandait à d'autres personnes do réciter :

« Dieu, qui pourra vous ressembler? Ne vous taisez pas, ne vous cachez pas, Seigneur !

" Voilà que vos ennemis murmurent, et ceux qui vous haïssent lèvent la tête.

» Ils ont formé de méchants desseins contre votro peuple, et ourdi un complot contre vos serviteurs.

» Ils ont dit : venez, dispersons-les, pour qu'ils ne soient plus un peuple et que le nom d'Israël n» soit plus jamais prononcé.

« Ils ont tous formé le même projet : les Iduméens et les Ismaélites s'unissent pour travailler de concert à votre complète destruction.

» JMoab et les Agariens, Gébal, Ammon et Amalec, les étrangers et les habitants de Tjr, conjointement avec les Assyriens, ont embrassé le parti hostile des fils de Lolh.

» Faites-leur ce que vous avez fait aux Madianites, à Sizara et à Jabin, près du torrent de Cisson.

.. Ils ont péri à Endor, et furent assimilés à la fange de la terre.

n Traitez leurs princes comme vous avez traité Oreb, Zcb, Zébée et Salman.

« Tous leurs princes avaient dit : Rendons-nous maîtres du sanctuaire de Dieu; c'est notre héritage.

LA MAISON AIANI. 57

f Mon Seigneur et mon Dieu,reiouraez-les comme une roue, dispersez-les comme la paille au vent !

" Comme le feu qui consume la forêt et comuie la flamme qui brûle les montagnes;

" Ainsi vous les poursuivrez, dans votre redoutable courroux et, dans votre colère, vous les confondrez.

« Couvrez leurs visages d'infamie; et ils invoqueront votre Nom, ô Seigneur!

" Qu'ils rougissent de honte et qu'ils soient troublés dans les siècles des siècles; qu'ils soient confondus et qu'ils périssent.

» Qu'ils reconnaissent que vous seul pouvez êiro appelé Seigneur : vous êtes le Très-Haut dominant l'univers M •»

La fervente prière du Vicaire de Jésus-Christ pénétrait dans les cieux, et y était favorablement accueillie.

LXXVT. — LA MAISON AIANT. PRÉPARATIFS d'uNE DERNIÈRE TENTATIVE GARIBALDIENNE.

Parmi les réduits cachés que les insurgés tenaient, (lisaient-ils, à la disposition de la secte, après les défaites du 22 et du 23, le plus important et le plus sûr était celui qui obtint par la suite une grande renommée ; il se trouvait dans la maison Aiani, et cette célébrité lui vint du combat soutenu dans ses

(1) Psaume Lxxxii.

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murs, le 25 octobre. Cette demeure se compose d'un groupe d'édifices, qui appartiennent à MM. Tavani, et qui ont été loués par eux à Jules Aiani, ancien sectaire avoué, pour y établir une fabrique de lainages. L'habitai ion dont nous parlons s'élève dans le quartier du Transtevère, à peu de distance de la basilicjue de Saint-Chrj'sogone ; sa façade et sa principale porte d'entrée sont sur la voie Lungaretta.

On introduisit furtivement dans cette maison un considérable approvisionnement d'armes. Les ouvriers de la fabrique affirment qu'une grande quantité de fusils en bon état j arrivèrent des Etats Napolitains, cachés dans des ballots de marchandise, que les fabricants de lainages appellent laine artificielle, et qui n'est autre chose qu'un tissu refait de vieux drap. L'arsenal de ce repaire garibaldien contenait, en outre, bon nombre de fusils du système Lefaucheux, de pistolets, de revolvers, de doublettes anglaises, de poignards, de hallebardes, de pics, de pioches, de pieux en fer et de machines incendiaires d'une forme cylindrique nouvelle, et l'on y avait amassé une véritable montagne de bombes orsiniennes. Tout le monde sait que ces bombes se composent de deux calottes métalliques, solidement soudées l'une à l'autre ; l'intérieur de ces projectiles est rempli de poudre explosible et on y communique l'étincelle par plusieurs cheminées que surmontent des capsules fulminantes dont toute la surface extérieure est hérissée. Des nombreuses inventions meurtrières dont la science funeste de la destruction peut se vanter, les bombes orsiniennes sont assurément les plus faciles ùi manier, un enfant même

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pcnt les faire agir, et elles sont formidables dans la défense des postes murés, car, partout où elles frappent, elles éclatent au milieu des assaillants et vomissent une énorme quantité de mitraille. Les révolutionnaires avaient amassé dans le réduit d'Aiani une telle multitude de ces aimables engins de destruction, que, quatre heures après la résistance que les garibaldiens avaient opposée aux pontificaux, on en trouva encore cinquante dans cette forge infernale, ainsi que la nommait un noble officier zouave, qui l'avait prise d'assaut au péril de sa vie*. Dans la nuit qui précéda l'engagement, cette fourniture diabolique s'augmenta. Un citoyen digne de foi nous a dit que, se trouvant à une heure fort avancée de la nuit à sa fenêtre, dans l'attente de ce qui pourrait arriver dans ce quartier, qui lui était désormais devenu très-suspect, il vit sur la place Romana un grand rassemblement d'une centaine d'hommes se former tout à coup, dont une partie s'était postée aux embouch-ures, et une autre escortait une charrette roulant à si petit bruit qu'il pensa tout d'abord qu'on transportait un mort. Peu de temps après, il distingua clairement des faisceaux d'armes placés sur la voiture qu'il vit s'acheminer vers la maison Aiani. C'étaient là, sans doute, les armes qu'Aiani déclara avoir reçues des chefs de la secte ; mais, dans ses aveux, il n'osa ou ne voulut point en révéler les détails^.

(1) Procès AwHJ, pages 13, 14, 83, 122, 167, etc. Divers rapports, dans les doc. man. des arch., 25 et 30 octobre; rapport général de M Kanzler, page 42; relations spéciales de témoins oculaires.

(2) Relation déjà citée; Procès Aiani, pages 33 et 34.

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On fabriquait dans cette maison toutes sortes de munitions, et on y trouvait des appareils à cet usage ; le maître du logis s'est glorifié d'avoir inventé un moule à balles qui lui fournissait mille projectiles parjour^. La fabrication était, nuit et jour, si active que les voisins, entendant le bruit qu'elle produisait, en conçurent de graves soupçons, et firent des observations et des plaintes à Aiani , qui chercha des excuses dans nous ne savons quelle commande pressée de lainages, qui l'obligeait à accélérer outremesure le mouvement des machines. Mais il ne pouvait justifier si facilement le va-et-vient vraiment extraordinaire de gens étrangers à l'établissement, qui, tant à pied qu'en voiture, en assiégeaient continuellement la porte.

« On eût dit une ruche d'abeilles au printemps, » ainsi s'exprimait un spectateur ; la cloche de la fabrique était fréquemment mise en branle et on demandait chaque fois de l'intérieur : « Qui est là? » Tout aussitôt la personne qui se présentait répondait par le mot d'ordre du jour, et était introduite. Enfin, on plaça aux portes des sentinelles armées, qui ne laissaient sortir qui que ce fût sans la permission du maître, que nous appellerons le chef d'escadron , puisqu'il s'est lui-même donné ce titre, dans le cours de son procès devant les tribunaux. Plusieurs de ces drôles se plaignirent amèrement d'avoir été attirés là-dedans par artifice, et d'y avoir été retenus par violence. Une brigade de renfort y avait été introduite la veille, après s'être préalablement réunie dans un

(1) Procès Aiani, pages 14 et -17.

Î.A MAISON AIANI. OJ

estaminet du voisinage'. D'autres groupes de conjurés, bandits pour la plupart et étrangers, rôdaient dans les alentours ; ces bandes se tenaient prêtes à partir, pour aider à la défense de la redoute, dans le cas où elle serait inopinément attaquée 2. Pour que rien ne manquât aux commodités des révoltés, on avait établi pour eux un service d'omnibus de la place Colonna à la fameuse auberge romaine au fond du Transtevère. Nous connaissons l'individu qui, ayant mis la tête à la portière du véhicule, après s'êire dressé sur le marche-pied, y aperçut de telles figures de galériens, qu'il n'eut pas le courage d'aller s'asseoir parmi eux. Aiani comptait sur cinq cents hommes, y compris ces renforts et d'autres encore, et il espérait même en avoir mille sous peu de jours^. Avec de telles forces et une si grande quantité d'armes, Aiani pensait pouvoir tenir tête très-longtemps aux troupes du Saint-Père, dans le cas d'un conflit; il le croyait d'autant plus, qu'à son avis, les commandants pontificaux ne se seraient décidés qu'en cas d'urgence à faire jouer l'artillerie au centre des habitations ; et quand même ils l'eussent voulu, Aiani comptait bien savoir encore frapper à coup sûr et sans danger aucun, les artilleurs aussitôt qu'ils tenteraient d'introduire les affûts des canons dans le labyrinthe de ruelles de ce quartier. Nous avouerons que la confiance d'Aiani et de Cucchi, son général en chef, ne nous semble pas trop téméraire ; leur

(1) Procès Aiani, pages 24, 29, 32, 83, 84, 123, 107.

(2) Ibid. page 42.

(3) Ibid. pages 28, 42, 46; relations spéciales déjà citées.

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plan stratégique était de réunir au plus tôt les combattants et de mettre la dernière main aux travaux de défense. Le château, {c'est ainsi qu'Aiani désignait sa propre maison sur la carte militaire qui y fut trouvée), étant vaste et isolé de toute autre demeure par des rues, des ruelles et par la place Romana, pourvu dans l'intérieur de quartiers se communiquant entre eux, et alternés avec des arriére-cours et des bangards, et au-dessus des unes et des autres par terrasses et des galeries , contenant huit ou dix sorties connues ou secrètes, ce soi-disant château se prétait admirablement à l'attaque, à la défense et à la retraite, de sorte qu'il semblait avoir été bâti tout exprès pour servir de forteresse à des insurgés.

De plus, cette prétendue forteresse ne devait pas se défendre toute seule, mais être appuyée par dco œuvres avancées, c'est-à-dire, par le secours des maisons voisines, dans lesquelles seraient établies et easernées de nombreuses bandes que Cucehi devait y amener du district Monti. Les chefs du parti avaient choisi les postes avec un bon discernement de l'art de la guerre, pour parvenir à battre les carrefours, et ils avaient désigné les points qu'on devait barricader pour intercepter les communications ^ ; si la troupe parvenait à surmonter tous ces obsiacles, il restait aux insurgés la terrible défense des grenades fulminantes qui, tombant des fenêtres, comme d'autant de meurtrières, sur l'espace vacant au pied des murailles, auraient, en un instant, fait un massacre épouvantable et balayé les nombreux assaillants. Tel

(1) Procès Aiani, page 45.

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