‹ Les croisés de Saint PierreChapitre 9 sur 32 · LXXXV. BERNARD DE QUATREBARBES · texte numérisé non relu

LXXXV. BERNARD DE QUATREBARBES

Bernard de Quatrebarbes a brillé comme une étoile de première grandeur, à l'horizon, si riche pourtant, de la croisade. « Nos jeunes héros, a dit un grand évoque, illustre écrivain français ; nos jeunes héros passent avant les anciens croisés et avant tous les ordres de la chevalerie chrétienne : la cause pour laquelle ils combattent est la plus noble des causes, et le désir de vaincre est bien plus vif parce que cette cause est la plus grande; aussi, le soin de se rendre dignes d'elle, par la pureté de la vie, est bien plus général parmi eux. J'ose affirmer que l'expédition catholique du mois d'octobre 1807 paraîtra, dans les annales, comme la plus pure, la plus illustre des guerres saintes ; elle sera aussi la plus féconde : dans les victoires de cette campagne, il y a des triomphes de toute nature, auxquels le temps donnera un éclat de plus en plus considérable, et de plusieurs de ces triomphes, nous avons déjà la preuve évidente. Voilà comment le Soigneur conduit son Eglise, au milieu des dangers, vers le port du salut. Honneur à ceux qui sont l'instrument de la main divine^ ! »

Le jeune lieutenant, tombé à Monie-Rotondo, est l'un de ces héros, qui, comme Dufournel, de Quélen, Bernardini, Guillemin, Collingridge, Wats-Russel,

(1) Lettre de Mgr Pie, évéque dé Poitiers, au comte de Quatreharbes, à la date du 10 novembre 1867.

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d'Alcaniara et tant d'autres ont donné à l'Eglise gloire et sûreté, et qui ont laissé derrière eux un triste et en même temps harmonieux concert de. pleurs et de louanges, concert que les hommes les plus fameux de ce monde espèrent en vain entendre résonner autour de leur tombe. « Sa mort, écrit l'un de ses frères d'armes, le comte de Falaiseau, fut douce et sereine comme sa vie. Il vit cette mort s'approcher; et il ne la craignit pas.... Je n'ai jamais rencontré dans quelqu'autre personne, une plus complète réunion de toutes les qualités aimables et attrayantes que chez Quatrebarbes. >•

Le major Castella écrivait, au chevet du lit d'agonie de Bernard : « Je voudrais que ma plume pût rendre visible à tous les yeux l'immensité de la douleur que mon cœur éprouve, et, en même temps, toute l'admiration que ce jeune héros m'inspire. Bernard de Quatrebarbes est monté au ciel pour y trouver place près de ses illustres ancêtres, qui moururent, comme lui, en défendant l'Eglise. Dieu a voulu accorder à votre Maison, les grandeurs passagères de ce monde; quant au monde éternel, quelle a dû être la joie des siens, en accueillant l'âme glorieuse du défenseur de Monte-Rotondo ! »

Un officier, qui avait été son compagnon d'armes dans celte dernière affaire, étant de retour de sa captivité de Varignano, courut à la chambre de Quatrebarbes, et, voyant l'extrême danger qui menaçait sa vie, se prit à le contempler, observant le plus grand silence, puis il lui demanda la permission de l'embrasser ; sans rien ajouter, cet officier se retira, le visage inondé de larmes. La reine de Naples

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émue, et ne pouvant retenir ses pleurs, se tenait debout au chevet du mourant, car Marie-Sophie avait une connaissance bien expérimentée de toutes les plus nobles qualités de la chevalerie chrétienne; son rojal époux, également debout à l'autre côté du lit, disait au père du blessé : « Que votre fils est noble et grand ! »

Ces mêmes paroles étaient adressées au comte de Quatrebarbes, dans une lettre du comte de Chambord, dans laquelle ce prince admirait la " courte, mais bien belle carrière de Bernard, couronnée par une fin merveilleuse et digne d'envie. -

Le colonel Blumensthil annonçait cette fin au père de Quatrebarbes; cet ofiîcier supérieur, qui avait été son commandant, écrivait ceci : « J'ai un saint

patron de plus au ciel C'était un esprit élevé et

un cœur plein d'énergie, le vrai type de l'officier pontifical! Il avait la bravoure, disait le colonel de Charette, la bravoure la plus froide, la plus belle, la plus digne que j'aie jamais connue! »

Immédiatement après la chute de Monte-Rotondo, le général Kanzler écrivait : « Il s'est conduit eu brave.... Les ennemis doivent attribuer leurs plus grandes pertes à sa vaillance, à son sang-froid ; malheureusement, depuis cette glorieuse défaite, nous n'avons plus de nouvelles de Bernard. »

Un peu plus tard, le général écrivait : « Il est morT comme il avait vécu : je ne saurais faire un éloge meilleur de cet admirable jeune homme. Ses camarades et moi, qui l'aimions et l'estimions tant et avec de si justes molifj!, nous sommes inconsolables de sa perte. >»

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