‹ Les croyances populairesChapitre 32 sur 35 · LE SEXE ET L'AMOUR CHEZ LES OMBRES · texte numérisé non relu

LE SEXE ET L'AMOUR CHEZ LES OMBRES

Puisque l'amour fait le charme de la vie présente, on ne veut pas s'en passer outre-tombe. — En maints pays, la veuve était immolée afin que l'époux ne s'ennuyât pas sans elle. — Le Quichua était enterré avec une idole de l'autre sexe. Mariages posthumes chez les Ingushis du Caucase. — Les dieux bien posés sont mariés, mais les célibataires sont fréquents dans la démonaille. — Les paradis sensuels. — Amours et amourettes des dieux. Anubis et Paulinia. Saint-Sébastien et Sainte-Catherine. — Les dérèglements des démons et démones. Les Ghilomanes. Les Ma-Laïs. M™^ Thompson. — Suivant la Genèse, les fils des dieux épousèrent les filles des hommes. — Les déesses sont astreintes à plus de retenue que leurs époux. Cependant, la fable grecque raconte quelques-unes de leurs galantes aventures. Les Wilis, les Roussalkas, les Filles-Cygnes. — Recensement des familles divines dans l'Inde. Les Fauggen, les Hadettes. Le démon de Témeffe. Les Nixes de Luther, les Duses de 1 archevêque Hincmar. — Tous démons sont suspects de viols et d'adultères, pour lesquels perpétrer il leur faut entrer en des corps vivants. Les possédés de Gergésa. — Salomon vit la forme réelle des djinns, indice d'accouplements monstrueux. — La furie de Jeypour. Cause des épilepsies. Les Trudes ou cauchemars. Toutes les Trudes ne sont pas effrayantes. — Exemples pris dans X Evangile de l'Enfance, dans V Histoire de Tobie. — L'étonnante conformité des doctrines relatives au sexe des Esprits, fait supposer qu'elles ont été puisées à une source commune. — En définitive, l'homme trouve commode de rejeter sur les démons la responsabilité de ses péchés et dérèglements.

Puisque l'amour fait le charme de la vie présente, on ne saurait s'en passer outre-tombe.

Pour continuer au défunt les douceurs et agréments de la vie conjugale, mainte épouse dut suivre son époux dans l'autre monde, de suite et sans attendre la mort naturelle qui, tôt ou tard, n'aurait pas manqué de réunir les anciens conjoints. On s'attendait à ce que la vertueuse veuve s ôtât la vie sur la tombe de son maître et seigneur, auquel nous ne voyons pas que jamais la môme obligation ait été faite. Mais quoi? Là-bas serait le pays de la justice et de la liberté. Pourquoi donc, dans les choses de l'amour, la loi est-elle faite autre pour l'époux, autre pour l'épouse? — Mais ne nous appesantissons pas sur ce pénible sujet ; il nous répugnerait d'insister sur le spectacle de malheureuses égorgées, assommées, brûlées, ou mourant de faim sur le cadavre du mari. Au moins, les nègres du Kakongo n'immolaient plus les inforlunécs.

Le cabocère trépassé, faisant preuve de mansuétude et d'une rare bonhomie, condescendait à ce que ses femmes ne vinssent le rejoindre que l'une après l'autre, à la commodité de chacune; il n'exigeait point qu'à son départ leur troupe lui fit cortège en grande cérémonie ; il poussait la complaisance jusqu'à venir vers elles. De temps à autre, il visitaitson harem peuplé de trois cents épouses, dont cinquante, chaque nuit, faisaient la garde près du cercueil, et chaque jour, lui faisaient offrandes de nourriture et libations d'eau-devie.

Parmi les Ingushis du Caucase, le père qui avait perdu un garçon, recevait lot ou tard la visite d'un compère en deuil de sa fille, lequel lui tenait ce langage :

— Ton fils voudra se marier en l'autre monde, n'est-ce pas ? Volontiers je le prendrai pour gendre ; mais d'abord il te convient payer le douaire de ma fille. —

Pareille offre ne serait refusée qu'au prix d'une terrible inimitié entre les deux familles ; les deux pères se mettent

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donc en devoir de discuter la dot, laquelle pourra s'élever jusqu'à trente vaches.

Ainsi les morts trouvent à se marier presque avec la même (acilité que les vivants. Toutefois, les vieux garçons et les vieilles filles abondent en la démonaille. Là-bas comme ici, c'est parmi les célibataires que se recrute la population criminelle et délinquante : insensés, détraqués, mélancoliques, furieux, rageurs, mal équilibrés de toute espèce. Mais dans la société spirite qui se respecte, parmi les génies justement considérés, aucun dieu ne se présente sans être accompagné de sa déesse. Dans les huancos péruviens, on trouve généralement avec chaque momie une idole de sexe diflérent ; car, dit Wiener, l'Indien a compris que l'individu social n'est complet que par l'union des deux sexes.

On pourrait deviser, heure après heure, des paradis sensuels, dont racontent les diverses légendes. Au plus modeste, au moins prétentieux de tous, préside le bon dieu des Roucouyennes, lequel a réussi à trouver de nombreuses femmes pour lui et les bons compagnons qui entreront en son carbet, mais il laissera les mauvais gars à la porte. Le Paradis de Mahomet, le plus célèbre, est suffisamment connu. Il y aurait à se familiariser avec les houris, les Apsaras, les Péris et les Walkyries, avec les sirènes, nymphes, naïades et autres divinités, qui, si nous en croyons les vases grecs, dansent sur la pelouse aux asphodèles, rient, chantent, courent, se baignent aux frais ruisseaux dans les bosquets de l'Elysée, se balancent aux escarpolettes. Mais dans un sujet aussi vaste que le développement des mythes et des religions, le temps nous est avarioieusement mesuré.

Bientôt, nous devrons nous occuper des théogamies ou mariages divins, fêtes de la Nature, fêtes aussi de l'agriculture : telles les théogamies de la Grande Déesse en Carie, celles de Zeus et d'Héré, celle de Hadès et de Perséphoné. Reclus la

Pour le moment, ils nous suffira de rappeler en passant les festins et lectisternies, auxquels les Romains convoquaient les dieux par couples, dieu avec déesse.

Quant aux amours et amourettes des personnages divins avec les mortelles, nous nous tenons pour suffisamment renseignés par les leçons qu'on nous faisait aux écoles, lycées et collèges. Il appartenait à la majesté d'un grand monarque, tel que Salomon ou le Roi de Perse, d'avoir un harem nombreux ; donc les cultes opulents pourvoyaient d'office aux fantaisies passagères du Dieu souverain., lui recrutaient une troupe de favorites. Ainsi les bayadères qui, par leurs chants et leurs danses, devaient égayer Vichnou. Voici les pallacides — ce titre dont se paraient les plus grandes princesses de TEgypte, nos théologiens et professeurs l'emploient aujourd'hui pour ne pas prononcer les mots de maîtresse et de concubine — ; il y avait à Memphis celles d'Ammon-Ra, à Babylone celles de Belus, à Quito celles de Pacha Camac. Ainsi le Grand Cabocère du Loango présentait au Grand Fétiche une pallaque ou pallacide qu'il avait choisie en son propre harem : nourrice en titre du poupon grotesque, elle veillait à sa nourriture et à sa boisson, le brandissait devant les guerriers, pour leur promettre victoire et pillage.

L'historien Josèphe raconte comment Paulinia, dame fort considérée en l'aristocratie romaine, accepta volontiers d'être l'épouse momentanée du dieu Anubis, dans le temple duquel la conduisit un soi-disant prêtre d'Isis, don l'empereur Tibère récompensa mal l'obligeance : il le fit crucifier.

Le christianisme, lui aussi, nous montre de naïves lectisternies dans le nouveau monde. En telle province du Guatemala, les habitants du village de Saint-Sébastien, — le plus beau saint catholique, comme en peuvent témoigner nos

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dévotes — , font un banquet le jour de sa fête, l'emmènent en joyeuse procession, le conduisent au bourg voisin, dans une chapelle de Sainte-Catherine, notre plus jolie martyre. La porte du sanctuaire se ferme sur le couple charmant, et le lendemain, on viendra chercher le héros avec les jubilantes bambochades d'un retour de noces.

Passons aux démons proprements dits.

Au dire des Siamois, les Ghilomanes sont des esprits qui se plaisent à prendre forme humaine, tantôt celle d'une fille, tantôt celle d'un garçon. Ainsi déguisés, ils contractent mariage, sans que personne se doute de leur personnalité véritable : ils se montreront époux attentionnés, procréeront des enfants, les élèveront tendrement, se conduiront d'une façon exemplaire. Par malheur, ces âmes quittent leur corps de temps à autre, afin d'aller à la chasse et de manger certaines viandes, auxquelles elles ont pris goût. Ainsi tel mandarin tonkinois avait épousé une fille aussi jolie qu'intelligente, toujours aux petits soins pour lui, et qui lui faisait vie douce et agréable. D'ordinaire, il dormait tout d'une traite ; mais une nuit qu'il se réveilla brusque ment, il trouva une femme sans tête étendue à ses côtés. Grand émoi, émoi plus grand encore, quand à l'aube il vit la tête, suivie de tout l'appareil digestif, rentrer par la fenêtre et se recoller vivement au tronc. Et le mandarin comprit l'affreuse vérité: son épouse était une Ma Laï ; de temps à autre elle s'esquivait, pour viander aux charognes et excréments.

Dans cet ordre d'idées appartient l'anecdote d'une Européenne naufragée, M™« Thompson, qui fut jetée par la tempête sur un écueil de l'île Prince de Galles. De naïfs Australiens supposèrentqu'elle était une de leurs aïeules ressuscitées, et qu'elle venait, faveur insigne, visiter les bons nègres de sa descendance. — La fête qu'on lui fit ! On se la disputait ;

elle allait de banquet en banquet ; les tribus rivalisaient à qui lui donnerait le plus magnifique corrobori ; à ses genoux soupiraient les plus vaillants guerriers, les plus adroits chasseurs.

Donc les morts, surtout quand ils sont devenus dieux ou démons, ne se refusent pas au plaisant déduit, volontiers courent le guilledou, flirtent de-ci, flirtent de-là. Mais leurs compagnes tiennent-elles conduite aussi légère ?

Certes, elles sont astreintes à plus de décence. Toutefois, rappelons-nous les déesses, qui du haut de leur observatoire céleste, regardaient avec complaisance les pasteurs de l'Ida, de Cyllcné, ou du Cilhéron, s'exerçant à la lutte ou à la course, chantant et dansant avec les pastourelles. Lumineuses et souriantes, parfois descendaient-elles de leur nuage, venaient visiter les bergers de l'Arcadie. La fable grecque conte les galantes aventuresde Diane avec Endymion, d'Aphrodite avec Anchise, de Déméter avec lasion. Ulysse ne futil pas aimé par Circé et par Galypso ? Aurore, l'inconstante épouse d'Astrée, s'octroya le chasseur Orion, puis Clytos, puis Géphale. puis Tithon — encore ne se vantait-elle pas de tous 1 Quant à ïéthis, ce fut en noces légitimes qu'elle s'unit à Pelée. Suivant de si nobles exemples, combien de nymphes et naïades, combien de nos fades, fadettes et blanquettes, combien de Péris, deWilis et de Roussalkas se donnèrent-elles à de beaux jeunes gens, à l'ombre d'un saule, au bord d'un ruisseau gazouillant ! Combien de Filles-Cygnes se baignant dans les eaux d'un lac limpide furent surprises par de hardis compagnons, lesquels leur dérobèrent le blanc manteau de plumes qu'elles avaient déposé sur le rivage !

Les Béarnais de France vous expliquent tranquillement q;i3 leurs « hadettes » sont les épouses des dieux : « las hciKios dous dions ». Et les bûcherons de la Forêt-Noire

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