OU IL SERA BEAUCOUP PARLÉ DE TIMIDITÉ
près quelques entrevues au cercle, M. Glumeau ne tarda pas à apprendre que M. Giraud était célibataire et qu'il habitait avec sa sœur, la belle Clarisse- Son cœur de vieux garçon bondit d'aise à cette heureuse nouvelle, et il résolut de faire une cour assidue à l'objet de ses prédilections, de briser toutes
les résistances s'il s'en présentait, en un mot d'user de tous
ses avantages physiques et intellectuels pour emporter la
place d'assaut.
Du projet à l'exécution il y a un grand pas. M. Glumeau
n'osait pas le franchir hardiment ; il craignait de prendre
son élan. Que dirait-il lorsqu'il serait en présence de cette femme majestueuse? Rien que cette pensée lui donnait la chair de poule. D'un autre côté la passion l'incitait à agir. Incitabat amor, pudor retinebat. Pardon pour cette citation latine; elle exprime exactement l'état de son âme, le combat journalier qui s'y livrait. Enfin, après plusieurs jours de luttes intimes, l'amour fut victorieux; M. Glumeau prit son courage à deux mains et se disposa à rendre visite aux Giraud.
Mme Mouson qui suivait de l'œil toutes les démarches de son maître, ne s'attendait pas à un résultat si prompt, si immédiat. Quel ne fut pas son étonnement lorsqu'un matin, à six heures, M. Glumeau la sonna pour lui demander de l'eau chaude.
— Vous vous trompez, monsieur; il n'est que six heures.
— Je le sais, Charlotte ; mais je veux faire ma barbe.
— Monsieur a bien le temps.
— Non, Charlotte; apportez-moi ce que je vous ai dit.
Trois heures après, la toilette de M. Glumeau était achevée ; son toupet, lustré et peigné, ressemblait à s'y méprendre à une chevelure naturelle ; ses joues , soigneusement savonnées et frictionnées , luisaient ainsi que des pommes d'api. Parlerons-nous du col d'albâtre qui encadrait cette brillante carnation, de la chemise brodée, du gilet ouvert et pincé à la taille, de l'habit à queue de morue, du parfum qu'exhalait tout son individu, etc., etc.
Lorsqu'il sortit frais et pomponné de sa chambre à coucher, Mme Mouson poussa un cri d'admiration, d'autres disent un cri d'effroi :
— Eh mon Dieu ! que va faire monsieur?
— Je sors, Charlotte, je sors.
— Monsieur Glumeau, que vous êtes donc beau aujourd'hui ! on vous prendrait pour un nouveau marié.
— Peuh ! on pourrait deviner plus mal.
— Allons donc, ce n'est pas possible. Monsieur m'en aurait parlé.
M. Glumeau ne répondit que par un sourire de satisfaction.
— Charlotte, il n'y a rien de sérieux encore ; plus tard, je ne dis pas.
— Monsieur voulait plaisanter ; il y a longtemps que je sais que monsieur a beaucoup d'esprit. Monsieur ne prendra rien ?
— Pas la plus petite chose.
Les paroles de la gouvernante avaient ranimé le courage de M. Glumeau ; dès qu'il eut dépassé le seuil de sa demeure et qu'il fut seul, toutes ses hésitations lui revinrent.
L'heure étant trop matinale pour une visite, M. Glumeau sortit de la ville et se promena longtemps dans la campagne. La journée était superbe ; un soleil brillant resplendissait sur le tapis de neige qui couvrait la terre et le faisait chatoyer comme une parure de diamants. Quelques volées de corbeaux et de pies, poussées par la faim, venaient s'abattre près des fermes, avec l'espérance d'y trouver leur subsistance, et poussaient des cris discordants. Le hardi moineau se jetait, malgré sa petite taille, au milieu de ces groupes avides auxquels il ravissait une miette, et, tout fier de son larcin, s'éloignait d'une aile rapide.
Ce spectacle enleva pour un moment notre célibataire aux doutes et aux inquiétudes qui l'assaillaient. Peu admirateur de la belle nature, il subit pourtant son influence ; le soleil d'hiver communiqua au cœur du vieux garçon
quelques étincelles de sa chaleur, si bien qu'il en vint à se figurer qu'il avait vingt ans, et à retrouver, en partie du moins, les sentiments de cet heureux âge.
Mais, à mesure qu'il se rapprochait de la maison Giraud, en traversant les rues étroites, il perdait de sa confiance juvénile, et sa main tremblait quand il agita la sonnette à la porte de cette habitation redoutable. Ce fut bien pis encore lorsqu'on l'introduisit dans un salon élégant. L'arrivée de M. Giraud ne mit pas un terme à ce malaise.
— Bonjour, monsieur Glumeau, qu'y a-t-il pour votre service ?
— M. Giraud, je n'ai pas voulu tarder plus longtemps à me présenter chez vous.
— Vous êtes bien aimable.
— A la rigueur, j'aurais pu laisser ma carte de visite.
— Vous badinez : une carte de visite lorsque nous sommes de vieilles connaissances?
— Monsieur Giraud, votre politesse me ravit ; comptez que j'userai largement de la permission que vous m'accordez.
— Vous ferez bien. A propos, monsieur Glumeau, vous ne connaissez pas ma sœur?
— Non, monsieur, pas encore.
— Je vais vous présenter à elle.
M. Giraud alla prévenir la belle Clarisse qui, pleine de grâce et de majesté, entra bientôt, appuyée sur le bras de son frère.
— Ma chère, je te présente M. Glumeau, un savant que j'ai rencontré au cercle. M. Glumeau, ma sœur Clarisse.
— Monsieur, dit la belle Clarisse, je suis enchantée de faire votre connaissance.
— L'enchantement est réciproque de ma part, balbutia M. Glumeau.
— Vous avez voyagé, monsieur Glumeau?
— Ou, ou, i, c'est-à-dire, non, à part deux séjours que j'ai faits aux bains.
— Vous n'étiez cependant pas malade?
— Pardon , mademoiselle , un rhumatisme à la cuisse droite.
— C'est qu'on va souvent aux bains sans être malade,
pour voir le grand monde et passer agréablement l'été. Baden-Baden, par exemple.
— Ce n'est pas là que je suis allé.
— Cependant les eaux de Baden sont souveraines pour les rhumatismes. Te souvient-il, Sébastien, comme Baden- Baden était animé en 1864, lorsque nous nous y trouvions...
— Oui, a\*ec la princesse Cazarinoff.
— Et ce bal, où la comtesse Thusnelda de Bogenstein lit tant de conquêtes ?
— Tu diras ce que tu voudras ; tu ne m'ôteras pas de l'esprit qu'elle avait un caprice pour le duc de Bio-Grande, à preuve que, durant ce bal, elle lui donna trois fois son éventail à tenir. C'est le duc lui-même qui me l'a raconté.
— Mon Dieu, Sébastien, prétends-tu mieux connaître que moi la comtesse Thusnelda, moi qui vivais dans son intimité? Je me rappelle qu'elle me dit en rentrant à l'hôtel : Que les hommes sont bêtes, ma pauvre Clarisse, qu'ils sont bêtes ! Non, la comtesse Thusnelda n'avait pas de cœur ; je ne suis pas même bien sûre qu'elle ait jamais aimé son mari
— Parbleu, ce n'est pas étonnant ; tu n'as jamais vu, Clarisse, le feu comte de Bogenstein, n'est-ce pas?
— J'aurais pu le rencontrer
— Alors tu saurais qu'il a bien fait de laisser Thusnelda veuve et de partir au plus vite. Un vieillard de soixantequatre ans, tout perclus de rhumatismes ! C'était un mariage de convenance. Mais depuis, la comtesse s'est dédommagée
— Monsieur Glumeau, je vous demande pardon ; lorsqu'une fois mon frère a logé une idée dans sa tête, il n'y
a pas moyen de l'en faire démordre. Il veut absolument que la comtesse Thusnelda ait été une femme légère
— Légère, non, galante, oui. Voyons, monsieur Glumcau, est-il concevable qu'une veuve de vingt ans, débarrassée d'un mari vieux et dégoûtant, n'ait pas eu la fanlaisie de tâter du véritable amour?...
— Il est vrai, dit M. Glumeau...
— La comtesse Thusnelda a été trop malheureuse avec son premier mari pour vouloir essayer d'un second attachement.
— Oui, mademoiselle, vous pouvez avoir raison...
— Ah ! si le duc de Rio-Grande n'avait pas été si discret! Il ne se vantait jamais des faveurs qui lui étaient accordées, même auprès de ses intimes amis...
— La comtesse Thusnelda ne lui a rien accordé de plus qu'à un autre...
— Hum ! qui sait?
— Fi! Sébastien, vos soupçons sont injurieux et vos paroles inconvenantes.
— Eh bien ! je ne dirai plus rien. La comtesse Thusnelda est une Jeanne d'Arc. Jeanne d'Arc, vous savez, cette noble fille, tant célébrée par M. de Voltaire.
M. Glumeau, à qui les paroles de M. Giraud rappelaient de coupables jouissances, rougit jusqu'aux racines de son toupet.
— Sébastien, Sébastien, ne soyez donc pas si libre. Vous mettez mal à l'aise M. Glumeau.
— Allons donc, il n'est pas bégueule à ce point. Un vieux farceur ce M. Glumeau ; s'il voulait, il nous en conterait de belles, n'est-ce pas ?
Et M. Giraud appliqua une claque sonore sur le frac de
M. Glumeau. Celui-ci trouvait bien cette familiarité un peu exagérée ; mais que n'aurait-il pas souffert du frère de Clarisse ?
— Mon frère, vous allez donner mauvaise opinion de vous à M. Glumeau. Vos expressions ne sentent pas la société au milieu de laquelle vous avez vécu.
— Bah ! bah ! Il ne craint pas de temps en temps quelques petites joyeusetés. Diable! on ne peut pas toujours parler comme dans le salon de mon... du duc de Rio- Grande.
— J'aime assez le mot pour rire , répondit galamment M. Glumeau. D'ailleurs, la présence de mademoiselle ajoute un charme tout particulier à l'aisance d'une conversation aussi distinguée.
Après quoi, satisfait du compliment qu'il venait de tourner, M. Glumeau salua gracieusement la famille Giraud et regagna son domicile.
— Ce sont de bonnes gens que ces Giraud, pensait-il tout en cheminant, bien que le frère soit un peu leste. J'ai, pour aujourd'hui, joliment avancé mes affaires ; me voilà avec un pied dans la maison. Je ne déplais pas à Mlle Clarisse ; elle aime les personnes réservées ; elle a bien pu s'apercevoir que je l'étais. Quand elle sera ma femme, il faudra que M. Sébastien Giraud adopte un langage plus honnête ; ce serait à n'y pas tenir.
A la grande stupéfaction de Mme Mouson, son maître fredonnait une chansonnette lorsqu'il rentra dans sa chambre.
Etrange coïncidence ! Tandis que le vieux garçon faisait ses premiers pas sur la route de Cythère, Frédéric Ducancre, le jeune homme, ne songeait qu'à la signora Vaporini, et aux moyens de se rapprocher d'elle. Mais, si la timidité
de M. Glumeau provenait d'un amour-propre exagéré, celle de Frédéric avait une autre cause; Frédéric aimait la signora Vaporini, de toute l'ardeur de son tempérament de vingt ans, et lorsqu'on aime, on a peur.
À cela venait se joindre un autre sujet de crainte : Frédéric s'imaginait que le petit Max était son rival. Les quelques paroles ambiguës prononcées par lui au concert, ses goûts bien connus, sa hardiesse auprès des femmes, rendaient la chose non seulement possible, mais probable. Cette pensée tourmentait Frédéric; avant de commencer les approches, il jugea bon de s'assurer s'il n'y avait pas déjà un ennemi dans la place ; et pour obtenir cette certitude, il ne crut pas pouvoir s'adresser mieux qu'à l'intéressé lui-même.
Un soir, pensant être bien fin, il demanda à Max avec une indifférence affectée :
— Et tes amours ?
— Quelles amours?
— Oui, la conquête de la signora Vaporini?
Max comprit sur-le-champ ce que Frédéric voulait savoir. Il ne se souciait guère de raconter sa mésaventure, et pour cause ; d'un autre côté, il n'eût pas été fâché de faire essuyer à Frédéric un revers semblable au sien ; il dirigea donc ses réponses en conséquence.
— Ah ! la signora Vaporini! Ma foi, je n'y songe plus.
— Tu me disais pourtant...
— Au concert, oui. C'était une fantaisie qui me passait par la tête. D'ailleurs ce que j'ai appris de la signora ne m'encourage guère. Cette Vaporini est une pimbêche, sa conversation est parfaitement nulle, et moi je déteste les femmes qui n'ont pas d'esprit.
— Tu lui as donc parlé ?
— Je ne m'en suis pas donné la peine. Si j'avais voulu...
— Tu aurais échoué, peut-être.
— Mon pauvre Frédéric, ce n'est pas nous qui échouons auprès des femmes. Des simples et des naïfs comme toi, c'est possible. Il n'y a qu'à vouloir.
— Tu as donc une méthode sûre pour réussir auprès du beau sexe?
- « Je te vois venir, » pensa Max. — Parbleu! La méthode est bien simple. De l'audace et toujours de l'audace!
— Oui, mais l'on peut se casser le nez.
— Si Ton est maladroit ou timide. Supposons un instant que je veuille m'emparer du cœur de cette Italienne. Je me présente chez elle.
— De but en blanc?
— Il ne faut pas tant de façons avec des femmes soi-disant artistes. Une fois admis près d'elle, je lui fais entendre nettement quelles sont mes intentions.
— C'est le point délicat.
— Pas du tout : elle voit que je suis riche, jeune, élégant ; nous convenons d'une seconde visite. Alors le tour est joué ; la signora Vaporini est ma maîtresse ; ce n'est pas plus malin que ça.
— Comme tu y vas !
— Parbleu, je connais le sexe faible et surtout les femmes de cette condition. Je n'en suis plus à mes débuts.
Frédéric trouva le conseil bon, hormis en un seul point. Il lui répugnait de traiter la signora Vaporini avec autant de sans-gêne et de cynisme ; il avait d'elle une meilleure opinion que Max; ayant vécu jusqu'alors dans la société
de ses livres et de ses ouvriers, sans autres plaisirs que ceux dont l'avarice paternelle lui accordait la jouissance, il considérait les femmes à travers un prisme flatteur, qui en faisait des créatures idéales, et les propos de Max l'avaient profondément blessé ; car déjà son imagination s'était empressée de parer la signora Yaporini des plus belles qualités et des vertus les plus solides. Max, au contraire, ne voyait en elle qu'une femme dégradée et de mœurs faciles.
Mais, pour suivre la méthode de Max, il aurait fallu que Frédéric ne fût pas amoureux; alors, maître de lui-même, sans trouble et sans émotion, il eût abordé la signora Vaporini avec cette aisance qui est une des garanties du succès. Frédéric s'en aperçut bien lorsqu'il voulut mettre à profit les instructions de Max. Il avait beau se répéter à lui-même, de l'audace, de l'audace et toujours de l'audace ; à mesure que le moment approchait, où il pourrait contempler face à face l'objet de ses affections, Frédéric perdait de sa fermeté, et lorsqu'il parut devant la signora, toute sa résolution l'avait entièrement abandonné.
Il est vrai de dire que la signora le laissa un grand quart d'heure dans l'antichambre. Depuis la visite de Max, elle était devenue plus circonspecte, et ce ne fut qu'après avoir pris sur le compte de Frédéric les plus minutieuses informations qu'elle ordonna de l'introduire.
Elle reconnut aussitôt en Frédéric le jeune homme qui durant tout le concert, avait tenu les yeux fixés sur elle. Quand, d'une voix mal assurée, il témoigna à la signora tout le plaisir qu'il avait éprouvé à l'entendre, elle vit bien que ce n'était point là un de ces adorateurs vulgaires qui suivent les pas des cantatrices pourvues de quelque beauté.
Elle le remercia de son indulgence ; peu à peu la conversation s'engagea; le malaise de Frédéric disparut devant les manières affables de la signora, et celle-ci, captivée par l'enthousiasme de Frédéric, oublia sa réserve habituelle.
Longtemps ils parlèrent beaux-arts et surtout musique. Frédéric était bon connaisseur en ces matières, et la signora se trouvait dans son élément. Ils n'échangèrent entre eux aucun de ces compliments, préludes d'une liaison tendre ; cependant ils sentaient qu'ils n'étaient point étrangers l'un à l'autre et qu'une intime sympathie les unissait. Frédéric demanda la permission de revenir ; elle lui fut gracieusement octroyée ; c'est ainsi que la timidité l'emporta sur l'audace.
Max ne s'attendait pas à un résultat semblable ; il pensait modestement que Frédéric serait éconduit, puisque lui, Max, n'avait pas réussi. Voyant que Frédéric était muet sur cet article, il se hasarda à l'interroger :
— As-tu vu la signora Vaporini ?
— J'ai passé une heure entière avec elle et je t'assure qu'elle cause très agréablement. Tu me disais que c'était une pimbêche.
— Alors, tu as fait ce que je t'avais conseillé; tu as marché droit au but. Tes affaires sont bien avancées, je pense.
— Ma foi ! si tu veux le savoir, je ne lui ai pas dit un mot d'amour.
— Alors de quoi diantre vous êtes-vous entretenus?
— De beaux-arts, de musique.
— Ah ! ah ! , c'est un peu fort, dit Max en éclatant de rire et parmi vos bémols et vos dièzes, vous n'avez pas eu l'occasion de placer un soupir?
— Ne me crois pas si lu veux, c'est ainsi.
Max, une fois seul, donna un libre cours à sa colère.
La coquine, comme elle s'est jouée de moi ! Elle affectait les grands sentiments, elle se disait outragée, parce que je daignais lui présenter mes hommages, et elle s'entiche de Frédéric, de ce nigaud, qui n'a ni expérience, ni tournure. Moi qui lui ai indiqué comment il fallait s'y prendre ! Il est vrai que s'ils continuent à s'occuper de musique, cela ne les mènera pas bien loin. Qui sait? Frédéric me trompe et je suis le dindon de l'aventure. Patience ! je serai bientôt vengé.
Je vois d'ici le scandale que cette liaison va produire, de quel œil les Ducancre , les Tourteau Glumeau et Croûtard regarderont Frédéric. Ils sont sévères, nos messieurs, bien sévères, surtout lorsqu'une histoire de ce genre passe dans le domaine public. Il ne tiendra pas à moi que tout le monde ne le sache. Que dira Mlle Cécile Tourteau, lorsqu'on lui racontera les amours de son Frédéric et de la signora Vaporini ? Car elle aime Frédéric, cette petite....
A quelque chose malheur est bon. Je commence à m'ennuyer de la vie de garçon ; je soupire après un foyer domestique, après une femme jolie, sage et riche. Mlle Cécile Tourteau serait bien mon affaire. Frédéric me laisse le champ libre ; d'ailleurs, après cette esclandre, il n'osera plus mettre les pieds chez les Tourteau. Le papa sera facile à gagner, mais Cécile, Cécile! Avec un peu d'habileté, je parviendrai à chasser de son cœur l'image de l'infidèle Frédéric, et nous ferons un excellent ménage. Mari modèle, femme idem. Ah ! Frédéric, Frédéric, tu
m'as roulé, mais la revanche est belle, et je gagne plus que je ne perds.
C'est ainsi que M. Max se berçait des plus frivoles espérances ; d'ailleurs il ne les conserva pas longtemps. Un jeune homme" blasé comme lui ne pouvait avoir d'attachement durable ; l'égoïste aime à être seul.