TOME t
qui est double au moins de celle du test. Ses côtés offrent chacun neuf dents , dont la postérieure beaucoup plus grande, en forme d’épine. La queue des mâles est souvent très différente de celle de leurs femelles. Ces portunes composent le genre Lupée (Lupa) du docteur Leach, et sont , pour la plupart, assez grands et exotiques. La Méditerranée nous en offre une espèce (i).
Une troisième division se composera d’espèces analogues aux dernières pour la forme du test , mais dont les dents latérales , au nombre de cinq communément, sont presque égales , ou dont la postérieure au moins diffère peu des précédentes ; la longueur des serres excède peu celle du test.
Celles qui ont de six à neuf dents de chaque côté , sont toutes exotiques. Le Portime de Tranquebar ( P. tranquebaricusj Fab., Herbst., Cane., XXXVIïI, 3. ), est la seule connue, ayant neuf dents et toutes égaies à chaque bord latéral. Elle est grande et sa chair est estimée. Nous soupçonnons que leportune Leucodonte, deM. Desmarest(Hist. nat. des crust. foss. , VI, i. — 3 ) est la même, en état fossile $ il nous vient aussi des Indes.
Les espèces suivantes, toutes des mers d’Europe (a) , ont cinq dents à chaque bord latéral de la carapace.
(1) Portunus Dufourii , Latr. , nouv. Dict. d’hist. nat., 2e édit. Cette espèce, figurée dans le Dictionnaire classique d’histoire naturelle , se rapproche beaucoup du Cancer hastatus de Linnceus , qu’il dit se trouver dans la mer Adriatique. Rapportez à la même division les espèces suivantes : Cancer pelagicus , Herbst, lviii, 55; — C. forceps , ejusd. , lv , 4 7 Leach., Zool, Mise., liv; — C. sanguinolenlus , Herbst. , vin , 56 , À7 ; — Ejusd. , C. cedonulli , xxxix et reticulatus , l ;i — ejusd.,
C. hastatus , lv, 15 — C. menestho , ibicl . 3 ; — C . ponticus , ibid. , 5.
(2) P oyez , pour les espèces de la Méditerranée, les ouvrages de Pé- ! tngna, de^Risso , d’Olivi ; pour celles de nos côtes occidentales et des mers de lai Grande-Bretagne, le Catalogue méthodique des crustacés du département du Calvados , de M. de Brébisson, et surtout l’excellent ouvrage du docteur Leach , intitulé Malacostraca podophthalmia Briianniœ. M. Desmarest a très bien développé la méthode de cet auteur , dans j ses Considérations générales sur les crustacés , livre qui sera très utile à ceux qui s’occupent de l’étude <3e ces animaux. Voyez aussi notre article Porlune de l’Encyclopédie méthodique.
famille des bu ac hydre s. 35
L’ Étrille commune. {Cancer puber. L.) Penn. Zool. Brit. IV, iv. 8} Herbst. Vil. 5g. Leach. Malac. Brit. vi.
Est couverte d'un duvet jaunâtre , avec huit petites dents entre les yeux, dont les deux mitoyennes plus Ion* gués, obtuses et divergentes ; les serres sillonnées, armées d’une dent forte et dentée, au côté interne du carpe , et d’une autre sur l’article suivant ou la main} les doigts sont noirâtres.
Cette espèce porte communément le nom à' étrille 7 et sa chair est très délicate.
La petite Étrille. {Cancer cor ru gatus. Penn. Zooî. Brit. ÎV. pl. v. 9. Leach. Maiac. Brit. Vil. 1, (l.)
A le test tout ridé , garni d’un duvet jaunâtre -, avec trois dents égales , presque en forme de lobes, au front. Les troisdents postérieures des bords latéraux sont très aiguës, en forme d’épines.
Le P. ménade ou le Crabe commun de nos côtes. {C. mœnas.
Lin . Fab. )
Et qu’on appelle vulgairement crabe enragé , me paraît appartenir plutôt aux portunes qu’aux crabes proprement dits } seulement les nageoires postérieures sont plus étroites. Tel a été le premier sentiment du docteur Leach, qui en a fait ensuite un genre particulier , sous le nom de carcin { Carcinus , Malacost. Brit., XII, tab. v ). Il a aussi cinq dents de chaque côté, et pareil nombre au front, les oculaires internes comprises. Le dessus du test est glabre, finement chagriné, avec des lignes enfoncées, profondes. Les tarses sont striés } la tranche supérieure des mains est comprimée en manière d’arête arrondie , terminée par une petite dent} on en voit une autre, mais plus forte, au côté interne de l’article précédent} les doigts sontstriés, presque également dentés , aveclebout noirâtre.
On trouve dans le calcaire marneux du Monte-Bolca , un crustacé fossile qui, selon M. Desmarest ( Hist. nat. des crust. foss., pag. ia5), a de grands rapports avec cette espèce.
Dans le portune de Pwndelet de M. Risso , le front est sans dents. Celui qu’il nomme longipes présente le même
36 CRUSTACÉS décapodes.
caractère , mais ses pieds sont proportionnellement plus longs que ceux des autres espèces analogues.
Nous formerons une quatrième division avec le sous-genre.
Platyonique ( Platyonichus. )
Dont la dénomination a remplacé celle de porlumne ( portumnus ) de M. Léach , trop rapprochée du mot portune, déjà employé. Ici le test est aussi long au moins que large, presque en forme de cœur. Tous les tarses des pieds, les serres exceptées, se terminent par une petite lame semi - elliptique , alongée et pointue; Tindex est très comprimé. Cette division 11e comprend encore qu’une espèce, qui est le cancer latipes de Plan eus ( De conchis minus notis , III , 7, B. C.), etqui a été figurée aussi par Leach (Malac. Bïit»,IV). Le front offre trois dents, et chaque bord latéral du test cinq. ( Voyez l’article Platyonique de l’Encyclopédie méthodique.)
Des crabes nageurs nous passons à ceux don t tous les pieds se terminent en pointe, ou par un tarse conique , quelquefois comprimé, mais ne formant point de nageoire proprement dite. Ceux d’entre eux dont le test est évasé , coupé par devant en arc de cercle , rétréci et tronqué eu arrière , dont les serres sont identiques dans les deux sexes, où la queue offre le même nombre de segments que celle des portunes , et qui , à l’exception des tarses , leur ressemblent presque entièrement, composeront notre seconde section, celle des Arques ( Arcuata ).
Les Crabes proprement dits. (Cancer. Fab. )
Ont le troisième article des pieds -mâchoires extérieurs échancré ou marqué d’un sinus , près de l’extrémité interne et presque carré. Les antennes , ne dépassant guère le front, et à articles peu nombreux, sont repliées , glabres ou peu velues. Les mains sont arrondies, et ne présentent point supérieurement d’apparence de crête.
Les uns ont l’article radical des antennes extérieures beaucoup plus grand que les suivants , en forme de lame , terminée, par une dent saillante et avancée , fermant inférieurement le coin interne des cavités oculaires. Les fossettes des antennes mitoyennes ou internes sont presque longitudinales, Tel est
FAMILLE DES BRACHYURE5.
Le Crabe poupart eu tourteau ( Cipagurus . Lin.) Herbst. IX, 5g7 dont le test est roussâtre, large, plan , presque lisse en dessus, avec neuf festons à chaque bord latéral, et trois dents au front. Ses serres sont grosses , unies, avec les doigts noirs et garnis intérieurement de tubercules mousses. Il acquiert pies d’un pied de largeur, et pèse alors jusqu’à cintj livres. Il est commun sur les côtes de France de l’Océan , et moins abondant dans la Méditerrannée. Sa chair est estimée.
Le docteur Leach ( Malac. Brit. , XVli , x ) le sépare génériquement des autres crabes.
Dans les autres, les articles inférieurs des antennes sont cylindracés; le premier, quoiqu’un peu plus grand, ne diffèrepoint des suivantsquantà la forme et aux proportions, et ne dépasse point le canthus interne des fossettes oculaires ; celles des antennes intermédiaires s’étendent plutôt dans le sens de la largeur du test , que dans celui de sa longueur.
Il en est parmi eux ( C . 1 1. dentatus , Fab.) , don.t les doigts ont leur extrémité creusée en manière de cuiller; ce sont les Clorodies ( Clorodius . ) de M. Leach. Plusieurs des espèces, où ils se terminent en pointe , sont remarquables en ce que l’arqùre des bords du test se termine postérieurement par un pli et une saillie débordante, en .manière d’angle. Celles dont le front est tridenté, et dont le test n’offre de chaque côté que cette saillie ou dent postérieure , composent son genre Carpilie ( Carpilius ). Les espèces de cette subdivision ( C. corallinus , F.; C. maculatus , ejusd. ) présentent des marbrures ou des taches rondes couleur de sang. Elles habitent plus particulièrement les mers des Indes orientales. Beaucoup de crabes fossiles me paraissent appartenir à cette subdivision.
Les Xanthes ( Xantho. ) du même, et dont quelques-uns ( Xantho Jloridus , Leach, Malac. Brit., XI ; — Cancer p or es&ay Oliv., Zool. adriat., 11, 3. ) habitent nos côtes, ont leurs antennes insérées dans le canthus interne des cavités oculaires , et non en dehors , comme dans les précédents.
D’autres considérations permettraient d’augmenter le
nombre de ces coupes. Mais nous avons dû nous borner à
indiquer les principales.
Le Crabe vulgaire de nos côtes , de la première édition de cet ouvrage , a été placé dans celle-ci avec les portunes ( P. mënade. )
Les Pirimeles (Pirimela. Leach.)
Ressemblent tout-à-fait aux crabes, mais leurs antennes extérieures se prolongent notablement au-delà du front, et leur tige, plus longue que leur pédoncule, se compose d'un grand nombre d’articles. Les fossettes des intermédiaires sont, ainsi que dans le crabe tourteau , plutôt longitudinales que transversales.
On n'en connaît qu’une espèce ( P. denticulata , Leach., Malac. Brit. , Vilï , in. ), qu’on trouve dans la Manche et dans la Méditerranée. Peut-être faut-il rapporter à cette espèce le crustacé fossile, décrit par M.Desmarest, sous le nom dé A télécycle rugueux. (Hist. nat. des crust. foss. , IX, 9. )
Les Atélécycles (i). ( Atelecyclus. Leach.)
Ont, ainsi que les piri mêles, les fossettes des antennes intermédiaires longitudinales') les àntennes latérales alongées, saillantes, et composées d’un grand nombre d’articles; mais elles sont très velues ainsi que les serres; ces serres sont fortes, avec les mains comprimées. Le troisième article des pieds-mâchoires est sensiblement rétréci supérieurement en manière de dent obtuse ou arrondie. Les tarses sont coniques, et les pédicules oculaires sont de grandeur ordinaire. La queue est plus alongée que dans les crustacés précédents.
On en a décrit deux espèces (2), l’une des côtes d’Angleterre , à forme suborbiculaire , et l’autre de celles de France, tant océaniques.que méditerranéennes.
Les Tries. (Thia. Leach.)
Se rapprochent des atélécycles, à raison de leurs antennes
(1) Nous avions d’abord placé ce sous-genre, ainsi que le suivant , dans la section des orbiculaires.
(2) Voyez les Considérations générales sur la classe des crustacés , de M. Desmarest, pag. 88 et 89.
FAMILLE DES Bit ACH Y LIRES.
latérales, de la direction des fossettes logeant les intermédiaires, de la forme du troisième article des pieds-mâchoires extérieurs, de leur test suhorbiculaire ; mais leurs yeux ainsi que leurs pédicules sont très petits et à peine saillants. Leurs tarses sont très comprimés et subelliptiques. Le front est arqué, arrondi, sans dentelures prononcées. L’espace pectoral compris entre les pieds est très étroit et de la même largeur partout. Les serres sont proportionnellement bien moins fortes. Le test est uni, et sous quelques autres rapports ces crustacés avoisinent les leucosies et les corisies.
L’espèce (i) prototype, dont on ignorait la patrie, a été découverte par M. Milne Edwards , dans le sable des bords de la Méditenannée , près de Naples. M. ïlisso ( Journ. de phys. , 1822 , p. 25 1. ) en a décrit une autre, qu’il a dédiée â M. de Blainville , et qu’il a trouvée dans la rivière de
Nice.
Les Mursies. (Mursia. Leacli. ) (2).
Dont on ne connaît encore qu’une seule espèce , et qui est propre à cette partie de l’Océan qui environne l’extrémité méridionale de l’Afrique. Elle avoisine les matutes el plusieurs portunes, à raison d’une longue épine dont chaque côté du test est armé postérieurement* elle se rapproche aussi des crabes proprement dits, pour la forme du test et des piedsmâchoires extérieurs, avec cette différence que leur troisième article est en forme de carré aîongé, rétréci et tronqué obliquement à son extrémité supérieure; mais, ainsi que dans les calappes et les hépates, les mains sont très comprimées supérieurement, avec une tranche aiguë et dentée, en manière de crête (3).
Les Bépates. ( Hepatus. Latr. )
Ont, quanta la forme évasée de leur test, la brièveté de leurs antennes latérales, une grande affinité avec les crabes proprement dits , et se rapprochent des mursies et des calappes,
(1) Tliia polita , Leach , Zool. Miscel. , cm.
(2) Dénomination qu’il faudrait changer, parce qu’on peut facilement la confondre avec celle de nursia , autre sous-genre de crustacés.
(3) De smar. , Consid. , ix, 3.
4o CRUSTACÉS DÉCAPODES,
à raison de leurs mains comprimées et terminées supérieurement en manière de crête; mais le troisième article de leurs pieds - mâchoires extérieurs est en forme de triangle alongé, étroit et pointu, sans échancrure apparente, caractère que Fou observe aussi dans les matutes et les leucosies. L’espèce (i) qui a servi de type à l’établissement de cette coupe a été confondue avec les calappes par Fabricius. Elle est de la grandeur d’un crabe tourteau de moyenne taille. Son test est jaunâtre, ponctué de rouge , avec les bords finement et inégalement crénelés. Les yeux sont petits et rapprochés. Les pieds sont entrecoupés de bandes rouges. Quoique la queue des mâles n’ait que cinq segments complets, on découvre néanmoins très distinctement sur les côtés , les traces des deux autres. Cette espèce est commune aux Antilles.
Une troisième section, celle des Quadrilatères ( Quadrilatera), a le test presque carré ou en cœur, avec le front généralement prolongé, infléchi ou très incliné, et formant une sorte de chaperon. La queue des deux sexes est de sept segments, distincts dans toute leur largeur. Les antennes sont généralement fort courtes. Les yeux de la plupart sont portés sur de longs pédicules ou gros. Plusieurs vivent habituellement à terre, dans des trous qu’ils se pratiquent; d’autres fréquentent les eaux douces. Leur course est très rapide (2).
Une première division comprendra ceux dans lesquels le quatrième article des pieds-mâchoires extérieurs est inséré à l’extrémité supérieure interne de l’article précédent, soit sur une saillie courte et tronquée, soit dans un sinus du bord interne. Ce sont ceux qui se rapprochent le plus des crabes propres.
Les uns ont un test tantôt presque carré ou trapezoïde , mais point transversal, tantôt presque en forme de cœur
(U Hepatus fascialus , Latr. ; Desmar. , Consid. , ix, 2; Calappa anguslata , ïab. ; Cancer pr incep s , Bosc. ; Herbst, xxxyu, 2. Voyez aussi son cancer armadillus , vi , 4 2 pt 43.
(2^ Je les considère, sous le rapport des habitudes et de quelques caractères d’organisation , comme s’éloignant le plus des autres décapodes, et comme devant être placés à l’une des extrémités de cet ordre.
FAMILLE DES BRACHYUKES.
tronqué. Les pédicules oculaires sont courts et insérés soit près des angles latéraux et antérieurs du test, soit plus intérieurs, mais toujours à une distance assez grande du milieu du front. Ici viennent :
Les Eriphies. (Eriphia. Lat. )
Qui ont les antennes latérales insérées entre les cavités oculaires et les antennes médianes • le test presque en forme de cœur, tronqué postérieurement , et les yeux éloignés de ses angles antérieurs.
Nos côtes en fournissent une espèce {Cancer spinifrons, Fab. • Herbst., XI , 65 j Desmar., Cons. , XIV , i ) , qui est le pagurus d’Aldrovande. Les côtés de son test ont chacun cinq dents , dont la seconde et la troisième bifides. Le front et les serres sont épineux. Les doigts sont noirs.
Les Trapésies. ( Trapezia, Latr.)
Semblables aux ériphies par l’insertion des antennes latérales , mais dont le test est presque carré, déprimé, uni , avec les yeux situés à ses angles antérieurs , et les serres très grandes, comparativement aux autres pieds.
Toutes les espèces ( i ) sont exotiques et des mers orientales.
Les Pilumnes. ( Pilumnijs, Leach. )
Différents des deux sous -genres précédents à raison de leurs antennes latérales insérées à l’extrémité interne des cavités oculaires, au-dessous de la naissance des pédicules des yeux. Ils sont plus rapprochés, quant à la forme du test, des crustacés de la section précédente que les autres quadrilatères, et ambigus , à cet égard, entre les deux sections. Comme dans la plupart des arqués, le troisième article de leurs pieds-mâchoires est presque carré ou pentagone. Les antennes latérales sont plus longues que les pédicules oculaires, avec une tige sétacée , plus longue que le
(i) Cancer cymodoce , Herbst, li, 5;.— C. rufo punctatus , ejusd. , xlvii,6; — ejusd. , C. glaberrimus , xx, 11 5. Voyez l’article Trapézie de l’Encyclopédie méthodique.
pédoncule et composée d’un grand nombre de petits articles.
Les tarses sont simplement velus (i).
Les Thelphuses (2). ( Thelphusa. Latr. )
A antennes latérales situées comme dans les pilumnes , mais plus courtes que les pédicules oculaires, de peu d’articles ? avec la tige guère plus longue que le pédoncule, et cylindrico-conique. Le test est d’ailleurs presque en forme de cœur tronqué, et les tarses sont garnis d’arêtes épineuses ou dentées.^
On en connaît plusieurs espèces , vivant toutes dans les eaux douces, mais pouvant, à ce qu’il paraît, s’en éloigner durant un intervalle de temps assez considérable. L’une, citée par les anciens, se trouve dans le midi del’Europe, le Levant et en Egypte; c’est le crabe fluviatile de Belon, de Rondelet etdeGesner .{Voyez Olivier, Voyage en Egypte , pî. XXX, 2 ; et les planches d’hist. nat. du grand ouvrage sur cette contrée. ) II est très commun dans plusieurs ruisseaux et divers lacs des cratères du midi de l’Italie; et on voit son effigie sur plusieurs médailles antiques grecques , celles de Sicile notamment. Son test a environ deux pouces de diamètre en tout sens. Il est grisâtre ou jaunâtre , selon que l’animal est vivant ou sec, lisse en grande partie , avec de petites rides incisées et des aspérités aux côtés antérieurs. Le front est transversal, incliné, rebordé , sans dents. Les serres ont des aspérités, avec une tache roussâtre à l’extrémités des doigts, qui sont longs, coniques et inégalement dentés. Les moines grecs le mangent cru, et il est , pendant le carême, l’un des aliments des Italiens.
Deux naturalistes, voyageurs du gouvernement, trop tôt enlevés aux sciences naturelles , Delalande- et Leschenaultde-Latour , ont découvert deux autres espèces ; l’une recueilli) Voyez Farticle Pilumne de l'Encyclopédie méthodique et Fouyrage de M. Desmarest précité , pag. 111.
(2) Les Potamophiles de la première édition de cet ouvrage. Ce nom ayant déjà été consacré à un genre de coléoptères , je Fai remplacé par celui de thelphuse. ( Voyez ce mot dans la seconde édition du nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle.) Ce sont les potamobies de M, Leach, et les potamons de M. Sayigny.
FAMILLE DES BRACHYURES. 4^
lie par le premier dans son voyage au sud de l’Afrique, et l’autre par le second dans les montagnes de Ceylan.
Le cancer senex de Fabricius (.Herbst. XL, 5 ), me paraît devoir se rapporter au même sous-genre. Cette espèce habite les Indes orientales.
Une espèce propre à l’Amérique ( telphusa serrata, Iierbst. X, n ) est proportionnellement plus aplatie et plus large que les autres, et offre quelques autres caractères qui semblent indiquer une division particulière (i).
D’autres quadrilatères ayant, de même que les précédents , le quatrième article des pieds-mâchoires extérieurs inséré à l’extrémité interne de l’article précédent, s’en éloignent par la forme trapézoïdale, transverse et élargie en-devant de leur test, ainsi que par leurs pédicules oculaires qui, comme ceux des podophthalmes , sont insérés près du milieu du front, longs, grêles, et atteignent les angles antérieurs. Les serres des mâles sont longues et cylindriques; tels sont :
Les Gonoplaces ou Rhombilles. ( gonoplax. Leach. )
Nos mers en fournissent deux espèces, dont l’une cependant ne pourrait être qu’une variété de l’autre.
Le gonoplace à deux épines ( Cancer angulatus. Lin. ) , Herbst. , î. i3; Leach, ,Malac. Brit., XIII, a les angles antérieurs du test prolongés en pointe , et une autre épine , mais plus petite en arrière. Les serres des mâles en offrent deux autres , une sur l’article appelé bras et l’autre au côté interne du cape; les mains sont alongées, un peu rétrécies
(i) Voyez aussi , plus bas, îc sous-geisre ocypode.Ten ai formé un nouveau , sous le nom de Trichodactyle ( Trichôdactylus J , avec un crustacé des eaux douces du Brésil , analogue aux précédents , mais ayant le test presque carré, le troisième article des pieds- mâchoires extérieurs en forme de triangle alongé et crochu au bout, et les tarses couverts d’un duvet serré.
Le graspus ■ tesselalus des planches (cccv, 2) d’histoire naturelle de l’ Encyclopédie méthodique est encore le type d’un autre nouveau genre Mélie ( Me lia') , trop peu important pour être exposé avec détail dans cet ouvrage.
44 CI1U5TACES DÉCAPODES.
à leur base ; Ton observe une autre dent à l’extrémité supérieure des cuisses des autres pieds. Le corps est roussâtrë. Cette espèce se trouve sur les côtes occidentales de France' et celles d’Angle terré.
Dans le gonop lace rhomboïde ( cancer rhomboïdes , Lin.), la carapace n’offre d’autres épines que celles formées parle prolongement des angles antérieurs. Le corps est plus petit et d’un blanc rougeâtre ou couleur de chair. On la trouve dans les lieux rocailleux de la Méditerranée (i).
Dans la seconde division des quadrilatères, le quatrième article des pieds - mâchoires extérieurs ou de ceux qui recouvrent inférieurement les autres parties de la bouche est inséré au milieu du bout de l’article précédent ou plus endehors.
Tantôt le test est soit trapezoïde ou ovoïde, soit en forme de cœur tronqué postérieurement. Les pédicules oculaires, insérés à peu de distance du milieu de son bord antérieur, s’étendent jusque près de ses angles antérieurs ou les dépassent même.
En commençant par ceux dont le test a la forme d’un quadrilatère transversal , élargi en avant et rétréci en arrière , ou bien celle d’un œuf , s’offrent d’abord
Les Macrophthalmes. ( Macrophthalmus. Lat. )
Ainsi que dans les gonoplaces, le test est trapézoïde , les serres sont longues et étroites ; les pédicules oculaires sont grêles, alongés et logés dans une rainure, sous le bord antérieur du test. Le premier article des antennes intermédiaires est plutôt transversal que longitudinal , et les deux divisions qui les terminent sont très distinctes et de grandeur moyenne. Les pieds-mâchoires extérieurs sont rapprochés inférieurement, au bord interne, sans vide entre eux, et leur troisième article est transversal.
Ces crustacés (2) habitent les parages des mers orientales et de la Nouvélle-Hollande.
(1) VoyezX article Rhombille de F Encyclopédie méthodique.
(2) Gonoplax transversus , Latr. , Encyclop. méthod. , Hist. nat. , ccxcvii ,25 — Cancer brevis , Herbst, lx , l\. Ee gonoplace de Latreille , espèce fossille décrite par M. Desmarest (Hist. nat. des crust.foss. ,
FAMILLE DES BRACHYURES. /|5
Les suivants, et qui forment les sous -genres géîasime , ocypode etmyctyre , vivant tous dans des terriers, et remarquables par la célérité de leur course, ont la quatrième paire de pieds et la troisième ensuite plus longues que les autres 5 les antennes intermédiaires sont excessivemen t petites et à peine bifides au bout ; leur article radical est presque longitudinal. Ces animaux sont propres aux pays chauds.
Ici le test est solide, en forme de quadrilatère ou de trapèze, plus large en devant.
Les Gelasimes ( Gelasimus. Latr. — Uca. Leacli. )
Les yeux terminent leurs pédicules, en manière de petite tête. Le troisième article de leurs pieds-mâclioires extérieurs est en carré transversal. Le dernier segment de la queue des mâles est presque demi-circulaire; celle des femelles est presque orbiculaire.
Les antennes latérales sont proportionnellement plus longues et plus grêles que les mêmes des ocypodes. L’une des serres, tantôt la droite , tantôt la gauche, ce qui varie dans les individus de la même espèce, est ordinairement beaucoup plus grande que l’autre; les doigts de la petite sont souvent en forme de spatule ou de cuiller. L’animal ferme l’entrée de son terrier, qu’il établit près des rivages de la mer ou dans des lieux aquatiques , avec sa plus grande pince. Ces lerriers sont cylindriques, obliques, très profonds, très rapprochés les uns des autres, mais ordinairement habités par un seul individu. L’usage où sont ces crustacés de tenir la grosse pince élevée en avant du corps, comme s’ils faisaient un geste pour appeler quelqu’un , leur a valu le nom de crabes appelants ( Cancer vocans ). Une espèce observée dans la Carôline-Sud par M. Bosc , passe les trois mois de l’hiver dans sa retraite, sans en sortir, et ne vient à la mer qu’à l’époque de sa ponte (i).
ix, i~4), et peut-èire aussi son G , incisé (ix, 5, 6), pourrait être un macro phtli al me; mais en general ses gonoplaces fossiles sont des ge'lasimes. L’espèce qu’il nomme gélasime luisante (viu , 7,8) ne me semble pas différer de l’espèce vivante que je nomme maracoani ( Encyclop . méthod. , ibid. , ccxcvi , 1).
(1) Voyez l’article Gélasime de la seconde édition du nouveau
Les Ocypodes. (Ogypode. Fab. )
Les yeux s’étendent dans Ja majeure partie de la longueur de leurs pédicules , et forment une sorte de massue. Le troisième article des pieds - mâchoires extérieurs est en carré long. La queue des maies est très étroite, avec le dernier article en forme de triangle alongé ; celle des femelles est ovale.
Les serres sont presque semblables, fortes, mais courtes , avec les pinces presque en forme de cœur renversé. Ainsi que l’annonce l’étymologie du nom générique, ces crustacés courent avec une grande vélocité; elle est telle, qu’un homme monté à cheval a de la peine à les atteindre/; de là l’origine de l’épithète de cavalier ( eques ), que leur donnèrent d’anciens naturalistes. Parmi les modernes , quelquesuns les ont nommés crabes de terre ; d’autres les ont confondus avec les gécarcins, sous la dénomination générale de tourlouroux. Les ocypodes se tiennent pendant le jour dans les trous ou terriers qu’ils se creusent dans le sable, près des rivages de la mer. Ils les quittent après le coucher de soleil.
L’O. chevalier { Cancer cursor, Lin. ), Cancer eques , Bel. ; O. ippeusy Oîiv. Yoy. dans l’emp. ott., IL xxx, i , se distingue de tous les autres par le faisceau de poils qui termine les pédoncules oculaires. Il habite les côtes de la Syrie, celles d’Afrique, situées sur la Méditerranée, et se trouve même au Cap-Verd
Dans VQ. cérathophthalme ( Cancer cerathopthalmus Pall., Spicii. zol. fasc. IX, v, 2-8), l’extrémité supérieure de ces pédicules se prolonge au-delà des yeux et d’un tiers ou plus de leur longueur totale, en une pointe conique et
Dictionnaire d’histoire naturelle, et le même article de Fouyrage de M. Desmarest sur les animaux de cette classe. Les crabes cietie-ete7 cietiepanama de Marcgrave , me paraissent synonymes de la ge'lasime combattante. D’après uïïe observation de M. Marion, communiquée à Lacad. roy. des sc. par M. de Blainville, cette inégalité' des pinces ne serait propre qu’aux mâles, du moins dans des espèces dont il a observe' un grand nombre d’individus dans son voyage aux Indes orientales.
FAMILLE DES BR ACHYURES. 47
simple. Les pinces sont en cœur , très chagrinées et dentelées sur leur tranche. Cette espèce vient des Indes orientales.
Dans quelques autres , les yeux terminent leurs pédicules et forment une sorte de massue. Quelques-unes, de l’ancien continent ( O. rhombea , Fab. ) , et toutes celles du nouveau , sont dans ce cas. Mais “celles-ci ont un caractère particulier , qui annonce qu’elles vont plus fréquemment à l’eau ou qu’elles nagent plus facilement*; leurs pieds sont plus unis, plus aplatis , et garnis d’une frange de poils. Tel est Y O. blanc de M. Bosc (Hist. nat. des crust, I , i ). Le crabe cunuru de Marcgrave est de cette division (i).
En classant la collection du Muséum d’histoire naturelle, nous avions rangé avec les ocypodes, sous le nom spécifique de quadridentala, un crustacé qui nous semble avoir une grande conformité avec le gécarcin trois-épines de M. Desmarets, espèce fossile ( Hist. nat. des crust. foss., VIII, io.); il soupçonne qu’elle pourrait appartenir au genre telphuse.
Ici le test, dans les femelles au moins , est très mince, membraneux et flexible , le corps est presque rond ou sub~ ovoïde. Les pédicules oculaires sont sensiblement plus courts que dans les sous-genres précédents.
Viennent d’abord
Les Mictyres. (Mictyris. Lat. )
Leur corps est subovoïde , très renflé, plus étroit et obtus en devant, tronqué postérieurement, avec le chaperon très rabattu , rétréci en pointe à son extrémité. Les serres sont coudées à la jonction du troisième et du quatrième article ; celui-ci est presque aussi grand que la main ; les autres pieds sont longs , avec les tarses anguleux. Ajoutons à ces caractères essentiels , que les pédicules oculaires sont courbes , couronnés par des yeux globuleux ; que les pieds-mâchoires extérieurs sont très amples, très velus au
(i) Voyez ausssi, pour les ocypodes du nouveap continent, les observations de M. Say , consignées dans le Journal des sciences naturelles de Philadelphie. Son O. réticulé est urîgrapse. Nous renverrons aussi à l’article Ocypode de la seconde édition du nouv. Dictionn d’hist. naturelle, et à l’ouvrage de M. Desmarest.
bord interne, avec le second article fort grand et le suivant
presque demi-circulaire.
On en connaît deux espèces; Tune qui se trouve dans TOcéan australasien (i) , et l’autre en Égypte (2) où elle a été observée par M. Savigny,
Immédiatement après les mictyres nous placerons
Les PlNNOTHERES. ( PlNNOTHERES. Latl\ )
Crustacés très petits, vivant une partie de l’année, surtout en novembre, dans diverses coquilles bivalves, les moules et les jambonneaux particulièrement. Le test des femelles est suborbiculaire, très mince et fort mou, tandis que celui des mâles est solide , presque globuleux et un peu rétréci en pointe en devant. Les pieds sont de longueur moyenne, et les serres sont droites et conformées à l’ordinaire. Les pieds-mâchoires extérieurs n’offrent distinctement que trois articles , dont le premier grand , transversal , arqué , et dont le dernier muni à sa base interne d’un petit appendice. La queue de la femelle est très ample et recouvre tout le dessous du corps.
Les anciens croyaient qu’ils vivaient en société avec les mollusques des coquilles où on les trouve, et qu’ils les avertissaient dans le danger , et allaient à la chasse pour eux. Aujourd’hui le peuple de certaines côtes attribue , peut-être sans de meilleurs raisons, à leur présence dans les moules, les qualités malfaisantes que celles-ci prennent quelquefois (3).
Nous arrivons maintenant à des crustacés qui, analogues aux derniers, à raison de l’insertion de leurs pédicules oculaires, s’en éloignent cependant à l’égard du test. Il a la forme d’un cœur, tronqué postérieurement ; il est élevé , dilaté et arrondi sur les côtés, près des angles antérieurs; les pédicu-
(1) Latr., Gener. , crust. etins., 1. 40 ; Encyclop. méthod. , atl. d’hist, nat. , ccxcvn, 3 5 Desmar. , Consid. , xi, 1. Ge sous-genre et celui du pinnothère faisaient partie , dans la première édition de cet ouvrage, de la section des orbiculaires ; mais dans un ordre naturel, ils avoisinent les ocypodes, les gécarcins , etc.
(a) Planches d’hist. nat. du grand ouvrage sur l’Égypte.
(3 ) Voyez, quant aux espèces, Leach, mainte,, podoph , Brii. , et Desmar. , Consid. ge'n. sur les erust. , 1 16.
FAMILLE DES RRACHYURES.
les oculaires sont plus courts que ceux des sous-genres précédents, et n’atteignent pas tout-à-fait les extrémités latérales du test. Les antennes intermédiaires sont toujours terminées par deux divisions bien distinctes. Nos colons américains ont désigné ces crustacés sous diverses dénominations, telles que celles de tourlouroux , de crabes peints , de crabes de terre , de crabes violets , et qui peuvent s’appliquer à diverses espèces ou à diverses variétés d’âge ; mais aucune recherche digne de confiance n’a encore fixé cette nomenclature. Ces animaux habitent plus particulièrement les contrées situées entre les tropiques et celles qui les avoisinent. Il est bien peu de voyageurs qui n’aient parlé de leurs habitudes. Mais en dépouillant leurs récits des faits invraisemblables ou douteux, leur histoire se réduit essentiellement aux suivants. Il passent la plus grande partie de leur vie à terre, se cachant dans des trous et ne sortant que le soir. Il y en a qui se tiennent dans les cimetières. Une fois par année, lorsqu’ils veulent faire leur ponte, ils se rassemblent en bandes nombreuses, et suivent la ligne la plus courte jusqu’à la mer , sans s’embarrasser des obstacles qu’ils peuvent rencontrer $ après la ponte, ils reviennent très affaiblis. On dit qu’ils bouchent leur terrier pendant la mue : lorsqu’ils l’ont subie et qu’ils sont encore mous, on les appelle boursiers , et on estime beaucoup leur chair, qui cependant est quelquefois empoisonnée. On attribue cette qualité au fruit du mancenillier , dont on suppose, faussement peut-être, qu’ils ont mangé.
Dans les uns, tels que
Les U ca s ( Uca Latr, ),'
La grândeur des pattes , à commencer inclusivement à celles de la seconde paire, diminue progressivement ; elles sont très velues , avec les tarses simplement sillonnés, sans dentelures ni épines notables.
La seule espèce connue ( Cancer uca , Lin.), Herbst. VL,
38, habite les marais de la Guianne et du Brésil.
Dans les autres , la troisième et la quatrième paire de pieds sont plus longues que la seconde et la cinquième $ les tarses ont des arêtes dentelées ou très épineuses. Ce§ crustacés forment deux sous-genres.