‹ Les cultures coloniales (volume 2)Chapitre 6 sur 14 · ANS · texte numérisé non relu

ANS

Fig. 17, — Séchoir Guardiola (Gordon), vu de face.

grandes bassines d’eau, dans lesquelles on les remue avec un rateau. Mais pour les grandes plantations certaines maisons comme La maison Gordon de Londres construisent des laveurs, qui sont (fig. 16) de grandes cuves en fer galvanisé, dans lesquelles tourne un axe vertical central muni de palettes horizontales. L'eau qui coule continuellement, et que ces palettes agitent sans cesse, entraine, en débordant, les impuretés qui viennent surnager. Le café est évacué ensuite par une petite porte placée en bas de la euve.

Il est égoutté sur des plaques perforées, en fer galvanisé ou en cuivre ; puis il est desséché.

Le séchage peut être effectué simplement au soleil, sur des aires en terre battue ou cimentées, sur lesquelles le café est étalé en couche mince et remué de temps en temps. Mais, lorsque le climat de la contrée ou la saison ne le permet pas, on commence seulement cette dessiccation

par l'exposition au soleil — si encore c’est possible — et Îl -

RUTURUTRUUN CDR

LL CDTI Fig. 18.-— Séchoir Guardiola (Gordon), vu d’une extrémité, |

on l’achève dans des séchoirs comme celui du système Guardiola (fig. 17 à 20). Le cylindre tournant dans lequel est amené le grain en parche est divisé en quatre compartiments, dans chacun desquels aboutissent des tubes perforés qui rayonnent d’un tuyau central. L'air à 65° qui arrive dans ce tuyau, et qui, par les perforations des tubes, va passer sur le café, a traversé au préalable une série de tubes contournés, qui sont chauffés soit directement par la flamme (fig. 17), soit par la vapeur d’eau (fig. 20). Pendant

la rotation du cylindre, tout le café est continuellement remué, en même temps que les saillies que portent les cloisons divisent sa masse et en activent donc le séchage. Les cylindres ont toujours 2 mètres de diamètre, mais sont de longueur variable; ceux de 5 mètres dessèchent en vingt-quatre heures 5000 kilos de grain, et ceux de 1 mètre 1000 kilos.

* Le café en parche sec peut être expédié en Europe, et

Fig. 49. — Fourneau du séchoir Guardiola à chauffage direct. L'air qui est amené du dehors dans les tubes verticaux est chauffé directement par la flamme du foyer latéral.

c'est donc soit dans les pays d'importation soit dans ceux de production que sont faites les opérations suivantes, dont la première est la décortication.

Cette décortication est l'enlèvement de la parche. Le décortiqueur « Afrika » de la maison Gordon (fig, 21) se compose d'un cylindre-enveloppe horizontal immobile, perforé dans sa moitié inférieure, et à l'intérieur duquel est un autre gros cylindre à surface cannelée, mobile. Le café déversé par une trémie passe entre ces deux cylindres et sort à l'extrémité opposée, par une porte dont un levier règle l'ouverture sous une certaine pression. La compression et le frottement que subissent ainsi les grains à l’intérieur

de ce décortiqueur ont pour résultat de briser les parches friables ; les débris de ces parches traversent les trous du cylindre-enveloppe et le café qui se déverse à l'extrémité par la porte de sortie est donc décortiqué.

Ce café décortiqué correspond à une graine complète, c'est-à-dire munie de son tégument; et c'est l'enlèvemen

Fig. 20. — Séchoir Guardiola, avec chauffage à vapeur,

de la pellicule argentée qu'est ce tégument qui constitue le polissage.

La maison Gordon construit encore des polisseurs tels que le « San José », très employé au Costa-Rica. A l'intérieur d’un cylindre-enveloppe horizontal, et perforé dans sa moitié inférieure, est, non plus un large cylindre batteur, mais un axe muni de battants (fig. 22). Les grains de café, dont la sortie est réglée encore par un levier, sous une certaine pression, sont projetés les uns contre les au-

e CAFÉIER D ARABIE. 71

tres ou contre la paroi ; et tous ces frottements désagrègent la pellicule, dont les fragments sortent par les trous du cylindre-enveloppe. A l'extrémité, le café qui a franchi la porte tombe dans le tube d'aspiration d'un ventilateur, qui communique en même temps avec l’espace compris entre

ESSEISSSSSSS

EE

Fig. 21. — Décortiqueur à café « Africa ».

la moitié perforée du cylindre-enveloppe et une nouvelle enveloppe (H). Tous les débris de tégument sont donc entrainés, et le café poli sort en définitive complètement nettoyé.

On remarquera que décortication et polissage sont, en somme, deux opérations sensiblement analogues ; on peut donc construire et on construit des appareils qui sont des

décortiqueurs-polisseurs, tels que celui représenté fig. 23. La partie travaillante est un axe avec de fortes cannelures en tire-bouchon, auxquelles correspondent des cannelures analogues dans la paroi du cylindre. | Dans la MÉTHODE PAR VOIE SÈCHE, il n’est plus question natu-

Fig. 22. — Polisseur à café « San José » (Gordon). Sur le sol sont trois des battants que porte l'axe intérieur.

rellement de dépulpage, car, puisque les cerises traitées sont sèches, il n'y a plus de différence de consistance entre Ja pulpe durcie et la parche, et ces deux parties ne forment plus qu'une seule enveloppe, dont on se débarrasse en une seule fois, en la brisant. Et on voit que par là même sont supprimées également les opérations qui sont la conséquence du dépulpage, la fermentation, le lavage, l'égout-

age et la dessiccation. La première opération devient la décortication.

Ce concassage de fruits secs est évidemment une opération plus simple que le dépulpage, et on conçoit que les planteurs y aient recours lorsqu'ils ne disposent pas du matériel que nécessite la méthode par voie humide. M. Gardies nous dit que, au Tonkin, c'est par ce procédé que, au fur et à mesure des besoins, il prépare son café,

il |

après avoir fait sécher les cerises au soleil. En Arabie et en Abyssinie, c'est du reste cette facon d'opérer qui est généralement usitée.

Lorsqu'on emploie des décortiqueurs, ils doivent être naturellement plus forts que ceux dont on se sert dans la méthode par voie humide, puisque l'enveloppe à briser est plus épaisse. La maison Gordon construit le décortiqueur « Alpha », qui se compose d'un cône rotatif garni d’aspérités, tournant à l'intérieur d’une cage métallique également conique. À l'extrémité de sortie est encore une porte à levier,

JUMELLE, Cultures coloniales. ES

et l'appareil est accompagné d'un ventilateur disposé comme dans les appareils précédents. Après cette décortication, le café est poli avec les polisseurs qui sont utilisés dans l’autre méthode, et qui dans celle-ci surtout sont absolument nécessaires.

Quel que soit le procédé par lequel il a été obtenu, le café poli est classé et trié. Le classage mécanique des grains suivant leur grosseur et leur forme est fait avec des appareils analogues à ceux qu’on construit pour les autres grains. Pour le triage des grains avariés on peut se servir d’une machine Gordon qui est une toile sans fin mue par une pédale. Le café amené d'une trémie par un cylindre de distribution passe en nappe sur cette toile. L'ouvrier placé devant enlève rapidement, au fur et à mesure qu'ils passent devant ses yeux, les grains altérés qu'il aperçoit, et il les jette dans des ouvertures latérales.

Une autre machine à signaler, car elle intéresse un certain nombre de contrées, c’est le « séparateur de caracoli », ou « pea-berry separator ». |

On sait que sous ce nom de caracoli, ou café roulé, ou pea-berry, on désigne des grains de café qui peuvent être de diverses provenances, mais qui sont ronds ou arrondis, et dont, en tout cas, la face normalement plane est plus ou moins convexe. Cette forme est due à ce que les grains qui la présentent se sont développés isolément dans le fruit, au lieu d’être par deux ; et, comme cet avortement d’un des deux grains est fréquent dans les caféiers d'Abyssinie et d'Arabie, toutgrain rond, quelle que soit son origine, rappelle donc par l'aspect le Moka. D'où le nom de faux-Moka donné encore aux caracoli. Si l’on admet d’ailleurs que cet avortement n'est pas le fait du hasard, mais a pour cause une circonstance quelconque qui, telle que l’âge de l'arbre ou un fort ensoleillement des fruits, peut influer sur la composition, et, par suite, sur la qualité des graines, il est permis de soutenir que ces caracoli sont supérieurs au reste

de la même récolte et ne ressemblent pas seulement par l'aspect, mais par un arome réellement supérieur au vrai Moka. En tout cas, certains pays trient ces caracoli, qui sont vendus plus cher. Le trieur Gordon (fig. 24) est formé d’une toile sans fin inclinée, qui tourne de bas en haut,

Fig. 24. — Trieur de caracoli (Gordon).

et sur laquelle tombent les grains venant d'une trémie. Les grains ordinaires, dont l’une des faces est plane, sont entrainés vers le haut par le mouvement de la toile, tandis que les caracoli, en raison de leur forme ronde, roulent et viennent tomber dans une corbeille placée au-dessous du bord inférieur.

Cofféa liberica Hiern.

Décrit par M. Hiern en 1877, le caféier de Libéria a été jusqu'en 1908 considéré comme réellement originaire de Libéria, où il est cultivé de longue date; mais M. Chevalier

semble avoir établi que le véritable pays d'origine serait l'Angola.

L'espèce est à tous points de vue nettement distincte du Coffea arabica.

Au point de vue botanique, c’est un arbre plus fort et plus haut que ce caféier d'Arabie ; les feuilles et les fleurs sont plus grandes, et les fruits, ovoiïdes, sont environ deux fois plus gros. Les graines, en conséquence, ont aussi des dimensions environ doubles.

Au point de vue du climat, le caféier de Libéria se plaît à des températures plus élevées et à des altitudes plus basses que son congénère. [Il supporte aussi mieux le soleil et a un besoin moindre d'ombrage, qui cependant en bien des cas n'est pas, non plus, sans avantages, surtout celui du sol.

Bien que sa longévité soit plus grande que celle de l’autre espèce, il est néanmoins, d'autre part, plutôt plus hâtif, car il fleurit et commence à fructifier vers la fin de la seconde année. Son rendement, dans la suite, est aussi plus fort; au moment du plein rapport, on peut admettre une moyenne annuelle de 1 kilog. à 1Kk8,500.

Les fruits, qui sont très adhérents à l'arbre, sont à pulpe épaisse et ferme; et cette consistance nécessite des dépulpeurs spéciaux. Ou, du moins, on met sur le cylindre ou sur le disque des dépulpeurs construits pour le café d'Arabie et que nous connaissons une plaque de cuivre poinçonnée plus épaisse, et on règle les intervalles différemment, puisque les fruits sont plus volumineux.

En raison de l'épaisseur et de la consistance de la pulpe, la dessiccation est très lente, et a préparation par voie sèche est peu pratique. À Libéria les cerises sont grossièrement dépulpées dans des mortiers, puis séchées au soleil, sur le sol; seuls quelques Pianieurs leur font subir une certaine aie

Le caféier de Libéria, qui est de plus grandes dimen-

Page 1