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Fig. 5. — Musa paradisiaca.
de composition entre les fruits de toutes ces variétés, el ainsi peuvent parfois s'expliquer, dans une certaine mesure, bien des divergences d'opinion.
De l'avis à peu près unanime, toutes celles de ces variétés qui conviennent particulièrement pour la préparation de la farine appartiennent toujours, en tout cas, à l'espèce Musa paradisiaca.
La grande différence que présente, au point de vue de l'utilisation alimentaire, ce Musa paradisiaca avecle Musa sapientum qui n’est, pour certains auteurs, qu'une sousespèce du Musa paradisiaca) (A), est bien connue. Les fruits du Musa sapientum — ainsi que ceux du Musa sinensis — sont relativement petits, et à chair tendre et très sucrée à maturité; il sont done surtout consommés crus, comme fruits de dessert, quand ils sont mûrs. Les fruits du Musa paradisiaca, au contraire, sont gros, presque toujours aplatis etanguleux, à chair souvent un peu ferme : il sont de préférence consommés cuits, comme Jéqumes, avant maturité, lorsqu'ils sont encore féculents ; ce sont les bananes-cochon des colonies françaises.
Puisque toutefois dans les deux espèces les fruits non murs contiennent de l’amidon, qui ne se transformera qu'ultérieurement en sucre, on conçoit qu'il soit possible, en principe, de les utiliser pour la préparation de la farine, dès l'instant qu'ils sont cueillis avant maturité. Un chimiste allemand, M. Leuscher, qui séjourna quelque temps à la Jamaïque, soutient précisément que le Musa sapientum, ou bananier-fique, doit être préféré au Musa paradisiaca, ou bananier-plantain, par l'industrie farinière. A l'appui de sa manière de voir, le chimiste fait remarquer que la composition de la farine est sensiblement la même — ce qui n’est peut-être pas vrai pour toutes les variétés — dans les fruits des deux espèces, et que, d'autre part, si les fruits du bananier-figue sont, il est vrai, plus petits que ceux du bananier-plantain, ils sont, par contre, plus nombreux par
(4) D'après K. Schumann,le Musa paradisiaca est le Musa paradisiaca subsp. normalis, at le Musa sapientum est le Musa paradi siaca subsp. sapientum.
régime. Et, en définitive, d’après lui, le rendement d’un bananier-figue est plus élevé que celui d’un plantain, le nombre des pieds dans une plantation étant exactement le même pour les deux Musa.
En dépit de ces calculs, nous avons dit que la plupart des planteurs continuent à considérer le Musa paradisiaca,ou plantain, comme le vrai bananier à farine. Et c’est done parmi les nombreuses variétés de cette espèce qu'il y a lieu de rechercher celles qui, pour chaque région, conviendraient le mieux pour la préparation de la farine, au double point de vue de la quantité et de la qualité.
En plus de la grosseur et de la forme plus où moins anguleuse de ses fruits, le Musa paradisiaca est encore assez facilement distingué du Musa sapientum par l'aspect général du régime. Dans le premier, les fruits. portés sur les pédoncules longs, minces et souples, ont lenrs pointes tournées vers le bas de la grappe; dans le second, les fruits, à pédoncules plus courts, épais et rigides, restent dressés.
Le Musa paradisiaca n'est pas exclusivement tropical, puisqu'il fructifie encore sur le littoral algérien, à une température moyenne de 18 degrés; sa vraie zone de culture ne dépasse cependant guère, au Nord et au Sud, le 30° degré de latitude.
Le sol où on cultive l'espèce doit être profond, riche en humus et bien drainé. Le meilleur est celui qui est argilo sableux. Les terrains légers et trop sablonneux ne conviennent point. L'endroit choisi doit être garanti contre la violence des vents.
Une certaine humidité du sol est aussi une condition nécessaire; et c'est d’ailleurs parce que les bananiers aiment cette humidité qu'ils poussent, en général, si facilement dansles cacaoyères, où on les plante comme arbres de premier ombrage. Autant que possible, les bananeraies sont établies à proximité des cours d’eau ; et, en pays secs où en saison sèche, on doit très fréquemment irriguer.
Les plantations sont faites un peu avant la saison pluvieuse..
À la Jamaïque, après que le sol a été remué à une certaine profondeur, le terrain est divisé en planches de largeur variable, séparées par des tranchées de drainage. À chacun des endroits où les pousses devront être enterrées, on creuse des trous de 45 centimètres environ de largeur et de profondeur. Les intervalles entre ces trous sont, en moyenne, de 4 à b mètres en tous sens.
La plante ne peut être propagée par le semis, puisque ses fruits sont dépourvus de graines; elle ne peut l'être que par les rejets qu'émet la base de son tronc. Les usa sont, en effet, comme les #etroxylon, à tige monocarpique, mais la souche est polycarpique et vivace. Pendant que la première tige se développe, de nouvelles pousses naissent de la partie souterraine, fleurissent et fructifient un peu plus tard à leur tour, puis meurent ; mais elles sont ellesmêmes remplacées par d’autres, et ainsi de suite.
C'est donc non seulement par ces rejets que la plante se conserve, mais c’est en détachant avec soin les plus beaux, pour les replanter ailleurs, qu'on la multiplie.
En général, on choisit ceux de ces rejets qui ont de 1 à 2 mètres. On les enterre à 20 centimètres environ de profondeur.
La plantation une fois établie, l'entretien consiste à désherber quand il est nécessaire, labourer superficiellement de temps en temps, répandre des engrais aux moments voulus quand le terrain l'exige, butter les pieds -dès que des bourgeonnements apparaissent sur la souche, au-dessus du niveau du sol, et enfin enlever les feuilles mortes.
Il y a lieu aussi de supprimer un certain nombre de rejets ; on n’en conserve ordinairement que trois ou quatre au plus. |
A la Jamaïque, où on plante de janvier à mars, on ne
laisse tout d'abord qu'une des trois ou quatre pousses apparues dans les quatre premiers mois; en juin seulement on en ménage une ou deux autres bien choisies, puis une troisième ou quatrième en octobre, et une autre
Fig. 6. — Étuve à séchage par le vide (Scott, de Londres).
encore vers le mois d'avril suivant. On échelonne ainsi régulièrement les récoltes.
Le nombre des rejets conservés dépend d’ailleurs naturellement de la vigueur de la plante, de la fertilité du sol, etc.
De même, c’est de la variété du climat, du terrain que dépend l'époque de la fructification. Certaines variétés donneraient des fruits au bout de cinq ou six mois. Cepen-
JUMELLE. — Cultures coloniales, I, —3
dant il faut au moins compter, en général, neuf ou dix mois. Au Costa-Rica, par exemple, ce serait neuf mois. A la Jamaïque, les premières tiges fructifieraient en mars de l’année qui suit celle de la plantation, c'est-à-dire au bout d'un an environ; le rejet de juin fructifie en mai. Au Surinam, les premiers rejets ne müriraient que 13 à 16 mois après la plantation, ceux des rejets 3 à 5 mois plus tard. N'oublions pas d’ailleurs que, pour le Musa paradisiaca, la récolte est faite bien avant la maturité, quand le fruit est encore tres vert.
Pour détacher les régimes, on sectionne les troncs mêmes à deux mètres à peu près au-dessus du sol. Les extrémités coupées, débarrassées des régimes, sont laissées sur le champ ; enfouies par un labour, c'est un excellent engrais. Quant à la portion du tronc restée debout, et qui pourrit peu à peu, on la supprime en séparant dans le sol toute cette tige morte du reste de la souche encore vivant. En Amérique centrale, cette opération est faite avec une sorte de bêche à lame concave, qu'on nomme baraton (macana en mexicain).
La durée d'une bananeraie varie suivant le terrain. D’après M. Paskiewicz, au Parana, il est des sols dans lesquels les bananiers, donnant des rejets très faibles, sont usés et doivent être arrachés au bout de la sixième ou septième année, tandis que, dans d’autres sols, plus riches et plus fertiles, les plants sont encore vigoureux et de bon rapport à 12 ans. A la Jamaïque, on aurait, par contre, tendance à réduire la durée de production des rejetons en replantants tous les deux ou trois ans. Cette pratique n’est pas suivie au Costa-Rica, où le rendementm aximum s’observe vers la quatrième année.
Les bananiers sont épuisants. La fumure est done, bien souvent, nécessaire, si l’on veut obtenir de bons rendements. Il faut surtout aux usa de l'azote, de l'acide phosphorique et dela potasse ; et les exigences toutes particulières
| de la plante en potasse ont été remarquées depuis long- | temps. On ajoutera, par conséquent, à l'engrais organique | (débris de feuilles, fumier, guano où tourteaux) un engrais minéral apportant de l'acide phosphorique et de la potasse. | Pour des terres dans lesquelles ce dernier élément fait | défaut ,M. Couturier conseille un engrais dosant 20 p. 100 de | potasse et 10 p. 100 d'acide phosphorique ; et on pourra le préparer en mélangeant, pour un hectare planté de 4500 pieds, 600 kilogramimes de Superphosphate à 18 p.100 d'acide phosphorique et 400 kilogrammes de sulfate de | potasse à 50 p. 100 de potasse. Avec du phosphate précipité, à 36 p. 100 d'acide phosphorique, il ne faudrait que 300 kilogrammes. Ce mélange sera employé annuellement, et en deux ou plusieurs fois. Chaque pied recevra donc au total 450 ou 600 grammes environ, suivant qu'on donnera la préférence au phosphate précipité ou au superphosphate ordinaire. L'engrais sera placé dans un sillon creusé autour de Ja tige, et de facon qu'il ne soit pas en contact direct avec celle-ci.
D'après les essais qu'il a faits en Guinée francaise, M. Teissonnier recommande, d'autre part, un mélange contenant 5.47 p. 100 d'azote, 11,02 de potasse, 10,20 d'acide phosphorique, 8,17 de chaux. Chaque touffe doit recevoir par an 6 kilogrammes de ce mélange, ces 6 kilogrammes étant exclusivement répandus pendant la saison sèche, à raison de 1 kilogramme par mois entrois ou quatre applications. C'est pour éviter la perte des éléments fertilisants, à la Suite des arrosages fréquents, qu'on fractionnera ainsi la lumure minérale. En outre, deux fois par an, on apportera du fumier au pied des touffes.
Suivant l'écartement des pieds, leur nombre dans un hec- {are de bananeraie varie de 400 à 4800. Ce dernier chiffre, du moins, est indiqué par M. Marcano pour le Venezuela, et il serait tout à fait exceptionnel. Inversement, le nombre de 400, cité par M. Guérin pour le Guatémala, est bien
faible. Dans le Centre-Amérique, la moyenne la plus ordinaire serait, croyons-nous, de 800 à 1000. É Au Costa-Rica, sur 800 plants, on évalue que la première . récolte est de 200 bons régimes; la troisième année, elle ÿ est de 500; et elle s'élève, la quatrième année, si les condi- ‘ tions sont particulièrement favorables, à 1500. En moyenne cependant il faut compter annuellement sur 800 à 900. À la Jamaïque, on cite à peu près le même rendement de 700 régimes de 15 kilogrammes. | Au Surinam, on admet, pour la première année, 280 ré- à gimes par acre, soit 700 par hécraret IL semble bien, d’ailleurs, que tous ces derniers nombres puissent être considérés comme des minima, car en beau- Û coup d’autres pays, on en indique de plus forts. En tout cas, avec ces premières données, on peut main-« tenant calculer la farine. | Voici, en effet, notamment, les résultats d'épeteno faites à la Jamaïque, en 1899, par M. Wilson, sur 87 régimes:
52 régimes, d un poids moyen de 29x,500 ont donné 8x, 4170 de farine. 30 — — A6x, — 1x,360 OR = 11x,500 — A6. —
Au total, on a done préparé, avec 2071 kilogrammes des régimes, 206 kil. 500 de farine, soit, en chiffres ronds, 10 p. 100.
D'autres auteurs donnent, il est vrai, pour la Jamaiques également, des nombres un peu plus élevés : de 10 000 ki-# logrammes de fruits frais on pourrait extraire 1 200 à
1 500 kilogrammes de farine, soit 12 à 15 p. 100.
Le directeur du Jardin botanique de Saharanpur aurait« même obtenu, pour 250 kilogrammes de fruits, 50 kilo* grammes de farine. ,
Toutes ces différences peuvent tenir évidemment, nor seulement à la variété, mais aussi au degré de dessicca= tion du produit. Une bonne farine de banane, nous le savons, doit contenir au plus 15 p. 100 d'eau. Nous”
croyons que les nombres indiqués pour la Jamaïque sont | ceux qui doivent de préférence être retenus : il faudrait l donc admettre, comme rendement ordinaire d’un fruit | frais en farine, 10 à 15 p. 100.
| Cette évaluation concorde sensiblement avec des chiffres | donnés autrefois par M. Boname, surtout si l’on tient
LE BANANIER A FÉÇGULE 41