‹ Les cultures colonialesChapitre 54 sur 64 · MUSCADIER · texte numérisé non relu

MUSCADIER

coup pratiqué. En tout cas, l'objection aux méthodes proposées est qu'on ignore le sexe des jeunes porte-greffes.

Le muscadier commence à fleurir vers l'âge de 7 ou 8 ans. À partir de ce moment, la fructification augmente graduellement jusque vers la vingtième et vingt-cinquième année, puis se maintient pendant très longtemps. Il est dés arbres de cent ans qui donnent encore des fruits. Un Jardin de muscadiers est donc de très longue durée.

La maturation nécessite 8 mois environ; et l'arbre est presque continuellement en fleurs. Il est cependant, comme toujours, des périodes de plus forte récolte : à Déli, la végétation étant ralentie et la maturité retardée pendant la sécheresse, c’est surtout en juin et juillet qu'il y a beaucoup.de fruits mürs. Quand les circonstances sont favorables, on peut espérer un rendement total annuel de 1 500 à 3000 fruits par arbre; on cite cependant parfois des rendements exceptionnels beaucoup plus élevés (jusqu'à 20 000 fruits par pied). M. Tabel, à Déli, admet une moyenne annuelle de 2000 fruits, avec un poids moyen de 134 noix au kilo, soit environ 15 kilos de noix et 2 kilos de macis.

Il est recommandé de cueillir les fruits, plutôt que d'attendre leur chute, car, en ce dernier cas, la noix est encore bonne, mais, la capsule étant ouverte, l'arillode est altéré. La cueillette doit être faite au moment précis de la maturité, qui est indiqué par la déhiscence de l'enveloppe charnue. Parfois les fruits tombent avant maturité; les noix sont alors naturellement inférieures et ne peuvent être utilisées que pour la distillation de l'essence.

Lorsque la graine a été dégagée du fruit, le macis est détaché à la main, puis aplati, et desséché successivement à l'ombre et au soleil; de rouge qu'il était, il devient jaunâtre.

Les graines, réduites maintenant à leur tégument dur, sont de même exposées au soleil, ou encore placées au-

dessus d’un feu très doux. Quand elles sont bien sèches et qu’elles sonnent dans la coque, celle-ci est brisée. Elle l’est généralement avec un maillet. Cependant on construit aussi quelques machines spéciales, dans lesquelles le travailest ordinairement effectué par l’action de la force centrifuge. On emploie, par exemple, à la Grenade, une ma chine Rudder, qui se compose d’une boîte haute et étroite dans laqueile tourne une roue en bois dont la jante à Ian largeur de cette boïîte et est formée d’une série d'alvéoless larges et profondes. Les noix, introduites par un conduit étroit, tombent dans les alvéoles et, pendant la rotation de la roue, sont projetées contre les parois. On ouvrirait ainsi 136 litres de noix en 2 minutes. Les avis sur le travaih de cette machine sont, d’ailleurs, très divers. Certains planteurs sont satisfaits; d’autres disent que les amandes obtenues prennent une teinte foncée qui les déprécie, um: peu d'huile se répandant sous leur pellicule.

Les muscades sont très facilement piquées par les insectes : aussi a-t-on soin de les chauler avant de les livrer au commerce. Tantôt, comme à la Jamaïque, on les roule simplement dans de la chaux pulvérisée ; tantôt, comme & Java, on les plonge dans un lait de chaux et on fait séchei pendant 2 ou 3 semaines. L’emballage doit être fait S caisses bien closes. ;

On trie les muscades en grosses, moyennes, et petites” ou seulement en grosses (130 par kilo) et petites (100 par kilo).

Autres Muscadiers. — Deux autres muscadiers des Moluques donnent des noix qui ressemblent beaucoup aux muscades ordinaires et sont également aromatiques. L’um estle Myristica speciosa Warb., qui est le pala utan (ou muscadier de forét). L'autre est le Myristica succedanedk Blume, qui est le pala maba de Ternate. On appelle noël longues où noir de Macassar, où encore muscades mâles: des muscades de Nouvelle-Guinée, de qualité inférieure

qui sont récoltées sur le Myristica argentea Warb., ou pala papua. Quelquefois enfin, quoique de plus en plus rarement, on recoit en Europe, mais plutôt à titre de curiosité, les graines du Myristica fatua Houtt., qui est le pala fuker (ou muscadier de montagne) de Banda, le pala lakki kakki (ou muscadier mâle), le pala utan(ou muscadier de forét), le pala sitan (ou muscadier du diable). Ces noix de Myristica fatua sont plutôt utilisées comme médicament que comme condiment.

A Madagascar, les muscadiers sanvages du versant oriental sont bien des Myristicacées, mais appartiennent au genre Brochoneura. Ce sont les rara des indigènes, qui utilisent comme pommade leurs subtances grasses goncrèles.

Cinnamomum zeylanicum Nees.

Plusieurs Cinnamomun fournissent la cannelle du commerce, mais la meilleure sorte est donnée par le Cinnamomum seylanicum, où cannelier de Ceylan. Quand la cannelle de Chine, qui provient du Cinnamomum obtusifolium Nees var. Cassia, vaut 9 à 11 francs le kilo, la cannelle de Ceylan estcotée, suivant marque, 60 à SU francs.

Le Cinnamomum zeylanicum, petit arbre à feuilles plurinerves toujours vertes, à écorce brun pâle, croit surtout à Ceylan dans les sables blancs de la côte Sud-Ouest, dans les districts de Negombo et de Colombo, et un peu aussi dans ceux de Kalutara, de Galle et de Matara. 17 000 hectares environ sont consacrés là à sa culture. Il y a aussi quelques plantations plus à l'intérieur, à Kégalla. La température moyenne de ces régions est de 25°, et la chute d’eau annuelle (à Colombo) d'un peu plus de 2 mètres. |

La récolte a lieu principalement en mai et en octobre, qui, dans la région de Colombo, sont les deux mois de

l'année où il pleut le plus (33 centimètres environ en chacun de ces mois, ainsi qu'en novembre). La sève, à ces deux époques, étant plus abondante, la décortication est plus facile.

Les récolteurs, qui forment une caste dite des Chaliyas, coupent les tiges au voisinage du sol avec une hachette spéciale a (fig. 14) à dos arqué, bien tranchante; puis ils enlèvent les feuilles, et,avec un petit couteau, ils fontdesineisions circulaires aux bases des entre-nœuds.

Se servant maintenant d'un petit bâton court el épais, un peu élargi à l’une de ses extrémités (b) et suffisamment lourd, ils tapotent l'écorce pour la détacher du bois. Ils n’ont done plus ensuite qu’à faire sur chaque entrenœuduneincisionlongi-

tudinaleaboutissant aux Fig. 14. — Outillage du récolteur deux InCisions annude cannelle, à Ceylan. (Tschirch).

laires ; et, en glissant sous la couche corticale une sorte de couteau-serpelte (e) arrondi au sommet, ils séparent complètement cette écorce. Le couteau doit être en cuivre, car, au contact du fer, l'écorce, qui est riche en tanin, noireirait, | Toutes les écorces détachées sont mises à sécher pendant 24 heures, Au bout de ce temps, on gratte le liège superficiel avec un couteau en croissant (d). Pour cette opération, chaque anneau d’écorce est appliqué, par sa face

interne et concave, sur un cylindre en bois, de diamètre plus large que hle sien, de telle facon qu'il ne recouvre à peu | près, lorsque ce cylindre | est tenu horizontalement, que la moitié supérieure; et c'est sur | l'écorce ainsi étalée que | Le travailleur, en appliquant l’une des extré- | mités ducylindre contre son corps et l'autre | contre un support quel- | conque, passe Son Cou- | {eau en croissant.

Les écorces sont de nouveau desséchées à | l'ombre. Après que, au cours de cette dessiccation, elles se sont enroulées, on les emboite les unes dans les autres (fig.

15) en les assortissant.

C'est ainsi qu'elles sont | livrées au commerce, qui les recoit en caisses, par paquets de 500 grammes.

La belle cannelle de Ceylan, qui se présente

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