GIROFLIER
l'arbre avec une corbeille, et, de branche en branche, détache les boutons. On remplace les corbeilles au fur et à mesure qu'elles sont pleines. Parfois on se sert d’une sorte d'échelle à trois côtés, faite de bambous ou de bois léger. La récolte commencée le matin finit vers 4 heures. Après que les fleurs ont été séparées de leurs pédicelles on les fait sécher pendant 3 jours environ au soleil. Jamais, à Zanzibar, cette dessiccation n'a lieu audessus d'un feu doux, comme cela est pratiqué souvent, parait-il, aux Moluques. Après dessiceation, les boutons ont perdu environ 60 p. 100 de leur poids.
A partir de la dixième année, un giroflier bien entretenu peut rapporter de 5 à 10 kilos de clous. À Zanzibar cependant MM. Engler et Volkens donnent seulement comme moyenne 4 kilos, tout en reconnaissant que très exceptionnellement on peut obtenir beaucoup plus, et jusqu'à 30 kilos. Après une bonne récolte, il y a toujours, d'ailleurs, l'année suivante, une récolte bien plus faible.
Pimenta officinalis Lindi.
De la même famille des Myrtacées que le giroflier, le Pimenta officinalis donne ce qu'on appelle dans le commerce les toules-épices, où quatre-épices, où le grand piment, ou piment couronné, où piment giroflé ou encore le piment de la Jamaïque, poivredela Jama ique, poivre giroflé, ete. C'est un arbre du Centre-Amérique et des Antilles, propagé aujourd'hui dans beaucoup de pays chauds, mais exploité et cultivé surtout à la Jamaïque.
D'une dizaine de mètres de hauteur, il est à tronc très droit, lisse, gris verdàtre, avec une écorce odorante. Ses feuilles, fortement aromatiques, rappellent celles de notre laurier.
Les fruits sont de petites baies rondes, àsurfacerugueuse, de la grosseur d'un pois. Cueillies avant maturité et dessé-
chées comme le poivre noir, ces baies sont le produit qui
porte dans le commerce les divers noms que nous venons
de citer. Elles sont alors brun rougeâtre et ont une saveur aromatique, chaude et piquante, qui est à la fois celle dela cannelle, de la girofle, du poivre et dela muscade ; d'où le nom de éoules-épices ou quatre-épices. Par distillation, elles fournissent une essence qui contient de l’eugénol, un sesquiterpéne ere:
A la Jamaïque, l'arbre est tres commun dans toutes les savanes de
spontanément en grande abondance, grâce aux graines quetransportent les oiseaux. Lorsqu'on le cultive, on le plante souvent en rangées régulières, qui forment les pimento-walks,ou promenades de piments.
Il croit même dans les sols pauvres, pourvu que ces sols soient bien drainés, mais s’accommode mal des terres argileuses ou sablonneuses, ainsi que des terrains marneux. Il aime un elimat chaud et sec et supporte le vent.
Bien que les fleurs soient hermaphrodites, il y a, d’après M. Landes, des pieds qui ne fructifient jamais et que l'on nomme des arbres mâles. « Leur rôle, dit M. Landes, n’est point parfaitement connu ; on pense cependant, à la Jamaïque, qu'ils contribuent à augmenter la récolte, »
Fig. 21. — Rameau, fruit et graine de Pimenta officinalis.
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Remarquons que le même fait est parfois constaté pour diverses autres espèces d'arbres normalement hermaphrodites. On trouve, par exemple, parfois dans les cacaoyères des « cacaoyers mâles ». Nous avons dit aussi que le poivrier noir pouvait devenir unisexué dioique.
Les fruits de piment cueillis sont desséchés sur des aires; la dessiccation est complète au bout de 6 à 10 jours. On porte alors la récolte au magasin, et, avant l'expédition, au moment de la mise en sacs, on la passe au ventilateur.
L'arbre commence à rapporter vers la septième année. Chaque pied peut donner 10 à 15 kilos de fruits desséchés, correspondant à un poids frais environ 5 fois plus élevé.
A la Jamaïque, c'est un préjugé courant que la germination ne peut être que spontanée et nécessite le concours des oiseaux, qui doivent avoir, au préalable, mangé les fruits. On se contente donc de défricher le terrain au voisinage des arbres adultes, puis de repiquer les plants qui proviennent des graines rejetéestpar les oiseaux. La vérité est que les fruits intacts germent difficilement et qu'il faut, si l'on veut réussir les semis, enlever Ia pulpe et semer exclusivement les graines.
Pimenta acris. — Cette autre espèce, voisine de la précédente, est le piment äcre. Ses feuilles, ainsi que celles du Pimenta officinalis, peuvent être employées dans les sauces, comme celles de notre laurier et de l’Agatophyllum aromaticum, ou ravensara de Madagascar. À la Jamaïque, elles servent, avec celles de l'autre espèce, à la préparation du bay rum, où rhum de laurier, usité pour la toilette. L’essence qu’elles contiennent est retirée par distillation et ajoutée au rhum.
Capsicum.
La culture sous des climats divers a donné naissance à de si nombreuses variétés de piments qu'il est impossible
de dire aujourd'hui avec certitude de quelles espèces réelles sontdérivées toutes ces variétés. C'est doncavec une extrême réserve que nous admettrons ici que les piments les plus couramment consommés doivent être rattachés aux types suivants :
Le Capsicum minimum Roxb. (Caps. fastigiatum B1.), ou piment-oiseau, où bec d'oiseau, à fruit plus ou moins conique, peu pointu, petit (1 à 2 centimètres de longueur);
Le Capsicum frutescens, à fruit un peu plus gros (2 à 3 centimètres), de saveur un peu moins brûlante;
Le Capsicum baccatum Lin., à fruit sphérique, très piquant ;
Le Capsicum annuum Lin., dont certaines variétés, ou poivrons (les unes à fruits gros et doux, et les autres à fruits plus petits et plus ou moins piquants), sont cultivées dans le midi de l’Europe, où elles sont annuelles.
Les fruits de ces Capsicum, surtout ceux du Capsicum annuum (fig. 22), varientgnon seulement de grosseur et de forme, mais encore de couleur; ils sont rouge vif, rouge pâle, rouge violacé ou jaunes. Les fruits du Capsicum minimum, en général, sont rouge vif, ainsi que ceux du Piment du Chili (qui est une variété du Capsicum annuum qu'il ne faut pas confondreavec les chillies dont nous allons parler); mais sont jaunes les fruits du Piment jaune long, qui est encore un Capsicum annuum, et violet rouge ceux du Piment violet de la même espèce.
Les Capsicum sont surtout cultivés en vue du commerce d'exportation dans l'Inde, au Népaul, au Natal, au Nyassaland, à Zanzibar, dans l'Ouganda, en Nigérie, au Sierra-Léone et au Japon.
En Europe, les fruits exportés sont classés en trois grandes catégories : les « capsicums », les « chillies », et les « poivres rouges ». Les « capsicums », qui sont des piments à grands fruits, proviennent probablement, la plupart du temps, du Capsicum annuum. Ils sont exportés
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surtout du Natal (Pod Pepper) et du Népaul (Red Nepal et Felloiw Nepal). Les « chillies », ou petits piments, sont envoyés principalement de Zanzibar, du Sierra-Leone, de la Nigérie, de l'Ouganda, du Nyassa et du Japon, Ils
Fig. 22. — Fruits de Capsicum annuum.
seraient, en général, donnés par le Capsicum minimum etleCapsicum frutescens,ou pimentsenragés. Le «poivre rouge » est un petit piment à fruits ronds, vraisemblablement produit par le Capsicum baccaltum.
Le poivre de Cayenne, qui est la poudre obtenue en broyant ces fruits de Capsicum desséchés, provient done, suivant la région, d'espèces diverses. Le poivre de
JUMELLE., — Cultures coloniales, IV. — 5
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Cayenne du Natal est donné, par exemple, par le Capsicum annuum: le poivre de Cayenne du Japon et celui de Zanzibar seraient donnés plutôt par le -Capsicum minimum.
Tout en préférant les terres riches et bien meubles, fortement sablonneuses, les Capsicum peuventêtre cultivés dans beaucoup de sols. Au Nyassaland — où l’on tend de plus en plus à remplacer les « chillies » par les « CAPSIiCUMS », parce que, pour ces derniers, les frais de récolte sont moindres — tous ces piments réussissent dans des terres rocheuses de collines qui ne conviennent ni pour le cotonnier ni pour le tabac. En terres insuffisamment riches, M. Mollison (cité par M. Labroy) recommande une fumure préalable de 37 000 kilos de fumier par hectare.
Les semis sont faits avant la fin des grandes pluies (en avril à Ceylan), en pépinières, où l’on enterre les graines à 2 centimètres environ de profondeur. La germination à lieu en une quinzaine de jours. On ombrage le sol avec des nattes ou des feuilles, et on transplante quand les plants ontune dizaine de centimètres de hauteur. On repique en lignes, à 60 centimètres à peu près en tous sens; ou bien encore on réunit plusieurs pieds et on espace alors de 90 centimètres. S'il fait sec, il est nécessaire d’arroser jusqu'à maturité. Lorqu'on à recours à l'irrigation, on amène l'eau tout d'abord tous les 20 jours, puis, lorsque les plants sont développés, tous les 8 jours. On paille le sol au début; plus tard on bine et on butte.
La récolte commence 3 ou 4 mois après le semis (en juin à Ceylan); elle se continue les mois suivants (2 à 6 suivant les pays), à raison de 3 ou 4 cueillettes mensuelles. On doit cueillir les fruits avec une partie de leur pédoneule; il y a un inconvénient à attendre qu'ils tombent, comme c'est, parait-il, l'habitude à Zanzibar.
Après un tri qui a pour but de supprimer les fruits avariés, la récolte est desséchée. Cette dessiccation est faite
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ordinairement au soleil et à l'air libre ; les piments sont enfilés en chapelets de 2M,50 de longueur, qu'on suspend entre deux traverses disposées à 2 mètres du sol. M. Hollings préconise une méthode un peu différente. On étend les fruits sur des gradins dont les tablettes sont faites de fils de fer; en cas de pluie, il est facile de recouvrir ces gradins ou de les rentrer.
M. Labroy cite un autre procédé qui a été signalé au Queensland, et qui consisterait à immerger les fruits dans la saumure pendant 2 ou 3 mois avant de les exporter.
Enfin on peut évidemment se servir des dessiccateurs tels que ceux de la maison Mayfarth dont nous avons déjà parlé à propos d’autres produits, notamment des bananes. Avec une température de 459, dans ces évaporateurs Mayfarth, on obtient la dessiccation voulue en 4 jours. Au Nyassaland on se servirait parfois des séchoirs à tabac.
D’après M. Hollings, les piments desséchés ont perdu 70 p. 100 de leur poids, dont 20 p. 100 représentés par les pédoncules qui se sont détachés, et qu'il faut naturellement éliminer par triage. Il y a aussi toujours 6 à 7 p. 100 de fruits décolorés qu'il est nécessaire de supprimer, pour donner meilleur aspect au lot.
Comme rendement rémunérateur, M. Hollings admet 1 400 kilos environ par hectare; mais il ajoute qu'on peut obtenir beaucoup plus. Et, en effet, on cite fréquemment des rendements de 3 000 kilos au minimum, du moins pour le Capsicum annuum.
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