CHAPITRE XII
Parmi les nombreuses plantes médicinales que nous pourrions citer ici, celles que nous allons étudier sont, en somme, les seules pour lesquelles il y ait quelques renseignements réellement intéressants à fournir, au point de vue de la culture ou du mode d’exploitation, ou encore en raison des essais d’acclimatation auxquels, comme le camphrier, elles ont donné lieu depuis quelques années.
Cinnamomum Camphora Nees.
L'habitat naturel du camphrier correspond au nord de notre Indochine (où l'espèce est, d’ailleurs devenue assez rare), à la région littorale de la Chine située au-dessous du 34€ degré de latitude Nord, et à la partie du Japon comprise entre le sud de Formose et le 36€ degré de latitude Nord. On trouve aussi l'arbre en Corée.
Au Japon — où l'espèce est le Æusunoki, — Ia limite septentrionale de 36°24° est celle qu'indique M. Giglioli, et c'est la latitude de Mayebashi. M. Homi Shirasawa dit, d'autre part, que le camphrier n’est pas spontané aux environs de Tokio. Mais on le trouve plus bas, dans les provinces de la côte orientale exposées aux vents chauds du Pacifique, puis dans les îles Kushu et Shikoku, et enfin et, surtout, à Formose.
Dans cette dernière ile, renommée depuis longtemps pour son camphre, et où la production annuelle est environ de 3 millions de kilos, le campbhrier, dans les forêts du Nord, croît depuis la plaine jusqu'à 1 100 mètres; dans le Centre, on le trouve entre 200 et 1500 mètres; dans
la partie tout à fait méridionale il devient plus rare. Les principaux centres sont les contrées de Guiran septentrional, de Heilinbi, de Daïkakan, de Baboutok, de Djuirin, de Nancho central, de Taïko, de Toseikak, de Horicha, de Siousiougai et de Lin-iho. Exactement, d'après M. Honda, l'espèce commence vers le milieu de la zone tropicale et s'avance jusqu'aux 8/10 de la zone subtropicale ; mais c'est surtout depuis la limite des deux zones jusqu’au milieu de la zone subtropicale que les forêts sont dans toute leur beauté. On trouve des pieds dont les couches annuelles ont plus de 12 centimètres d'épaisseur et qui mesurent 18 mètres jusqu'à la naissance des premières branches.
Le camphrier est, en effet, un arbre qui peut atteindre de très grandes dimensions. Grasmann cite un individu qui, près de Miyazaki, avait un diamètre de plus de 6 mètres à 30 centimètres du sol, et un diamètre de 4,50 à la hauteur de 4,30. Sa hauteur totale était de 35 mètres. Mais ces grands exemplaires deviennent de plus en plus rares; partout les plus beaux ne sont plus guère localisés qu'autour des temples.
Les feuilles du Cinnamomum Camphora sont persistantes (3 ou 4 ans), épaisses, longuement pétiolées, ovales ou lancéolées-oblongues, atténuées aux deux extrémités, ordinairement triplinerves, avec des domaties aux aisselles des nervures latérales.
La monopolisation du commerce du camphre par le gouvernement japonais depuis 1899, en même temps qu'elle a activé les recherches pour la production du produit synthétique, à poussé certains pays à tenter l’acchimatalion de l'arbre producteur. Et l'on s'explique aisément la réussite de ces essais d'introduction en des régions très diverses,
puisqu'il s’agit d'une espèce qui, à l’état sauvage, appar-
tient à la fois à la zone tropicale et à la zone subtropieale. En fait, le camphrier se maintient parfaitement, non seulement en Algérie, mais dans l’Europe méridionale et
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jusque sur notre littoral provençal (1), dans la zone de l’oranger. M. Giglioli recommande sa culture dans les parties littorales de l'Italie où le sol n’est pas trop aride et qui ne sont pas trop exposées au vent. D'autre part, à Ceylan, où l'espèce est connue depuis 1852 mais n'a commencé à être assez largement cultivée que depuis 1895, lorsque la Station d'Hagkala eut distribué de jeunes plants provenant de graines recues du Japon en 1893, les plantations semblent avoir été faites avec succès, là ou le sol convenait, aussi bien à 80 mètres au-dessus de la mer (avec 1,40 d'eau en 104 jours par an) qu'aux altitudes de 2150 mètres (avec 5 M, 40 d'eau en 217 jours).
Aux États-Unis, où il y a déjà de vieilles plantations, la limite septentrionale serait, d'après M. Dewey, Charleston
et Summerville dans la Caroline du Sud, Augusta en Géorgie,
Oakland en Californie. La Floride et la Californie sont sans doute les contrées où l'exploitation de ces camphriers peut donner les meilleurs résultats. On s'en préoccuperait cependant aussi au Texas.
Dans les États Malais, les premières graines ont été apportées en 1904, et les arbres obtenus à Batu-Tiga seraient aussi beaux aujourd'hui, d’après M. Sandmann, que ceux du même âge qu'il à vus au Japon.
Dans l'Inde Anglaise, sur les Nilgherries, il est des camphriers qui donnent encore du camphre à Ootacamund, à environ 2700 mètres.
Enfin citons l'introduction de l'espèce en Afrique orientale allemande et anglaise, à la Jamaïque, dans l'Amérique du Sud, aux Hawaï, en Australie ; et l’on se rendra compte que, quoique tout le camphre provienne encore actuellement du Japon et un peu de Chine, il est possible que
(1) Où il est toutefois parfois confondu avec des espèces très voisines, telles que le Cinnamomum glanduliferum Meissn., du Népaul, ou le Cinnamomum inunctum Meissn., de Birmanie, ou encore avec des hybrides de ces espèces et du Cinnamomum Camphora.
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CAMPHRIER. s1
d'autres pays, dans un avenir plus ou moins rapproché, puissent livrer au commerce une certaine quantité du même produit. [Il importe toutefois de bien examiner pour chaque contrée si les frais de main-d'œuvre pour la préparation de ce camphre de plantation permettraient actuellement de le faire entrer en concurrence avec le camphre de Formose et de Chine. Il faut songer que ce dernier est obtenu en abondance et sans grande dépense sur des arbres sauvages, traités intensivement sans souci de l'avenir. Il est vrai aussi que, le jour où ces arbres spontanés auront à peu près disparu, les plantations déjà commencées à Formose seront forcément traitées suivant une méthode plus prudente qui tendra, à ce point de vue du moins, à égaliser les conditions.
Les sols préférés du camphrier sont ceux qui sont légers, plutôt sableux, peu calcaires, riches en humus, perméables et profonds. D'après quelques observations faites en Californie, ils peuvent, sans trop d'inconvénient, être un peu saumâtres. D'après M. Bamber, les sols de Hagkala, excellents pour le camphrier, contiennent pour 109 : 5 d’eau : 14,5 de matière organique ; 8,2 d'oxyde de fer et manganèse ; 11,3 d'oxyde de fer et aluminium; 0,14 de chaux; 0,072 de magnésie; 0,030 de potasse ; 0,012 d'acide phosphorique ; 60,6 de sable et silicates.
La multiplication peut être faite par graines, par boutures, par marcottes et par greffe; mais le meilleur procédé serait le semis.
Les graines, qui sont oléagineuses, perdent assez facilement leur faculté germinative; si on les fait venir du dehors (de Chine ou du Japon par exemple, d'où elles doivent être expédiées en octobre, novembre ou décembre), elles doivent être placées dans du charbon de bois humide. Avant l’ensemencement, on les laisse dans l’eau pendant 2% ou 48 heures; on élimine celles qui surnagent. Les autres sont mises en pépinière, dans un sol bien préparé,
léger et très perméable, duquel on à, au besoin, ajouté du sable. Les poquets d’ensemencement sont espacés d'environ 15 à 20 centimètres; et, dans chacun, les 2 ou 3 graines sont recouvertes de 2 à 3 centimètres de terre bien pulvérisée. La pépinière est toujours maintenue suffisamment humide et est abritée contre le soleil trop vif. La mise en place a lieu quandles plants ont de 50 à 70 centimètres de hauteur, c'est-à-dire entre 2 et 3 ans. Le plant est alors débarrassé de toutes ses feuilles et de ses plus petites branches ; puis le pivot radiculaire est écourté, et ses radicelles supprimées. En Floride, ce travail est fait en décembre. L'espacement dépend des dimensions qu'on laissera l'arbre atteindre. Aux États-Unis, où l’on taille le camphrier 5 ou 6 ans après le semis, quand il a une hauteur de 2 mètres à 2, 50, on le maintient souvent à cette hauteur de 2,50 en le taillant en if ; et les intervalles sont de 4,50 entre les lignes, et 1M,80 sur la ligne. Au Japon, à Izu, vers la limite septentrionale de la culture, M. Gigholi indique des distances notablement plus grandes, cariladmet qu'il faut à chaque pied un espace total d'un peu plus de 13 mètres carrés, ce qui correspond donc à 7 ou 8 camphriers seulement par are. Mais il est probable que les arbres ne sont pas alors taillés aussi bas qu'aux États Unis.
Après la plantation, les soins d'entretien consistent dans le sarclage et le binage pendant au moins quelques années. IL est utile aussi naturellement de faire quelques applications d'engrais, guano, tourteaux ou autres.
Lorsqu'on veut multiplier le camphrier par bouturage, il faut choisir des rameaux de l'année suffisamment aoûtés, mais pas trop durs ; les tronçons, aussi gros où un peu plus gros qu'un crayon ordinaire, doivent avoir de 15 à 22 centimètres de longueur. Toutes ces boutures doivent être sectionnées net, juste au-dessous d'un nœud, et on les met en terre bien préparée, sablonneuse et riche, en lignes distantes de 22 à 30 centimètres, et à 7 à 8 centimètres
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sur la ligne, 2 ou 3 bourgeons dépassant le niveau du sol.
D'après M. Nock, de Ceylan, la multiplication par fragments de drageons serait préférable, d'ailleurs, à ce bouturage avec rameaux aériens.
Quant à la greffe, elle passe pour facile, et on peutla faire sur des espèces voisines du camphrier, comme le Cinnamomum glanduliferum ou le Cinnamomum inuncltum. Le greffage sur le Cinnamomum glanduliferum est surtout intéressant pour les pays qui correspondent à la limite
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Fig. 24. — Appareil pour la distillation du camphre, à Formose.
F, foyer ; B, bassine d’ean ; R, tronc decône ; D, revètement d'argile qui maintient ce tronc , H, caisse de refroidissement; K, caisse de cristallisation, avec compartiments ; G, partie supérieure de la caisse, dans laquelle coule l'eau.
de végétation du camphrier, car ce Cinnamomum glanduliferum est un peu plus résistant au froid que le Cinnamomum Camphora.
La récolte du camphre, dans les plantations, ne peut évidemment être faite dans les conditions où elle l’est à Formose, où les arbres exploités sont des arbres âgés et sauvages que malheureusement on n'hésite pas à sacrifier.
Au Japon comme en Chine, ce sont, en effet, essentiellement les copeaux obtenus en découpant en petits éclats le tronc, les rameaux et les racines des camphriers qui sont soumis à la distillation. Tous ces copeaux sont entassés dans un trone de cône creux en bois (R) (fig. 24) qui
a 10,50 de diamètre à la base et 30 centimètres au sommet, et 1,10 à 1m,20 de hauteur. Ce tronc de cône repose, par sa partie basilaire la "plus large, sur une bassine (B) qui est elle-même placée au-dessus d’un foyer en pierre (F). Pour maintenir les copeaux qui y sont entassés, on dispose, entre l'ouverture de la bassine et la base du tronc de cône, des baguettes de bois entrecroisées. Le sommet du tronc de cône est fermé, d'autre part, par un couvercle ou un tampon, au-dessous duquel se raccorde untubeen bambou horizontal dont l’autre extrémité aboutit à une caisse en bois (E) de 45 centimètres de hauteur, renversée par son côté ouvert sur une autre caisse, haute de 20 centimètres. Cette dernière sert de réservoiret contient de l’eau qui empêche toute communication entre la caisse renversée et l'extérieur. Plus loin est encore une caisse renversée (K), disposée de même, mais divisée en compartiments, et qu'un bambou relie à la première. D'autres bambous amènent de l’eau sur les parties supérieures (G) de ces caisses, et cette eau coule continuellement le long des parois extérieures ; ces caisses sont donc des réfrigérants. | Lorsque le tronc de cône en bois a été rempli de copeaux, on le recouvre entièrement d’une épaisse couche d'argile, pour le maintenir, puis du feu est allumé dans le foyer, au-dessous de la bassine pleine d’eau. La vapeur alors, à travers la sorte de claie formée par les baguettes entrecroisées placées au-dessus de la bassine, s’élève dans le tronc de cône ; elle traverse donc la masse des copeaux, entraine le camphre, et, apres avoir subi un début de refroidissement dans la première eaisse (caisse de refroidissement), se condense dans la seconde (caisse de cristallisation). Mais, en même temps que se produit cette condensation de la vapeur, du camphre solide se dépose contre les parois de la caisse; et l'essence (ou «huile ») de camphre qui l’accompagne, ou, plus exactement, un mélange de cette essence