‹ (Les) Cultures industrielles en AlgérieChapitre 10 sur 26 · TABACS · texte numérisé non relu

TABACS

La culture du Tabac s'étend annuellement sur une surface de 5.000 à 6.000 hectares, mais elle domine dans la province d'Alger qui, à elle seule, compte environ de 4.000 à 5.000 hectares, répartis entre la plaine de la Mitidja, les coteaux du Sahel, les contre-forts de l'Atlas, la plaine des Issers, la Kabylie et une partie du Djendel. (Haut-Cheliff).

Cette culture est limitée dans la province de Constantine à une superficie d'environ 1.000 hectares compris dans un triangle ayant pour sommets, Bône, La Calle et Duvivier.

La nature chlorurée des terres de la province d'Oran et la qualité de ses eaux font que le Tabac n'y est guère cultivé malgré diverses tentatives.

En résumé, la récolte du Tabac en Algérie est la plus grosse production des plantes dites industrielles puisque la quantité recueillie annuellement peut-ôtre estimée à 5 ou 6 millions de kilog.

Dans les localités où elle se fait, cette culture attire une nombreuse main-d'œuvre, mais les planteurs sont principalement des indigènes, 8.000 environ, tandis que les Européens sont à peine 1.400, Espagnols e t Mahonais notamment. .

La production du Tabac fut autrefois une source de prospérité pour le colon, ce fut une culture véritablement colonisatrice, mais la diminution des achats pour le compte des manufactures de l'Etat a forcément restreint les surfaces consacrées à cette culture.

On s'est demandé si la création de bonnes races ne pourrait pas attirer l'attention des fabricants algériens et étrangers et depuis un grand nombre d'années le Gouvernement général de l'Algérie a fait des efforts danï ce sens. On avait déjà pu voir à l'Exposition de 1889, comme dans toutes les expositions internationales à l'Etranger à bonnes qualités de Tabac obtenues en Algérie et provenant des races de Dehli (Sumatra) et des plateaux du Mexique.

Mais ces races se conservent -elles sous notre climat et leurs qualités sont-elles suffisamment appréciées à l'heure actuelle ?

On peut diviser les races algériennes en deux groupes : les Tabacs à feuilles larges et ceux à feuilles étroites, mais les plantations présentent le plus communément des hybrides de ces deux types, tout en constatant que les variétés à feuilles étroites, linguiformes ont une tendance à dominer.

Le planteur ne rejette pas absolument ces formes qui craignent moins le vent et la grêle.

Il est difficile einon impossible de définir les variétés de Tabacs cultivées en Algérie: il y a des races, mais que l'on ne peut rapporter à un type caractérisé : tel est le Tabac de Chébli le plus communément employé.

On sait que les premières tentatives de culture par les Européens ont été faites avec des graines de Paraguay et du Palatinat dont les plants ont subi des transformations successives sans avoir les qualités des races autrefois conservées par les Arabes, mais cependant à plus grand rendement que ces dernières. Cette variation constante fait que sous le nom de Tabacs colons* on rencontre des formes différentes.

Les variétés que l'on trouvait autrefois dans les Etats-Barbaresques provenaient du Levant, étaient bien supérieures à celles introduites par les Européens et paraissaient se rapporter au type désigné sous le nom de Samsoun. Le région de Bône produisait le Arbi et celle d'Alger les Khachnas dont les premiers colons ont reconnu la supériorité, mais qu'ils ont abandonné à cause de leurs faibles rendements.

Dans l'impossibilité de faire une sélection individuelle constante et de se mettre à l'abri des variations naturelles de la plante, on s'est demandé si la variété de Tabac avait seule une influence sur la qualité du produit.

En principe, les meilleurs tabacs sont ceux qui brûlent le mieux et il est évident que les feuilles larges et fines à nervures peu accusées sont combustibles au plus haut degré, mais la nature du sol, les soins culturaux, la pratique de l'irrigation et le mode de préparation paraissent avoir sur la combustibilité une plus grande action que la variété même.

L'irrigation augmente la quantité de feuilles à l'hectare, mais si elle est exagérée elle est préjudiciable à la qualité, aussi dans la plaine de la Mitidja qui est le plus grand centre de la culture du Tabac, établit on deux catégories de ces produits : ceux de la Mitidja occidentale et ceux de la Mitidja orientale.

C'est dans cette dernière région, où l'irrigation n'est pas pratiquée, que se trouvent les meilleures qualités tandis que les tabacs de la région occidentale, où l'arrosement est en usage, sont moins appréciés.

Toute la pointe orientale de la Mitidja, le territoire de Fort-de-1'Eau et les contreforts de l'Atlas, le massif

du Bou-Zegza, etc., produisent du bon Tabac dit de Kachna, principalement cultivé par les tribus de cette

région.

Les localités convenables à cette culture sont nombreuses et le pays pourrait avoir facilement une production décuple de tabac de choix, mais aussi il y a des régions entières qui ne conviennent pas à cette culture, notamment tous les sols qdi contiennent plus de 1 p. 100 de chlorure ou qui sont arrosés par des eaux saumâtres. Les sols calcaires qui ne recevraient pas de copieuses fumures ne fourniraient que de mauvais produits.

En général, le bon Tabac de combustibilité suffiisante ne peut être obtenu que dans des terres légères, riches, bien drainées et contenant de la potasse.

Dans les engrais apportés il faut éviter ceux contenant des chlorures.

Les Tabacs algériens sont en général moyennement riches en nicotine : leur teneur varié entre 2 à 4 0/0, mais on a constaté que l'azote en surabondance élève cette proportion.

> Le sol et la culture jouent un grand rôle dans la production du Tabac combustible, mais les soins de cueillette et de préparation ont une part également importante dans la qualité.

La bonne cueillette consiste à prendre les feuille s une à une, à les enguirlander, puis à provoquer une fermentation qui doit être prudemment conduite. Sur cette opération on n'a actuellement que peu de données certaines, mais on peut se douter qu'elle a une action

considérable sur l'arôme et la qualité du Tabac ainsi que sur sa couleur. ,

Le degré de combustibilité est la base d'appréciation de la valeur marchande : la couleur de la feuilles n'a que peu d'influence sur le prix., du moins -en Algérie.

La combustibilité se détermine par un essai sommaire, quelquefois trop, car il ne faut pas toujours confondre rincombusttbilité avec le degré hygrométrique.

On présente à la flamme d'une bougie, par le bord, un morceau de la feuille de Tabac à essayer. Il s'enflamme, on éteint la flamme et on observe comment se comporte les points en ignition. Si ceux-ci gardent le feu un certain temps et même si celui ci se propage lentement sur la feuille comme il le ferait sur un morceau d'amadou, mais moins rapidement cependant, le tabac est déclaré très combustible ; sa cendre est grise, souvent blanche.*

Dans les Tabacs peu combustibles, au'contraire, dès que la flamme est éteinte il ne reste plus de points en ignition et les parties brûlées ont une couche noire.

Il y a des degrés variables de combustibilité.

La Régie achète chaque année à l'Algérie 3.000.000 de kilog de Tabacs, à peu près la moitié de ce qu'elle produit.* Pour l'autre moitié une petite partie est exportée, l'autre est manufacturée sur place, plus ou moins additionnée, pour certaines sortes, avec des tabacs d'importation.

Le prix d'achat est variable chaque année suivant la qualité.

Voici les prix moyens payés dans ces dernières années par la Régie :

1891 64 fr. le quintal

Par contre, voici les prix de vente obtenus de 1889 à 1897 par un important producteur de l'Est et de la Mitidja livrant au commerce le plus souvent :

1889 76 fr. le quintal

1895. . 51 (Ttittll'afaiiistritiN)

1896. . 55 fr. le quintal

En terres sèches les rendements sont entig 8 à 15 quintaux à l'hectare; en terres arrosées, entre 15 à 25 quintaux. Le produit brut varie de 700 à 1 . 200 fr.

Non seulement le tabac intéresse l'agriculteur, mais la main-d'œuvre des centres y trouve un emploi, car les quantités de tabacs manufacturés peuvent être

évaluées à 4 millions de kilogr. se décomposant ainsi :

Tabacs indigènes 2.500.000 k.

— exotiques importés. . . . 1.500.000 k.

Les provenances d'importation sont d'Allemagne, d'Autriche-Hongrie, du Levant, des deux Amériques et des Philippines.

Les droits d'entrée en Algérie pour ces produits d'importation sont les suivants :

Tabacs en feuilles 50 fr. les 100 k. nets

— à fumer, à priser et

à mâcher .... 150 —

Cigares et cigarettes. . . . 250 —

Le but à atteindre à notre époque — et cela semble facile — c'est de réduire les demandes faites à l'étranger. Il paraît démontré que par l'extension du la production indigène dans certaines localités on pourrait supprimer la moitié de ces importations coûteuses.

Quant à l'autre moitié, elle nous est nécessaire pour les mélanges et les capes, qualités que nous ne pouvons pas produire.

Les pays d'exportation de nos Tabacs ouvrés sont la Helgique, la Suisse, l'Allemagne, l'Angleterre et surtout les colonies françaises.

Les manufacturiers devraient donc encourager par leurs prix la production de qualités supérieures pour cette exportation qui est en progrès.

En effet, l'importation des tabacs à fumer et à cigarettes accuse une progression constante :

En raison de l'importance de cette culture colonisatrice au plus haut chef. l'Etat pourrait sensiblement augmenter ses achats et payer mieux les qualités supérieures. En agissant ainsi, la Métropole donnerait l'encouragement le plus efficace à la culture du tabac indigène et à la production de bonnes sortes.

La régie française achète en moyenne 40 millions de kilog. de tabacs en feuilles dont le tiers environ est demandé à l'étranger ; ses recettes s'élèvent annuellement à près de quatre cents millions sur une dépense de quatre -vingt millions seulement, aussi en présence de chiffres d'affaires aussi formidables, il est permis de penser que l'Administration pourrait sans sacrifice, et aurait même intérêt, à augmenter ses achats en Algérie.

Cette culture qui doit être considérée comme une bonne tête d'assolement, qui exige le sarclage et qui est le type de la culture intensive a, en matière de colonisation, un avantage considérable.

En effet, elle met en contact, en communauté d'intérêts, l'européen et l'indigène eo se sens que ces derniers deviennent nos métayers.

Le propriétaire du sol fournit la terre, le fumier, fait les labours et livre les séchoirs.

L'indigène prend en charge le semis, la plantation, les soins culturaux, la cueillette, le séchage et la préparation pour la vente. Le propriétaire se réserve de faire la vente, puis le produit brut est partagé par moitié entre l'indigène et le propriétaire.

La culture du tabac est localisée à la zone marine : elle ne s'étend pas dans l'intérieur ni dans les Hauts- Plateaux, mais on la retrouve dans le Sahara où le tabac du Souf, à feuilles linguiformes est très apprécié des indigènes, mais de valeur moindre pour l'européen et sans avenir pour le commerce d'exportation.

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