PLANTES A PARFUM
Le traitement industriel de ces végétaux est principalement confiné dans la région marine de l'Algérie . Boufarick et quelques localités du Sahel ont des usines, mais en général la production des essences n'est pas en développement.
L'industrie utilise des plantes sauvages et des plantes cultivées, mais parmi ces dernières le Géranium rosat seul a relativement quelque importance.
Plantes sauvages
Fenouil (Fœniculum vulgare). — Cette Ombellifère est princalement récoltée dans la zone marine de la province d'Oran, notamment dans la région de Relizane, dans les plaines et sur les coteaux fertiles.
La récolte de cette plante aromatique à odeur très prononcée, a lieu de juin à septembre, un peu après la floraison. On distille la plante entière verte qui est payée de 0,40 à 0,50 les 100 kilos à pied d'oeuvre. Le rendement est de 1 kilogramme d'essence pour 200 kilogrammes de plantes verte % s.
L'essence se vend sur place de 3 à 5 francs le kilogramme.
Myrte (Myrtus commtmis). — Cette Myrtacée, petit arbrisseau de nos broussailles, est commune dans la partie montagneuse de l'Algérie, notamment dans la province de Constantine. On en recherche les
fleurs pour l'exportation dans les pays orientaux : Tripolitaine, Syrie, Egypte. Ce produit est connu sous le nom de Ouyemane et il est employé par les musulmans pour embaumer les morts. Chaque année, il en est exporté de Philippeville des quantités considérables. Les Arabes récoltent les inflorescences du Myrte de la façon suivante : ils coupent les tiges chargées de fleurs, puis après an commencement de dessiccation, un coup sec fait tomber ces fleurs tandis que les feuilles restent fixées à la branche.
Les fleurs sèches, non criblées, sont payées de 12 à 15 francs les 100 kilog. et elles sont vendus à Marseille de 30 à 35 francs.
Thyms. — Dans la région de Relizane on distille plusieurs espèces de Thymus, notamment une plante à fleurs blanches très parfumées et qui constitue la récolte de printemps sur le littoral. Les autres espèces un peu moins parfumées, à fleurs roses, se récoltent sur les bords des Hauts-Plateaux, mais leur rendement en essence est moins élevé.
D'ailleurs, le rendement de toutes ces espèces n'est pas régulier : il subit, suivant les années, des écarts qui atteignent 50 0/0 ; les années sèches, pendant lesquelles la végétation souffre, donnent les rendements les plus bas.
La récolte est généralement faite par des indigènes qui livrent les Thyms à pied d'œuvre au prix de 1,50 à 1,75 les 100 kilog.
Le prix de vente de Pessence oscille entre 7,50 et 8,50 le kilogramme sur place.
La distillation des autres plantes a subi un temps
d'arrêt à cause de la baisse accentuée qui a sévi sur ces produits, aussi la récolte des plantes sauvag -s suivantes est-elle délaissée : Absinthe, Menthe, Romarin, etc.
Plante» Cultivée*
Il y a peu de cultures, en dehors du Géranium rosat, qui soient faites spécialement pour l'industrie des parfums, et ce n'est qu'accessoirement que Ton utilise pour cet usage certains produits d'arbres et d'arbustes notamment.
Boufarik, Chéragas, Philippeville, Relizane, etc, sont des centres de distillation de plantes odoriférantes.
Aeaeia ou Caeis (Acacia cavenia et famésiana). — Ces Mimosées, qui forment ordinairement des haies épineuses, sont recherchées pour leurs fleurs, mais c'est principalement l'Acacia de Farnèse qui est le plus apprécié.
Les espèces australiennes n'ont aucun emploi dans l'industrie des parfums.
Bergamotier (Citrus bergamia). — Aurantiacée peu cultivée en Algérie, dont on retire les essences de Bergamote et de Mellerose.
Arbre rustique.
Citrus bigaradia* — Cette \urantiacée très rustique se rencontre à l'état d'arbre ou de haies.
Les fleurs très odorantes sont recherchées pour fabriquer Veau de fleurs d'oranger et l'essence de Néroli.
On distille également les feuilles et rameaux du Bigaradier, surtout les rameaux peu âgés : on en retire une essence dite pelit-grain. Le rendement est de 3 p. 1000.
Eucalyptus. — De l'espèce E. globulus, on extrait par la distillation des feuilles une essence qui rentre dans la composition de certains parfums.
Il va sans dire qu'une plantation d'arbres faite dans ce but unique ne serait pas rémunératrice.
, Géranium. — Le Géranium rosat, Pelargonium capùatum suivant les uns, P. graveolens suivant d'autres, est cultivé depuis fort longtemps en Algérie où il a été rémunérateur dans certaines localités. Mais c'est principalement aux environs d'Alger, dans le Sahel, depuis Matifou .jusqu'à Cherchell et dans les bas fonds du littoral que cette culture et cette industrie ont prospéré. On la constate également à Philippeville. Cette plante ne peut guère s'éloigner du voisinage de la mer : elle craint le froid.
L'essence est extraite des feuilles par des procédés fort simples et à la portée de tous les colons.
La culture est facile dans les sols où l'humidité n'est pas stagnante pendant l'hiver.
Le Géranium s'accomode de tous les sols, môme des terrains sablonneux.
Mais pour avoir des coupes abondantes un arrosement modéré pendant l'été est indispensable.
Dans les terres arrosées la teneur en essence est moindre et souvent il faut près de 1.500 kilogr. de feuilles pour obtenir un kilog. d'essence.
Multiplication par bouturage.
La première coupe des feuilles se fait généralement trois mois après la plantation ; elle est peu abondante et c'est plutôt une taille pour établir le pied.
En terre sèche on tait deux coupes par an dont la première en avril.
En terre arrosée, sur le littoral, on est assuré de trois bonnes coupes.
La quantité de feuilles recueillies par coupe et leur richesse sont très variables suivant Tannée et la nature du sol ; on peut cependant admettre un chiffre moyen de 100 quintaux à l'hectare.
Dans les terres légères et sablonneuses on compte qu'il faut 10 à 12 quintaux de feuilles pour obtenir 1 litre d'essence en avril, 8 à 10 quintaux en juillet et 12 à 16 en octobre.
« En terre sèche le rendement total par hectare est « de 30 kilogr. d'essence en moyenne ; mais pendant « les premières années de la plantation et dans les « bonnes terres cette quantité peut aller jusqu'à 40, « 50 et môme 60 kilogr. à l'hectare : ce dernier chiffre « de rendement est rarement atteint. Dans les terres « sablo-argileuses de Fort-de-1'Eau, en irriguant, on « obtient 36 kilogr. par hectare et par an. Les plantage tions de Géranium vivent de 4 à 5 ans dans les « sables et de 7 à 8 ans dans les terres fortes. Par « les fumures on prolonge la vie économique de la « plante (1) ».
La distillation du Géranium n'offre aucune difficulté. On se sert d'ordinaire d'alambics d'une capacité de
(1) Manuel pratique de l'agriculteur algérien, Rivière et Lecq, 1900. Ghallamel-Paris.
1.200 litres dans lesquels on introduit environ 500 k. de feuilles. La chauffe dure deux heures.
Une chauffe donne en avril 250 gr. d'essences et en juin 750 gr.
Le prix de vente de Pessence est actuellement de 35 francs le kilog.
Les essences provenant des plantations en coteau sont plus fines et bénéficient d'une prime de 5 à 6 fr. par kilog.
Les frais de coupe par hectare, distillation comprise, s'élèvent à environ 150 francs à Fort-de-1'Eau.
Cette industrie ne tend pas à s'accroître : la concurrence de l'Espagne, dans la plaine de Valence notamment, de l'Orient, de l'Ile Bourbon et des Philippines a fait baisser les prix, ensuite les travaux de la chimie allemande sur l'origine des parfums doivent fortement inquiéter sur l'avenir de cette culture.
Jasmin d'Espagne, Officinal, etc.. — Ces Oléacées ont une bonne végétation sur le littoral, mais ils n'y sont pas cultivés pour l'industrie. L'extraction du parfum du Jasmin est difficile par la distillation.
Orangers (Gitrus aurantium et var). — Avec les fleurs des diverses variétés d'orangers, on obtient, par distillation, du Néroli ; le rendement est de 1 p. 1000.
Rosiers. — Plusieurs espèces de rosiers avec leurs variétés peuvent être cultivées par l'industrie des parfums : Rosa centifolia, damascena, moschata, etc.
Les roses cent-feuilles et leurs variétés ont une odeur pénétrante et fine : les roses musquées des Arabes sont très odorantes.
Mais jusqu'à ce jour la culture de ces rosiers ne paraît pas avoir donné des résultats satisfaisants.
Les indigènes tunisiens cultivent encore quelques rosiers pour en obtenir de la véritable essence de rose, cependant le produit brut de 800 francs à l'hectare ne paraît pas suffisant pour la culture et Pindustrie européennes.
Tubéreuses (Polyanthes tuberosd). - CesLiliacées à fleurs simples ou doubles, à floraison estivale, se développent bien sur le littoral, mais elles ne redoutent pas les régions à atmosphère sèche. Le parfum est extrait des fleurs. Cette plante n'est pas cultivée en Algérie.
Verveine citronnelle (Verbena triphylla ou Lippia citriodora) est une Verbenacée rustique dans la zone marine de l'Algérie où elle forme un petit arbrisseau.
Dans les terrains un peu trais, cette plante supporte les rabattages et produit une grande quantité de feuilles dont on extrait le parfum.
L'industrie locale ne remploie pas.
Vétiver et Nard (A ndpopogon muricatus et nardus). — Graminées odorantes, sans emploi.
Violettes (Viola odorata). — Cette plante a un grand nombre de variétés dont la plus recherchée est la Violette de Parme qui se comporte bien dans la région marine, mais sa cueillette exige une maind'œuvre économique qui fait encore défaut en Algérie.
On estime à environ un million et demi de francs
a production annuelle des essences et huiles volaliles.
En résumé, la culture et l'industrie des plantes à' parfum ont une situation particulière dans la colonie et les intéressés avant de commencer une exploitation devront se rendre un compte 6xact de l'état du marché.
En outre de la surproduction dans des milieux plus favorables que les nôtres, au développement de cette culture et de cette industrie, il faut compter maintenant avec la fabrication des parfums synthétiques de la chimie allemande qui sont fort recherchés pour leur qualité et surtout à cause de leur bas prix.
Gomme les plantes tinctoriales, les végétaux odoriférants doivent disparaître devant les progrès de la chimie.
PLANTES MEDICINALES
La récolte des plantes médicinales qui poussent à l'état sauvage est faite par les indigènes : les principales sont la Petite Centaurée, qui constitue le plus grand commerce, puis la Hourrache, la Menthe, les racines de Thapsia, etc.
Quelques cultures de ces plantes ont été essayées, mais elles n'ont pas donné une rémunération suffisante. On s'est demandé aussi si certains végétaux recherchés pour leurs alcaloïdes ne pourraient pas se développer facilement en Algérie et y donner un rendement économique. Les résultats ont été assez nuls ou peu encourageants. Ordinairement les plantes les plus intéressantes sont demi rustiques et plutôt des sujets de jardin botanique que des cultures productives. Tels sont :
Papayer, Carica papaya.
Coca, Erythroœylon coca.
Kola, Sterculia acuminata.
Pilocarpe, Pilocarpus pinnatifidus.
D'autres espèces plus rustiques ne contiennent pas leurs principes utiles : le Camphrier n'a que des traces de camphre ; le Khât des Arabes, Celas trus edulis n'a pas toujours d'alcaloïde, etc.
On connait les insuccès constatés dans la culture des Quinquina, des Ipéca, des Copahu, etc., mais ils sont explicables en ce sens que l'Algérie appartient au climat méditerranéen et non tropical, ce que, le cultivateur et l'industriel ne doivent jamais perdre de vue.