BAMBOUS INDUSTRIELS
Si Ton se reporte à l'Exposition universelle de 1889, on se rappelle que jamais l'utilisation de cette plante n'a été aussi bien démontrée par les nombreux exemples que présentait à chaque pas, dans les sections coloniales.
Les populations asiatiques étaient dépeintes dans leur vie journalière et dans leurs besoins domestiques par l'emploi du Bambou dont toutes leurs ressources leur sont connues.
On a donc pu étudier et se souvenir non seulement des diverses espèces de Bambous utilisables, mais encore de leurs différents modes d'emploi et des dispositions ingénieuses prises par les ouvriers spéciaux, annamites, cambodgiens, chinois, japonais, malaisiens, etc., pour travailler le bambou, en faire des constructions artistiques, élégantes, légères et solides, édifiées comme par enchantement sur des espaces nus quelques heures auparavant.
Quant à la diversité des objets de toutes sortes, utiles à l'agriculture, à l'industrie et à la vie domestique, elle était innombrable.
Depuis une vingtaine d'années le Bambou a une grande place dans l'industrie européenne, mais il s'est surtout étendu dans certaines fabrications françaises.
L'ébénisterie s'en est emparée pour confectionner des meubles rustiques ou de cachet original ; on en
fait des cadres, des cannes, des manches de toutes sortes. Les orthopédistes français fabriquent avec le Bambou des appareils légers et solides, etc.
Enfin on retrouve encore le Bambou dans plusieurs applications de l'art militaire : construction de lignes télégraphiques portatives et légères; nacelle des ballons, lances pour la cavalerie faites avec le Bambou royal du Tonkin, matériel de campement, etc.
Depuis longtemps l'utilisation du Bambou en Algérie préoccupe les agronomes et Ton retrouve môme la trace des efforts d'un savant, Richard, du Gantai, en 1857 qui proposait l'étude d'une espèce qui conviendrait, le mieux au sol africain. La question n'a pas fait un grand progrès, cependant on connaît maintenant plus d'espèces ainsi que leur qualité et leur rusticité.
Le groupe des Bambous qui nous intéressent à deux sections bien tranchées par leur végétation :
1° Les grosses espèces poussant en touffe cespiteuse et ne pouvant vivre que dans les parties les plus chaudes du littoral. •
2° Les espèces plus petites, à rhizomes traçants, supportant assez bien tous les climats de l'Algérie, môme les plus froids, jusqu'à la frontière saharienne qu'elles ne franchissent pas.
Dans le premier groupe on trouve dos espèces utilitaires dont le type est en Algérie le gros Bambou, JB. macroculmi$ 9 qui forme la magnifique altée du Jardin d'Essai d'Alger.
Par ordre de g i u«wm % è m principalm eyàee s joat :
Bambusa macrocultnis, A. Riv, Inde ?
— * vulgaris, Vendl, Madagascar.
— — vittata, A. Riv.
— maœima, Poiret, Amboise.
— spino$a 9 Roxburg. Ind. or.
Les emplois de ces végétaux sont fort nombreux dans l'agriculture coloniale où ils rendront des services appréciables. En effet, ces grosses espèces à végétation rapide ont des chaumes durs, mais légers avec lesquels on établit presque instantanément des constructions légères, hangars, séchoirs à tabac, magnaneries, abris pour les bestiaux, barrières de parc, conduits provisoires, etc.
Ces Bambous coupés par grosses lames font des palissades solides, et par lamelles un article de vannerie des plus recherchés par sa solidité.
Dans le deuxième groupe, à caractères bien tranchés par rapport au précédent, les chaumes sont de dimensions moindres, mais non sans valeur.
Par ordre de taille et d'utilité on peut énumérer ainsi les espèces :
Bambusa mitis, Poiret, Chine.
— violascens, Hort.
— quilioi. Hort. Japon.
— viridi-glancescens. Carr. Chine/
— aurea. Hort.
— nigra. Lodd, Indes or.
— Simoni, Carr. Chine.
On trouve encore dans les premières espèces préci-
Eambusa macroculmis.
tées des chaumes utiles comme pièces secondaires pour construction, puis des cannes à pêche, des manches de toutes sortes, et surtout des éléments divers de clayonnage.
Le Bambou noir est principalement recherché. Certaines plantations des environs d'Alger en fournissent de beaux sujets.
Le B. Simoni, si traçant, fendu en lanières, est un excellent article de vannerie.
Dans certains cas le Bambou pourrait être considéré comme un produit accessoire, mais dans d'autres il devient utilitaire au premier chef.
En effet ces végétaux semblent avoir un emploi, en milieu convenable, pour la fixation des talus, des berges, dans l'endiguement des cours d'eau, dans la formation d'abris ou de haies défensives et impénétrables (Bambusa spinosa).
Quelques espèces, une fois qu'elles sont bien fixées au sol ont une végétation extraordinairement rapide : le B. macroculmis à l'automne, au moment de sa pousse, a des élongations de 25 à 27 centimètres par 24 heures.
Au printemps, le B. mftis atteint jusqu'à 50 centimètres et plus en 24 heures.
Le durcissement des chaumes se fait assez rapidement : au bout de 2 ans les grosses espèces peuvent être coupées et les petites n'exigent qu'un an, mais il y a intérêt au point de vue de leur conservation à ne couper que les chaumes bien constitués.
La feuille verte ou sèche est un fourrage : sèche,
c'est une bonne litière et, dans les paillasses elle vaut la paille de maïs.
On a pensé aux Bambous pour la fabrication de la pâte à papier, ce qui ne paraissait pas pratique, et des tentatives avaient été faites pour planter le lac salé d'Oran avec ces grandes Graminées : la salure du sol a opposé un obstacle absolu à l'exécution de ce projet.
Malgré les nombreuses espèces introduites et bien étudiées en Algérie, il y aurait d'autres apports intéressants à faire, notamment toute cette série indochinoise dite Bambous mâles et surtout le B. royal du Tonkin.
Les démonstrations coloniales offriront certainement à l'Exposition universelle de 1900 de précieuses indications à recueillir sur les Bambous nouveaux et leurs applications.