PLANTES A FECULE ET A SUCRE
Fécule, sucre et alcool
De tout temps l'industrie algérienne a recherché dans les végétaux cultivés ou spontanés les matières qui pouvaient être facilement transformées en alcool, mais, même à l'époque où le régime fiscal appliqué à l'alcool permettait encore le traitement industriel de quelques plantes à principes féculents et saccharifères l'Algérie n'a pu les utiliser. Pendant une courte période ses usines ont été alimentées par les produits de l'étranger, maïs, mélasses, etc., mais les droits d'entrée, puis ceux spéciaux à la fabrication sont venus arrêter définitivement cette industrie.
Deux causes entravent absolument la fabrication de l'alcool et du sucre sur le territoire algérien : la législation dans un cas, puis des conditions climatologiques générales.
Actuellement, la législation fiscale spéciale à ce produit motive les hésitations de certains industriels à faire un effort financier pour reprendre cette question.
En effet, en admettant l'obtention facile des matières féculentes et sucrées par la culture, la législation fiscale s'opposerait à leur transformation économique. Aussi, les produits de la distillerie ou de la sucrerie obtenus dans la colonie seraient soumis, au profit du Trésor, aux mêmes droits fiscaux que ceux qui grèvent les alcools et les sucres français.
Ces sucres seraient en outre, comme les sucres importés, frappés du droit d'octroi de mer de 15 fr. pour les sucres bruts et de 20 fr. pour les sucres raffinés, en vertu du principe que les produits algériens similaires à ceux trappes de l'octroi de mer doivent être grevés des mêmes droits que ceux-ci.
D'autre part, la nature de certains sols et des eaux d'irrigation trop chargée de chlorure, convient peu aux végétaux saccharifères.
L'agriculture se trouve donc en présence de difficultés réelles pour l'utilisation des produits directs et des sous-produits, aussi l'administration se préoccupé-telle de rechercher un système fiscal permettant l'emploi de certains végétaux industriels en grande culture et, en viticulture, l'utilisation des résidus de la vendange.
A l'état spontané on trouve trois plantes seulement contenant des matières propres à la distillerie, mais il est maintenant prouvé que deux de ces espèces, Asphodèle et Scille maritime sont sans emploi et quo la Caroube a une autre destination. D'ailleurs, dans aucun cas ces végétaux n'auraient pu fournir des matières assez abondantes pour suffire aux exigences d'une petite industrie. •
Asphodèle (Asphodelus ramosus). — Cette Liliacée à racines tubériformes, très commune autrefois dans les terrains de parcours, mais qui tend à disparaître rapidement, a été essayée plusieurs fois sans aucun succès par la distillerie, l'odeur répugnante de son alcool l'excluant de la consommation.
Beaucoup de tentatives ont été faites par divers
procédés pour supprimer le goût désagréable et les principes malfaisants de cet alcool, mais ces défauts n'ont cédé que par la remarquable expérience de MM. Rivière et baillache, au laboratoire agronomique de Versailles (1).
Ces habiles expérimentateurs ont obtenu — d'emblée — par la défacation, la stérilisation et l'ensemencement des moûts par une levure cultivée, de l'alcool éthylique bon goût.
L'épuisement rapide des peuplements d'Asphodèles et le prix du traitement ne laissent aucun avenir à cette question qui doit être définitivement abandonnée.
Betteraves. — Voir Plantes saccharifères.
Caroubes. — Id. id.
Seille maritime (Scilla maritima). — Cette Liliacée est assez commune dans les terres de parcours et en territoire indigène. C'est un gros oignon qui souvent sort de terre.
L'alcool qu'on a voulu en retirer était infect et dangereux, mais la Seille traitée par les procédés dé MM. Rivière et Baillache indiqués ci-dessus pour Y Asphodèle a fourni un alcool* bon goût et exempt de principes nuisibles. Cependant rien à espérer de cette plante au point de vue économique. Les résidus comme matière tannante et pour extraction de la scillitine n'ont pas de grande valeur :
Ignames (Dioscorea batatas). — Cette Dioscorée est de culture peu économique à cause de l'allonge-
(i) Académie des sciences, novembre 4895,
ment de son tubercule et n'est pas à classer parmi les ressources alimentaires à développer utilement en Algérie.
Les tubercules arrondis du groupe des Dioscorea alata sont inférieurs comme rendement et qualité à la pomme de terre.
Manioc (Manihot utilissima, Pohl.) — Cette Euphorbiacée de l'Amérique méridionale, Gassave ou Tapioca, a été plusieurs fois essayée sans succès dans le bassin méditerranéen, notamment sur la côte algérienne et tout dernièrement encore en Tunisie : elle ne peut résister aux froids et à l'humidité du sol pendant l'hiver.
Des racines fortement tubériformes on extrait une fécule soumise à une préparation spéciale, à cause des principes vénéneux plus ou moins accusés qu'elles contiennent.
Le Manioc, qui n'a qu'une faible valeur nutritive comparée au blé, inférieure en Algérie à celle de la pomme de terre, n'a donc aucune place dans l'agriculture rationnelle de la colonie ni aucun emploi au point de vue industriel.
Patate (Ba tatas edulis). — Cette Convolvulacée, originaire des parties chaudes de l'Amérique du Sud, a été beaucoup plus cultivée dans le bassin méditerranéen qu'elle ne l'est maintenant : elle est en décroissance manifeste devant la poipme de terre.
Son milieu de végétation est le littoral seulement, car cette plante est très sensible au froid, c'est dire que les espaces que Ton peut lui consacrer sont assez
restreints d'autant plus qu'elle est exig ante sur la qualité du sol, l'abondance des fumures et des eaux d'irrigation pendant l'été. On le voit c'est une plante d'horticulture insuffisante comme rendements industriels.
L'hectare produit de 10.000 à 15.000 kilos de tubercules, ordinairement dans les formes de la Blanche ronde.
Le tubercule est assez riche en matières saccharifères, mais pas au point d'en faire économiquement du sucre, ainsi que cela a été conseillé quelquefois.
La Patate, de culture plus chère que la Pomme de terre, est encore moins nutritive que cette dernière qui est un excellent adjuvent : elle est en outre de plus en plus difficilement acceptée par les populations ouvrières.
Pommes de terre. — La Pomme de terre n'est cultivée que comme primeurs d'exportation pendant l'hiver, car pour son alimentation propre l'Algérie importe de France pour environ 2 millions de francs de ce précieux tubercule : c'est dire qu'il n'a aucune place dans la féculerie ni dans la distillerie.
D'une manière générale le rendement de la pomme de terre est insuffisant pour nourrir économiquement le bétail et sa richesse en fécule n'est pas toujours élevée.
Depuis quelques années on a introduit des variétés à grands rendements en Europe : elles n'ont pas donné en Algérie les mêmes résultats, cependant ces derniers ont été supérieurs à ceux des variétés connues, grâce à l'emploi de l'irrigation dans certains cas.
Parmi ces variétés industrielles la Michter's Irnperator si bien étudiée en France par feu Aimé Girard, de l'Institut, s'est relativement bien comportée eh Algérie et a donné une moyenne de 20 p. 100 de fécule après 130 jours de végétation printanière, mais le rendement moyen de 12-15 dans les bonnes terres fumées et arrosées ne constitue pas ici une récolte assez rémunératrice.
La Czarine, la Géante bleue, etc., supporter^ les mômes observations.
La culture de la pomme de terre présente quelques difficultés dans les Hauts-Plateaux.
Riz (Oryza sativa). — La culture du riz n'a jamais pu s'établir en Algérie faute de quantité d'eaux claires abondantes nécessaires pour la création de bonnes rizières. D'autre part, ces marais temporaires dans un pays de malaria sont préjudiciables à la santé publique.
Malgré la richesse en fécule de cette céréale, il est impossible de l'obtenir économiquement sur notre territoire, môme avec des variétés de riz sec ou de montagne. On avait pensé, en effet, que ces variétés n'avaient pas besoin, pour se développer, d'une submersion constante, ce qui est vrai, mais dans les pays à pluies d'été, parmi lesquels l'Algérie ne peut être comprise.
La culture du riz disparaît de plus en plus du bassin méditerranéen où ce grain n'a jamais servi à des usages industriels.
Topinambour (Helianthus tuberosus). — Ori-
ginaire du Brésil et de l'Amérique du Nord, cette Composée vivac en'occupe qu'une place restreinte dans la culture en Algérie : elle y craint les sécheresses et par cela même son rendement est médiocre.
En bonnes terres perméables et arrosées le rendement peut s'élever à 15.000 kilog, mais tous les deux ans ; dans ces conditions il vaut mieux cultiver la pomme de terre.
On a conseillé le topinambour pour la distillerie : on retire 6 à 8 p. 100 d'alcool du poids des tubercules.
Rien à faire dans cet ordre d'idées.