PLANTES TEXTILES
L'Algérie ne produit pas de matières véritablement textiles retirées de sa végétation spontanée ou cultivée ; la culture des végétaux filifères y rencontre encore des difficultés créées par l'insuffisance de l'eau, l'insalubrité des rouissages et la cherté de la main-d'œuvre industrielle.
Cependant le Palmier nain et YHalfa, qui sont des plantes d'exploitation naturelle, ont un grand emploi dans la corderie et pour la confection de certaines nattes, mais en réalité ces deux matières ne conviennent pas pour la filature.
On a essayé d'emprunter à des plantes exotiques des produits fibreux. Ces essais qui ne pouvaient être tentés que sur le littoral n'ont donné aucun résultat pratique.
Dans les Palmiers : Corypha umbraculifera ou Talipot, Arenga saccharifera, Borassus flàbelliformis, Chamœrops eœcelsa, Sabal divers, etc.
Pomdanées, Sanseviera Bromelia, Lagetta, Malvsacées diverses, Musacées, etc.
Dans les Urticées exotiques, sauf la Ramie à l'état d'étude, aucune indication à retenir.
Agave — Faux aloe — Chanvre sésol, Pite, etc..,, Agave americana,meœicana, Salmiana, Icotly, Fourcoroya, etc. (Amaryllidées).
En Algérie, on connait Y A gave americana, appelé faussement aloe, qui est subspontané dans le climat marin et distribué par petits ilôts.
Beaucoup d'espèces de ce genre sont représentées en horticulture, mais aucune d'elles ne s'est naturalisée comme la précédente.
Les Agave sont très résistants à la chaleur, à l'insolation et aux longues sécheresses, aussi avait-on pensé que quelques uns d'entre eux pourraient avoir en Algérie un rôle économique comme producteur de matière fibreuse, sur les versants sahariens et dans le désert, mais des expériences pratiques n'ont pas encore confirmé ces prévisions et l'on peut avoir des doutes sur les résultats de ces opérations de longue durée que l'Etat seul aurait intérêt à entreprendre.
Agave amerieana (Faux aloè). — Cette grande agave remonte vers les Hauts -Plateaux, mais n'y résiste pas et ne se plait pas dans le désert.
Les peuplements naturels de cette espèce sont très restreints et ne sauraient suffire pour alimenter une petite industrie pendant peu de temps.
Quelques ouvriers, des Espagnols particulièrement, procèdent manuellement par périodes à l'extraction des fibres contenues dans les feuilles de cette plante pour en faire des mèches de fouet principalement.
Agave mexieana. — Plante de même nature, sortant quelquefois des cultures sur le littoral seulement. Ses fibres sont de meilleure qualité que celles de l'espèce précédente.
Agave Salmiana. — Plante à grand développement, à feuilles peu nombreuses et de rusticité moindre que les espèces précitées.
Agave Ixtly ou Chanvre sésal du Mexique. — Sous ce nom, on confond différentes plantes flJifères qui ont en Algérie des rusticités diverses, mais inférieures aux espèces déjà nommées.
Les fibres se signalent par leur belle qualité.
Foureroya gigantea. — Cette espèce qui fournit la fibre, dite Pite, de l'Ile Maurice, ne vit que sur notre littoral où elle est même sensible aux abaissements de température et aux grêles.
Foureroya Delevanti. — Plante moins gigantesque que la précédente, mais qui est plus vigoureuse ; ses feuilles moins crassulantes, sont coriaces mêmes, ce qui leur permet de résister aux grêles si préjudiciables au F. gigantea.
La zone de végétation très limitée de ces agave empêche de leur assigner une place dans la culture, dans le peuplement ou le gazonnement des terrains arides et secs.
Halfa ou Alfa (Sparte. Stipa tenacissima) est une Graminée vivace qui forme de fortes touffes largement ces pi te uses, mais non à racines rampantes, composées de feuilles enroulées, hautes de 0,50 à 0,80 cent, et contenant des fibres.
Une brochure spéciale traitera la question de THalfa, disons seulement que cette Graminée des terrains silico-calcaires principalement, pousse en peuplement naturel, souvent très dense, qui ne sont soumis à aucune culture.
On a essayé vainement dans divers pays de cultiver
— 3Sr-
THalfa soit par graines qui sont souvent très rares, soit par éclat de souche, mais cette plante paraît rebelle aux méthodes culturales connues.
On trouve souvent localisée dans les peuplements d'Halfa, dans les fonds argileux et humides, une autre Gr aminée d'aspect à peu près semblable à celui du Stipa : c'est le Lygeum spartum, Sennara, faux Halfaou Albardine.
L'Halfa sert à la vannerie et à la confection des nattes dans les industries locales.
On a souvent étudié la fabrication sur place de la pâte à papier d'Halfa qui a été entravée par le manque d'eau abondante et limpide et la cherté des produits chimiques.
On pense pouvoir atténuer ces frais généraux par la transformation préalable des matières amylacées en alcool. Mais cet alcool est de mauvais goût et des expériences sont entreprises pour le rendre neutre.
En résumé cette Graminée, dont Taire d'extension occupe plusieurs millions d'hectares est le principal produit de la végétation spontanée en Algérie dans l'ordre des matières fibreuses.
Les plus grands peuplements sont sur les plateaux oranais.
Bananiers textiles (Musa divers). — Les espèces de Hananiers comestibles occupent sur le littoral algérien une surface tellement restreinte qu'on ne pourrait pas subvenir aux besoins de la plus petite industrie utilisant leurs fibres. Ces fibres sont d'ailleurs en quantité insuffisante, de qualité passable et d'extraction coûteuse.
Abaea ou Chanvre de Manille {Musa teœtilis, traglodytarum, etc). — Ce sont ces espèces qui produisent des fibres recherchées, mais quoique résistant sur quelques points privilégiés de la côte, elles ne sauraient cependant y constituer un rendement économique*
La région désertique ne convient pas aux Musacées : leur aire de végétation est donc limitée au bord de la mer. Cependant une espèce, Musa japonica, du groupe des Musa seminifères, peut s'avancer dans les régions froides, mais elle ne se signale pas par l'abondance de ses fibres.
La papeterie n'a pas pu utiliser ces plantes.
Les Bananiers exigent des terres riches bien arrosées, des localités abritées des vents et non soumises aux gelées.
Chanvre (Cannabis saliva). — La culture de cette Cannabinée annuelle a été plusieurs fois tentée en Algérie, mais sans succès.
Les causes qui font que cette plante n'a pas une place dans notre agriculture sont principalement ses exigences en eau d'irrigation pendant l'été et la difficulté du rouissage. Comme par le Lin, le rouissage est condamné, d'abord par l'insuffisance des eaux et ensuite par les dangers qu'il fait courir à l'hygiène publique dans les pays chauds
Les rouissages chimiques ne sont pas encorç applicables dans la pratique.
Dans les bonnes terres, le chanvre semé dru a une grande végétation, notamment- le Chanvre géant de,
Vlnde, mais il cramt le vent et surtout le manque d'humidité.
On laisse fructifier le chanvre pour en avoir la graine dite chénevis, dont les oiseaux sont tellement friands que les récoltes en sont bien réduites. •
On trouve chez les Arabes quelques pieds de chanvre destinés à la préparation du Haschisch ou du Kyf.
Cotonnier (Gossypium herbaceum, arboreurn, barbadeuse, etc). — Cette précieuse Malvacée, originaire des contrées intertropicales, a été l'objet depuis la conquête jusqu'en 1865 de tentatives de culture souvent répétées.
Pendant la guerre américaine de sécession, et avec l'aide des primes du Gouvernement, cette production eut une certaine vogue, notamment dans quelques centres de la province d'Oran peuplées par les Espagnols.
Les indigènes récoltaient le coton bien avant la conquête, mais sur de petites étendues et pour servir à des usages locaux très restreints. Cependant comme la qualité en était moyenne, le Gouvernement, dès le début de l'occupation préconisa cette culture qui fut successivement abandonné, puis reprise sans résultats.
Les causes de l'insuccès en Algérie de cette intéressante production sont complexes, surtout d'ordre climatérique et économique.
Les territoires arrosés pendant l'été sont trop peu étendus et les pluies prématurées d'automne nuisent à la qualité du coton qui s'échappe de la capsule entr'ouverte et est exposé aux intempéries. *
Le nombre de capsules est souvent insuffisant ; le
loyer de la terre arrosée est élevé et la main-d'œuvre comme dans toutes les récoltes de cette nature est très chère.
Des mesures administratives, des tentatives mêmes ont eu pour but d'intéresser à cette cueillette dispendieuse du coton la main-d'œuvre arabe, mais la difficulté de la concentrer temporairement sur un même point, en plein pays de culture intensive, a rendu ces projets impraticables.
Le genre Gossypium renferme de nombreuses variétés qui ont été essayées en Algérie et y ont été l'objet d'études et d'expériences suivies et assez sérieuses pour que les résultats négatifs en soient incontestables»
La culture du Cotonnier à longue soie impose l'emploi de l'irrigation estivale pour assurer une cueillette. f Les Cotonniers à courte soie, plus rustiques, donnent quelquefois des récoltes sans arrosement, mais très souvent cette cueillette est peu abondante, parfois nulle.
Les cotons à longue soie et courte soie récoltés en Algérie dans de bonnes conditions avaient de réelles qualités, mais les cultivateurs n'ont pu supporter, avec un rendement faible, l'abaissement des cour-i et la cherté du fret sur les ports du nord de la France.
Actuellement les prix de vente sont encore inférieurs à cause de l'extension de cette culture dans le monde entier et dans des pays à populations denses qui se contentent d'un minime salaire.
Le coton a disparu de tout le bassin méditerranéen, en dehors de l'Egypte arrosée où le climat et les conditions hydrauliques sont particulièrement favorables.
En culture arabe on ne retrouve plus cette Malvacée que dans certaines oasis où cette matière fibreuse peut suffire à des usages locaux, mais il convient de constater que son rendement, inférieur à celui obtenu dans le climat marin, ne correspond pas avec les exigences économiques de cette grande question industrielle.
On peut craindre que dans les milieux désertiques le climat, la pénurie ou la mauvaise nature des eaux d'irrigation ne permettent pas une récolte rémunératrice.
D'ailleurs, si le Cotonnier ne pouvait vivre — et cela est indéniable — que dans les oasis, c'est-à-dire à l'abri des Palmiers, sa plantation serait forcément restreinte et son produit sans cours industriel.
On a essayé également sans résultat les espèces bisannuelles et arborescentes, ainsi que quelques variétés appréciées en Egypte, Sea Island, hâtif abassi, des variétés du Turkestan, etc.
Il n'y a plus en Algérie, depuis 30 ans, aucune culture de coton,
Dyss ou Diss (Arundo festucoides). — Cette grande Graminée vivace, spontanée dans tout le climat marin de l'Algérie et dont les peuplements sont parfois assez importants dans certaines broussailles et sur les coteaux, est une plante très utile aux arabes et même aux colons, pour la couverture des hangars, des gourbis, pour la vannerie grossière et de peu de durée.
Au printemps les feuilles jeunes et tendres sont broutées par les gros bestiaux ; dans l'été elles sont bien dures, mais quelquefois non dédaignées.
A plusieurs reprises ou a cherché à convertir ce feuillage en pâte à papier; ces essais de fabrication n'ont pas été heureux et la plante paraît moins bien appropriée à ce traitement que l'Halfa.
D'autre part cette Graminée ne se prêterait pas à une exploitation régulière de nature à alimenter une industrie.
Quant à sa culture il faudrait un grand nombre d'années pour constituer une souche exploitable et dans ce cas, l'agriculteur a d'autres plantes plus économiques à sa disposition.
Forcément cette espèce tend à disparaître par le défrichement et l'avancement de la colonisation.
Jute ou Corête (Corchorus caljpsularis). — Cette Liliacée annuelle, que les Arabes cultivaient autrefois comme légume, a pris dans l'Inde une grande extension à la suite des besoins de l'industrie anglaise qui en a presque le monopole.
Cette matière fibreuse qui sert à fabriquer des tissus, communs, des toiles grossières pour sac d'emballage, des cordages de peu de durée, paraît avoir un emploi illimité en ce moment.
En Algérie, sans irrigation, aucune végétation de cette plante n'est possible, mais avec de l'arrosement régulier, dans une bonne terre, riche et légère, sur le littoral de l'Oranie notamment, le Jute y atteint dans l'espace de 5 mois de l'été une hauteur moyenne de 1 m. 50. Mais le traitement industriel rencontre les mêmes difficultés de main-d'œuvre déjà signalées pour le chanvre, le lin et les autres textiles.
A la culture du Jute à fibres grossières et de peu de résistance on pourrait préférer celle du Lin dans
d'autres conditions cultu raies que celles ordinairement usitées.
On retrouve encore le Jute dans quelques rares oasis où il est considéré comme légume ; les Arabes en mangent les jeunes pousses et les feuilles tendres.
Lin (Ltnum usitatissimum). — Au point de vue textile la variété dite Lin de Riga est principalement recherchée.
Comme pour le Coton, de grands efforts ont été faits avant 1870, pour implanter en Algérie non seulement la culture du Lin, mais aussi son traitement industriel, puis la question a été reprise vers 1880, mais encore sans succès.
Lès principales difficultés rencontrées dans la culture résident dans les exigences de la plante en fumure et dans la mauvaise influence des périodes sèches au printemps : dans ce cas la tige est peu développée et la fibre de qualité inférieure.
D'autre part, pour le rouissage, l'eau courante manque, l'eau stagnante est bientôt corrompue et le milieu devient dangereux pour l'homme et les animaux, surtout au moment des chaleurs.
Les procédés mécaniques pour traiter le Lin sans le rouir, ou le rouissage concentré dans les bains chimiques, n'ont donné aucun résultat.
Ensuite, dans toutes ces questions industrielles des difficultés de main-d'œuvre se sont produites, puis l'élévation du fret pour les ports du Nord a compliqué la situation.
Actuellement la culture du lin et son industrie n'existent pas en Algérie ; mais ne peuvent-elles jamais y avoir une place?
On peut prévoir que cette plaute, dans des conditions particulières, rendrait plus de services que toutes ces espèces exotiques toujours pronées et qui n'ont jamais donné que des déceptions.
Dans les régions sèches et chaudes, mais à irrigation bien établie, l'arrosement périodique assurerait au lin une bonne venue. En le traitant ainsi, un semis dru, fait de février à fin mai, produirait de belles tiges et en supposant l'obtention d'une fibre de qualité passable, on aurait encore une matière textile bien supérieure à beaucoup d'autres, au Jute notamment.
Dans ces conditions, la culture printanière du lin arrosé peut être beaucoup plus utile que les espèces exotiques préconisées qui n'ont jamais fait leurs preuves.
Un de la Nouvelle Zélande (Phormium tenax). — Cette Lilicicée vivace, à grandes feuilles, d'où Ion extrait une fibre de belle qualité devient de plus en plus recherché dans l'industrie du .tissage où elle a pris une importance considérable. C'est en Nouvelle Zélande, comme l'Halfa en Algérie, un produit naturel d'exploitation.
La plantation du Phormium a été souvent conseillée dans les régions humides de l'Algérie, mais on a oublié de signaler sa, croissance peu active et les grands frais de premier établissement qu'elle exigerait.
Son aire de bonne végétation serait -d'ailleurs très limitée.
Tout parait indiquer que ce végétal n'a aucun rôle utilitaire en ce^pays.
Ketinie* à feuilles de ehanvre {Hibiscus cannabinus). — Parmi les textiles exotiques, cette grande Malvacée annuelle est peut-être la plus intéressante pour les zones chaudes et arrosées de l'Algérie, toutes considérations économiques réservées.
Cette Malvacée à feuilles de chanvre se rencontre dans toutes les bonnes terres de l'Afrique et de l'Asie voisines des tropiques.
Les essais faits en Algérie démontrent que cette culture estivale bien arrosée arrive à la production de tiges hautes de 2 m 50 environ ; elle n'occupe le terrain que pendant 6 mois.
Ses fibres sont très résistantes, mais le rouissage et le décortiquage complètent les difficultés économiques. Cependant, de simples décortiqueuses à ramie ont donné un bon produit, suffisant pour les usages grossiers : il ne faudrait pas demander autre chose à cette plante pourtant bien préférable pour nous au jute.
En Egypte, cette Malvacée donnerait 3.000 kilogr. de matières textiles nettes à l'hectare, mais elle est principalement employée brute à des usages directs ; notamment pour liens pour empaqueter les cotons.
Mauves ou Malvaeées indigènes. — Quelques-unes de ces plantes spontanées en Algérie, dont certaines espèces ont un grand développement, contiennent des filaments textiles sans grande valeur économique.
Elles ne sont d'ailleurs pas assez abondantes pour constituer une exploitation industrielle et leur culture n'offrirait aucun intérêt : tels sont Althœa Narbonensis, Lavatera arborea, etc.
Palmier nain (Chamœrops humilis)^ — ("te végétal est le seul représentant naturel de la famille des Palmiers en Algérie, car le Dattier ne peut y être considéré que comme une importation très ancienne.
Avec l'Halfa, le Palmier-nain est le seul produit textile d'exploitation naturelle, c'est-à-dire que l'homme n'intervient que pour récolter : pour le Palmier nain, il n'y a même pas une réglementation de protection, comme pour l'Halfa, bien au contraire on en poursuit systématiquement la destruction.
On sait que l'on retire assez facilement des feuilles de ce palmier une matière fibreuse dite crin végétal, très recherchée dans l'industrie et dont les débouchés seraient plus que décuplés si la production en était abondante. Malheureusement, dans un sens, elle ne peut que diminuer par la disparition rapide du végétal devaut l'extension du territoire de colonisation.
Les peuplements très serrés de ces palmiers qui vivent jusque dans la région montagneuse, ne sont pas l'indice d'un mauvais sol et ils ont coûté à la colonisation des défrichements dispendieux.
Actuellement, ces peuplements constituent des terres de parcours, puis les palmiers sont soumis à une exploitation spéciale qui consiste à couper leurs feuilles dures et coriaces et en extraire une filasse ou une sorte d etoupe.
Le travail de défibration a été longtemps manuel, puis la machinerie plus ou moins parfaite est devenue un auxiliaire précieux.
Les feuilles de Palmier-nain apportées par les indigènes sont vendues sur bascule à 1 fr. 40 le quintal, prix courant.
Après passage au cylindre -peigneur, le déchet est de 20 à 30 0/0. Par séchage le cria peigné perd 15 0/0 de son poids : il faut compter net un rendement voisin de 50 0/0 du poids des feuilles.
Les cordes en crin végétal qui rendent tant de services, se vendent entre 8 et 10 francs les 100 kilog. aux environs des villes : si ces cordages sont économiques comme achat, ils ont peu de durée dans les usages extérieurs.
On prévoit le moment, d'ailleurs peu éloigné, où cette matière manquera complètement, car ce végétal ne dépasse pas la limite de l'olivier, c'est dire qu'il s'avance fort peu en profondeur dans le pays. Aussi s'est- on préoccupé de savoir si la culture de ce palmier pourrait être entreprise avec avantage. Ce serait une grave erreur que de le laisser croire, en raison du temps et des soins exigés par la végétation de cette plante pour atteindre le moment de son exploitation, d'autant plus qu'elle exige des sols de bonne qualité et le climat marin.
La Ramie. — Depuis 40 ans, la culture de la Ramie est à l'ordre du jour en Algérie et son extension paraît être retardée par l'insuffisance des traitements industriels à appliquer à cette ortie textile.
Oo avait fondé beaucoup d'espoir sur les résultats des concours ouverts à l'Exposition de 1889 pour déterminer les procédés mécaniques et chimiques de défibration et de préparation de la filasse prête à entrer en industrie. Malheureusement, les conclusions de ces nombreux essais ont été nulles et ce n'est que depuis peu que la France a repris l'étude de cet
important problème pour nos manufactures et pour notre agriculture coloniale.
On avait pensé, peut-être avec juste raison» que puisque la Ramie se prétait difficilement à une défi* bration économique sa place n'était pas particulièrement indiquée dans l'industrie des textiles suffisamment alimentée par les principaux végétaux fllifères connus, Chanvre, Lin et Coton. En résumé, on n'avait pas besoin d'un textile nouveau, cher, d'utilisation difficile et d'origine étrangère.
Cette situation qui pouvait être vraie, il y a quelques années, s'est complètement modifiée. La culture du Lin et du Chanvre a périclité en France et les primes offertes et payées qui s'élèvent annuellement à 2.500.000 franc, soit 92 fr. 50 par hectare pour l'année 1899 ne font que maintenir l'agonie de ces cultures.
La France importe tous les ans environ 75 millions de kilog. de Lin teille, représentant une . valeur de 55 millions de francs environ, et pour une somme de 10 à 12 millions de Chanvre.
La France devient donc tributaire de l'étranger pour ces matières premières et l'on se demande si nos possessions coloniales, où les productions écononomiques sont loin d'être précisées, ne pourraient pas fournir aux manufactures métropolitaines cette Ramie réclamée depuis si longtemps pour remplacer avantageusement certains tissus.
Quelle place serait assignée à l'Algérie dans cette production et dans ce nouvel état de choses ? Telle est la question traitée ici.
En Europe, l'étude de la Ramie a été reprise depuis quelques années, mais sans trop de bruit à l'étranger, ce qui fait que l'agronomie et l'industrie françaises ne connaissent ce réveil que par des manifestations et des faits accomplis.
En Angleterre, les décortiqueuses et les procédés nouveaux ont été très appréciés et c'est sur ces méthodes de travail que de grandes exploitations se sont formées dans les Indes orientales.
Une société, dont le siège est à Zurich, a acquis 15.000 hectares dans la partie Nord-Est de Sumatra et sa plantation s'étendrait déjà sur 500 hectares de forêts vierges défrichées.
En Allemagne, la filature de Ramie d'Emmendingen produit par jour 1.000 kilos de fils de différents numéros : elle ne peut se développer manquant de matières premières et subissant l'influence des marchés chinois du China-grass, aussi l'Allemagne se préoccupe-t-elle de développer la culture de la Ramie dans ses possessions de la côte occidentale de l'Afrique, au Kameroun et à la Nouvelle-Guinée où les chûtes pluviales sont annuellement de 3 à 4 mètres de hauteur et quelquefois plus.
En Angleterre, les usines de Bradford, recherchent . d'autres Ramies que celles dites China-grass et sollicitent les productions de nouvelles cultures dans les Indes orientales.
En France, au point de vue industriel la situation est stationnaire: les principales usines sont à Avignon, à Rouen et Bellegarde, mais elles n'emploient que le China-grass.
La question en général, aussi bien en France qu'à
l'étranger, tourne dans un cercle vicieux : l'industrie demande à l'agriculture là matière première, mais non sans raison, le cultivateur exige des marchés fermes. On verra plus loin comment pourrait se résoudre assez facilement cette situation grave à première vue.
L'Algérie peut-elle prendre une part dans la fourniture de Ramie nécessaire à l'industrie métropolitaine et par cela même cette ortie textile a-t-elle une place dans notre agriculture ?
On a proposé d'introduire cette culture chez les indigènes, de l'encourager par des primes et de la recommander en grande exploitation à l'européen qui aura recours aux moyens mécaniques de coupe et de décortication, mais cette conception n'est pas acceptable parce qu'elle ne concorde pas avec les exigences climatologiques et économiquss du pays et de la question.
L'Algérie ne peut être considérée à la fois comme un pays de petite et grande exploitation de la Ramie et l'indigène ne parait y avoir aucun rôle comme cultivateur proprement dit, sauf comme auxiliaire de cette culture ou de son industrie. Si cette plante a de l'avenir sur notre territoire, elle ne saurait s'y étendre qu'en grande culture, dans les plaines du littoral où l'irrigation estivale est constante et où les voies de communication aboutissent facilement aux ports d'embarquement*
La culture rémunératrice de la Ramie . n'occupera en Algérie qu'une place relativement restreinte, mais
qui se chiffrerait encore par .plusieurs milliers d'hectares principalement choisis parmi les meilleures terres des plaines arrosées du littoral, de la région Ouest notamment.
La partie Est du pays, ne présente qu'une plaine, celle de Bône où la grande irrigation est actuellement, insuffisante. La Kabylie n'a que quelques vallées ou l'hiver est trop marqué.
Dans la Mitidja les arrosements réguliers pendant l'été sont encore restreints et, d'autre part, le pays, surtout au pied de l'Atlas, est soumis à des gelées quelquefois nuisibles. Il y a cependant quelques points faisant exception à ces causes désavantageuses.
La plaine du Chéliff offrirait bien des emplacements partout où Tarrosement d'été est possible, mais la grande insolation et la siccité atmosphérique de cette région ne paraîtraient pas absolument propices à la bonne élongation des tiges : cependant cette appréhension aurait besoin d'être confirmée par une plus longue expérience.
C'est, dans les plaines d'Oran, de l'Habra principalement, que les conditions de culture semblent les plus favorables, partout où la salure du sol et des eaux a'est pas trop accentuée : terre légère, profonde et fertile, système d'irrigation fonctionnant normalement, chutes d'eau pouvant actionner les machines à décortiquer, voies ferrées et surtout climat essentiellement marin.
On trouverait dans cette région quelques milliers d'hectares convenant à la culture de la Ramie quand les procédés économiques de traitement en seront bien précisés.
Les opinions diverses et contradictoires émises sur la végétation de la Raraie proviennent simplement du choix de l'espèce, sans parler des races et des variétés locales, et plusieurs observateurs ont signalé ce fait dans les Indes et ailleurs : les uns se sont trouvés en présence d'une plante qui fleurissait trop rapidement et perdait ses tiges pendant quelques temps, les autres au contraire ont constaté une ramie à végétation permanente, mais broussailleuse et ramifiée si elle n'était pas coupée dans son premier jet.
Cette indifférence sur le choix de l'espèce à employer suivant les milieux est certainement la cause de bren des déboires dans certaines contrées et môme en Algérie.
Sans traiter ici de3 variétés et des races, peut-être de véritables espèces, on peut poser en principe qu'il y a deux types principaux convenant à la culture et à l'industrie et qui se distinguent par des caractères généraux très tranchés que l'agriculteur ne saurait ignorer, d'autant que ces plantes réclament des climats spéciaux et ont une végétation différente.
1° Urtica (Bœhmeria) nivea ou Ramie blanche, Ghina-grass des anglais.
2° Urtica (Bœhmeria) utilis ou tenacissima, Ramie verte ou Ramisch de Java et de l'Archipel indien.
La détermination de ces deux espèces, sans entrer dans des caractères botaniques, est utile pour bien préciser d'un seul trait les caractères généraux qui les différencient et imposent l'emploi de l'une ou l'autre de ces plantes suivant les milieux.
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Ramie blanehe. — -Signes caractéristiques.
Plante à tiges annuelles ou monocarpiques, c'est-àdire disparaissant après avoir donné ses fructifications. Espèce des régions tempérées.
La Ramie blanche, {Urtica nivea) de Limé, est originaire de la Chine orientale, pays de pluie d'été et de froids peu accusés : c'est la plante cultivée et préparée par les Chinois, puis vendue à l'industrie anglaise principalement sous le nom de China-grass.
En dehors des caractères précités, le revêtement duveteux et blanchâtre de la face inférieure de la feuille est une indication typique pour tout le monde.
Mais le caractère de végétation qui n'est signalé nulle part, malgré son intérêt au point de vue culturel* réside dans la nature moqoeorpique des tiges, c'està-dire que ces dernières disparaissent d'elles-mêmes après leur fructification. En d'autres termes, on remarque dans l'Algérie littorale et dans les climats analogues que les tiges fleurissant à l'automne et fructifiant au commencement de novembre, constituent la dernière phase de la vie aérienne de la .plante. Laissées sur souches ces tiges se désorganisent d'elles-mêmes, puis la souche, jusqu'au premier printemps, reste privée de végétation apparente*
Cette dernière coupe de tige florifère, point important à faire connaître, est de mauvaise nature et inutilisable si elle n'a pas été faite avant l'apparition des organes floraux.
D'après des renseignements nouveaux* il ressort que cette espèce ne se plait pas dans les pays tempéréschauds où elle donne des floraisons constantes sur des tiges souvent peu allongées. Il est évident que le ren-
dément brut et la qualité' de la matière fibreuse se ressentent de cette végétation anormale.
La Ramie blanche appartient donc aux pays simplement tempérés sans craindre de petits froids aux environs de zéro, d'autant plus que quand ils se produisent la plante n'a pas ordinairement de végétation extérieure.
V Urtica candicans, variété de la précédente, ou espèce particulière, à feuilles plus feutrées, à tiges moins droites et de décorticatiou plus difficile, n'est pas un type recommandable.
Ramie verte. — Signes caractéristiques. Plante à tige vivace et ramifiée. Espèce des régions tempérées-chaudes et intertropicales.
La Ramie verte, Urtica tenacissima Roxb. ou Urtica utilis 1U. originaire de l'Archipel Indien et de Java, se distingue principalement par ses feuilles presque vertes à la face inférieure. C'est une plante de nature arbustive, c'est-à-dire que contrairement à celles de Y Urtica nivea les tiges peuvent vivre plusieurs années, se ramifiant, puis fleurissant annuellement sans que £ette acte entraîne leur mort.
Cette plante exige de la chaleur et de l'irrigation abondante. Dans ces conditions elle produit rapidement des jets très allongés que l'on peut couper pour le traitement en vert à un degré de maturité relative.
Cette ortie verte convient donc tout particulièrement aux pays chauds et on doit la conseiller dans les parties les plus chaudes de notre littoral.
On pouvait avoir il y a quelques années des doutes sur la valeur de cette espèce un peu oubliée, quoique
on eût constaté théoriquement l'abondance de ses fibres, leur qualité et leur grande résistance, mais des expériences récentes ont confirmé que les tiges de Y ortie verte ne présentaient aucune difficulté particulière de traitement mécanique et chimique et que beaucoup de filateurs lui accorderaient la préférence sur V ortie blanche.
Cette constatation est importante pour le cultivateur car l'utilisation de cette espèce lui assure en Algérie une coupe en plus sur l'ortie blanche.
Le rendement d'une culture est subordonné au système de traitement primordial sur lequel on n'est pas d'accord : traitement en sec ou traitement en vert, cependant la majorité des ramistes donnent la préférence à ce dernier et les cultivateurs sont de cet avis car il permet, en raison des vues actuelles, un plus grand nombre de coupes annuelles.
Une bonne plantation doit avoir une végétation régulière de tiges 'denses, serrées, renfermant au mètre carré environ 40 tiges, soit 400.000 tiges à l'hectare.
Si une maturation relative des tiges après leur complète élongation est suffisante, quatre coupes jsont possibles, soit un rendement annuelle de 1.600.000 tiges.
Pour estimer le rendement en fibre on peut se tromper en tablant sur le poids brut des tiges plus ou moius feuillées ou contenant, selon les saisons et les procédés culturaux, plus ou moins d'eau de végétation. D'autre part, la coupe par un temps sec ou de
siroco diminue rapidement de poids par une dessiccation ei a gérée.
L'évaluation du rendement d'une tige de l m 60 de haut, expérience faite sur des milliers de tiges, est de 3 grammes, mais contenant encore 10 % de gomme.
1.600.000 X 3 g. = 4.800 kil. qu'il convient de réduire à 4 .OOOkil. bruts.
Si, d'après les échantillons présentés par différents industriels on applique à ce produit le prix de 850 fr. la tonne, qui n'est pas exagéré pour une belle qualité, l'hectare de ramie produirait brut 3.400 francs de matières prêtes à entrer en manufacture.
Quels que soient les calculs de l'industrie il resterait à la culture un prix forcément rémunérateur.
Les progrès réalisés pour la déflbration de la ramie sont réels depuis quelques années et les méthodes de traitement ne se sont pas bornées seulement aux perfectionnements des machines à décortiquer.
Les belles études de Frémy ont démontré la nature des matières agglutinatives qui emprisonnent les fibres et c'est ainsi que l'on a reconnu que la pectose, la vasculose, la cutose, etc. se traitaient, suivant les cas, par des dissolutions alcalines ou acides.
Pendant longtemps on s'était préoccupé exclusivement de la décortication en sec ou en vert pour en obtenir des lanières ou rubans corticaux qui étaient ensuite soumis à l'action d'un bain dissolvant assez imparfait pour motiver la recherche d'une autre méthode.
Depuis peu, on a renversé la proposition, c'est-à-
dire que pour beaucoup de praticiens l'opération désagrégeante devient préalable et qu'elle est ensuite complétée par un travail mécanique.
On éviterait ainsi l'action corrodante des bains trop énergiques qui sont nuisibles à la qualité des fibres, mais que l'on devait maintenir aussi pour agir sur Tépiderme ou pellicule, matière devenant dure et cornée en séchant et très peu soluble.
Ce traitement préalable consiste à laisser tremper pendant quelques minutes les tiges sèches ou vertes dans un bain chimique, puis à les retirer pour les passer dans une broyease, après une certaine dessiccation que quelques-uns exigent absolue.
Un autre procédé de préparation antérieure repose sur l'action dissolvante de certains gaz. Les tiges vertes sont renfermées daos un grand récipient en métal dans lequel on introduit facilement un gaz déterminé, sous faible pression : après quelques minutes les tiges sont retirées, puis séchées à l'étuve : c'est alors qu'elles passent au broyeur qui réduirait? en poussière toutes les gommes et autres matières agglutinatives pour rendre les fibres lisses et presque entièrement dégommées.
Copendant, il y a d'autres systèmes non sans valeur qui emploient la décortication comme action première, mais ces machines quoique simples, ont été très perfectionnées tout récemment. En effet, elles peuvent travailler sur le champ, en vert, sans effeuillage préalable et produisent par journées de travail une grande quantité de lanières corticoles, fortement raclées, en partie défibrées, sur lesquelles le bain chimique à une action d'autant plus facile que la
désagrégation est déjà fort avancée par le travail mécanique.
Dans certains procédés, les lanières dans cet état de préparation, sont transportées automatiquement, de la décortiqueuse dans le bain chimique et dégommées à l'état vert.
La question est donc fort avancée, mais elle ne sera résolue définitivement que le jour où l'industrie se trouvera en face d'une pénurie de matières textiles, situation que l'on commence à prévoir, puisque les primes, tout au moin6 en France, n'ont pu faire revivre la production du chanvre et du lin et que nos colonies ne produisent pas de coton.
L'expérience du passé semble démontrer que dans cette question l'initiative première des plantations de Ramie en Algérie n'appartient pas à l'agriculteur.
Les groupements financiers et industriels qui se sont formés, quels que soient leurs systèmes de travail, doivent consacrer des capitaux pour créer sur plusieurs points des noyaux, des centres de culture d'abord exploités par eux-mêmes. Ils y trouveront les éléments nécessaires pour alimenter au début leurs usines et en perfectionner le fonctionnement puis, entraîné par l'exemple, le cultivateur passera des marchés et agrandira ainsi la production.
La Ramie, pour être rémunératrice, doit se faire sur d'assez grandes étendues, ou autant que possible par des groupes de propriétaires, ce qui permettrait aux industriels d'opérer à façon la décortication ou la préparation première, enlevant ainsi au cultivateur
des manipulations quasi-industrielles pour lesquelles il ne parait pas avoir d'aptitude.
La culture de la Ramie n'offre aucune difficulté, mais elle exige des dépenses de premier établissement assez élevées.
L'année même de la plantation, la végétation est assez dense pour ne plus exiger de frais de culture : ces derniers se bornent par la suite à des arrosements réguliers, puis à la restitution au sol d'engrais potassiques et azotées.
L'emploi de faucheuses mécaniques est de nature à réduire fortement la main-d'œuvre.
Une plantation peut durer 10 ans.
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