‹ (Les) Cultures industrielles en AlgérieChapitre 7 sur 26 · PLANTES ET MATIERES TINCTORIALES · texte numérisé non relu

PLANTES ET MATIERES TINCTORIALES

La culture des plantes tinctoriales tend à disparaître de plus en plus devant les progrès de la chimie industrielle, aussi notre colonie algérienne ne saurait fonder de grandes espérances sur la production des matières colorantes d'origine végétale ou minérale énumérées ci-dessous à titre de revue rétrospective dans le plus grand nombre de cas, saut pour le Henné, d'usage loca*.

Carth ame ou Safran bâtard (Carthamus tinctorius). — Grande Composée annuelle de l'Afrique Orientale et répandue dans l'Inde et dans TEgypto. On retire de ses fleurs une couleur passant du jaune au rouge ponceau. Cette culture peu rémunératrice tentée il y a une quarantaine d'années n'est plus à encourager.

Cochenille (Coccus cacti). — Cet Hémiptère du Mexique et de la zone intertropicale, vivant sur le geme Opuntia, mais principalement sur ÏOpuntia coccinellifera, a été longtemps recherché par l'industrie tinctoriale pour la production d'une belle cou!eu r écarlate et de bonne tenue.

De très sérieux efforts ont été tentés à plusieurs reprises pour implanter l'éducation de la cochenille en Algérie, notamment aux environs d'Alger. On avait pensé à tort que cet insecte pouvait vivre sur le

Figuier de Barbarie, mais on a dû avoir recours au Ne pal 9 Opuntia coccinellifera.

La récolte de la cochenille n'a jamais donné des résultats satisfaisants : le froid, la grêle, les oiseaux et la cherté de la main-d'œuvre constituaient des conditions économiques défavorables. Ensuite la grande place prise rapidement par les dérivés de la houille dans la teinturerie a fait délaisser complètement la cochenille comme la garance.

€ oui ter i a tinetoria. — Légumineuse arborescente du Mexique, rustique seulement sur le littoral : on en retire une couleur brune.

Sans utilité en Algérie.

Garanee (Rubia tinctoriunï). — Cette Rubiacée, pour lés mêmes causes précitées, n'a pu s'implanter dans les cultures algériennes. Au moment où cette plante contribuait à la prospérité de certaines contrées du midi, des plaines du Rhôno principalement, la cherté de Ja main-d'œuvre en Algérie y empêchait cette culture sarclée, exigeant des soins et un arrosage dispendieux. Plus tard, quand on voulut reprendre cette culture dans les bonnes terres soumises à des irrigations régulières, les traitements industriels de la houille jour en retirer des matières tinctoriales faisaient déjà baisser la valeur de cette plante.

Le principe colorant est extrait de la racine souvent longue de m. 50, soit par broyage, soit par d'autres procédés.

Inutile de chercher à faire revivre cette question.

Henné (Lawsonia alba). — Ce petit arbrisseau de la famille des Lythraraciées est cultivé dans toutes les parties chaudes de l'Orient. On obtient du broyage de ses feuilles une teinture rouge acajou très recherchée dans tout le monde musulman: elle est employée par les femmes et les enfants pour teindre leurs cheveux, les extrémités de leurs mains et de leurs pieds et aussi comme remède pour l'usage extérieur.

Le Henné est une culture saharienne, néanmoins cette plante peut s'avancer dans les régions tempérées de l'Algérie où Ton prétend qu'elle donne un rendement de quinze quintaux de feuilles sèches à l'hectare.

En résumé son emploi est limité bien que son usage pour la teinture des cheveux ait une tendance à s'accroître en Europe en raison de l'action tonifiante de cette matière et du ton particulier, rouge vénitien, qu'elle donne à la chevelure.

L'agriculture, algérienne avait pensé pouvoir utiliser cette plante à la suite des expériences du chimiste Tabourin qui en avait extrait une couleur noire s'appliquant bien à la teinture des soies dans l'industrie lyonnaise, mais les prix de revient de la matière première et du traitement furent reconnus trop élevés.

Indigo (Indigotier). — Plusieurs arbuste du genre Indigo, de la famille des Légumineuses, produisent une matière colorante bleue.

Les principales espèces sont : Indigofera, anil, argentea, tinctoria, etc. Elles appartiennent aux contrées chaudes, mais cependant on avait cru pouvoir les cultiver en Algérie aux premiers temps de la cou-

quête. Malgré une série d'expériences souvent répétées les résultats économiques ont été nuls et Ton doit conclure qu'il n'y a rien à espérer de ces plantes dans toute l'Afrique du Nord.

D'autre part, comme pour la Cochenille et la Garance, les couleurs d'origine minérale découvertes par la chimie moderne ont pris facilement la place de ces produits végétaux qui ne peuvent plus guère être utilisés que dans certains milieux éloignés où la maind'œuvre est abondante et se contente de salaires minimes.

Kermès (Chermes ilicis). — Une sorte de Cochenille qui vit dans nos broussailles sur la jeune végétation d'un petit chêne, Quercus coccifera, produit une teinture rouge autrefois employée en industrie et en pharmacie". Question sans intérêt à l'heure actuelle.

Safran {Crocus sativus). — On a bien souvent voulu introduire en Algérie la culture de cette petite Iridée bulbeuse, originaire de l'Ouest et du Midi de la France, mais cette culture n'a jamais donné de bons résultats dans nos plaines.

On recherche dans le Safran les stigmates des fleurs qui contiennent une couleur jaune peu utilisée par l'industrie, mais bien employée comme colorant épicé pour la préparation de certains aliments auxquels il donne une saveur particulière et excitante.

Cette culture en elle-même n'est pas difficile, mais les frais de premier établissement en sont très élevés. D'autre part ce bulbe craint l'eau stagnante pendant l'hiver, la trop grande sécheresse pendant l'été et les

pluies intempestives. La cueillette et les diverses manipulations exigent une main-d'œuvre considérable de femmes et d'enfants à concentrer par périodes sur un même point.

En résumé, le succès de la culture du Safran ne reposerait que sur les bas prix des salaires.

Au point de vue tiuctorial le Safran est complètement délaissé.

Quelques plantes tinctoriales intéressantes ne résistent pas au climat.

Hœuratoxylon Campeehiamuii. — L. Am.

trop.

Wrightia tinetoria. — R. B. Ind. or.

PLANTES TANNIFERES

I es matières tannifères proviennent principalement des écorces de plusieurs arbres forestiers simplement exploités par les indigènes. Cependant des essais de culture de plantes à tanin ont été tentés, ainsi qu'on le verra par la suite.

Dans les forêts, les chênes fournissent la plus graBde partie des écorces à .tan. Ce commerce d'exploitation s'est élevé à environ 1.200.000 francs dans ces dernières années, mais il a tendance à décroître.

Les Eucalyptus et les Acacias austaliens théoriquement préconisés comme producteurs de matières tanniques ne paraissent pas devoir entrer dans le domaine des exploitations pratiques et, d'autre part, pour des causes diverses, les écorces à tan dans les forêts européennes subissent depuis quelques années une dépréciation. Dans ce cas comme dans beaucoup d'autres on a à craindre la concurrrence des préparations chimiques et des importations de matières tanniques très riches provenant de nos colonies nouvelles.

La présente énumération fera connaître la situation économique des principales espèces.

Aeaeia. — Un groupe de Mimosées australiennes rustiques dans la première partie du climat marin, c'est-à-dire dans la zone de l'oranger, fournit des arbustes d'une croissance assez rapide dans le jeune âge et résistant à la sécheresse.

Acacia cyanophylla. — Arbre très rustique.

— décurrens. — Petit arbre un peu moins rus-

tique que les autreses pèces.-

— leiophylla. — Arbuste à écorce riche en

tanin, environ 30 0/0.

— pycnantha. — Arbuste ne craignant pas

les sols médiocres, a écorce peu épaisse, très riche en tanin, 28 à 36 0/0, mais ce tanin à l'inconvénient d'être noir.

Canaigre (Rumeœ hymenosepalus). — La culture de cette Polygonée a été essayée dans divers pays, puis quelques essais non concluants ont été faits tout dernièrement en Algérie.

Cette sorte de grande Oseille, originaire du Bas- Mexique, de la Californie, etc., a une souche tuberculeuse comme celle d'un petit dahlia et contiendrait une forte proportion de matières tanniques convenant au tannage de certaines peaux pour la préparation des cuirs de fantaisie.

Cette plante est de culture hivernale, sa végétation disparait dès les premières chaleurs. On pense qu'une récolte pourrait être obtenue tous les 3 ans et qu'un hectare donnerait 7 à 10 tonnes de tubercules secs valant bruts 1 . 300 francs.

En résumé on a encore rien de précis sur le mode de préparation et sur les débouchés de ce nouveaux produit, ainsi que sur son prix de revient dans une culture algérienne où sa végétation n'est pas entièrement satisfaisante.

Chêne. — Les Quercus spontanés dans nos forêts sont les principales sources de production de matières tannifëres.

Chëne-liège (Quercus suber). - Commun dans la zone des schistes cristallins et des grés nummulitiques, dans la province de Gonstantine notamment.

Chêne-zeen (Quercus Mirbeckû). — Espèce des forôls du littoral est, poussant bien dans les terrains frais : son écorce contient 12 à 14 p. 100 de tanin.

Chëne-afares (Quercus castanœ folio). — Bel arbre principalement exploité dans la province d'Oran et fournissant un tan très estimé.

Chêne- velani (Quercus œgilops). — Ce grand chêne de l'Orient produit des glands recherchés pour le tannage et la teinture, et connus darîs l'industrie sous le nom de valonée.

Ce beau chêne existe en Algérie et dans le midi de la France.

Le boisement par cette essence est une opération de longue durée que l'Etat seul peut entreprendre.

Dividivi (Acacia, Goulteria, Cœsalpinia, etc). — Dans l'industrie on désigne sous ce nom les gousses de ces Légumineuses qui servent au tannage ou à la teinture.

Coulteria tinctoria du Mexique, n'a qu'une aire de végétation très réduite en Algérie.

Cœsalpinia coriaria, le véritable Dividivi, exige une forte somme de chaleur que cette plante ne trouve pas dans le pays.

Acacia nilotica est limité à quelques points de la zone désertique du Nord ou sa végétation est incomplète.

Sumac des eorroyeurs (Rhus coriaria). — Depuis l'occupation française on engage les planteurs à cultiver cette Terebinthacée assez répandue à l'état spontané dans le bassin méditerranéen, notamment en Espagne et en Sicile,

On rencontre ce végétal dans les broussailles algériennes du climat marin seulement, c'est dire que sa zone de végétation est restreinte.

Les feuilles desséchées et pulvérisées de cette plante qui constituent le Sumac sont employées pour le tannage de certains cuirs.

Le sumac contient environ 30 p. o/o de tanin.

Cette plante pousse dans les sols pierreux et maigres, se multiplie facilement par drageons, mais paraît ne pouvoir être effeuillée avant 3 ou 4 ans.

Le Sumac n'est pas assez répandu dans nos broussailles pour suffire à une exploitation de quelque importance.

Sumac à einq feuilles (Khus pentaphyllum). — Dans la province d'Oran, les arabes appellent Tezera cet arbuste souvent assez fort, très rameuxet épineux, à petits fruits globuleux jaunâtres et rougeâtres.

Au Maroc on emploie son écorce pour teindre en rouge et préparer des cuirs très estimés, mais l'industrie européenne n'utilise pas ce produit.

Tamarix (Tamariœ articulata). — Cette Tamariscinée est le Takahout des Arabes, des régions du Sud et du Sahara, mais nouvellement implantée sur le littoral où elle résiste et se multiplie facilement par bouturage.

Sur les branches se développent par l'action d'un insecte des galles ou loupes (Ouled-Tarfa) que les Marocains employaient au tannage des peaux.

Dans les plantations sur le littoral on n'a pas encore remarqué de galles, ce qui fait que ce Tamarix à moins d'intérêt au point de vue industriel.

PLANTES GOMMIFÈRES

Les plantes qui produisent des gommes sont assez rares et celles qui en contiennent ne sont pas exploitées à cause de Jeur peu de rendement.

A Télat spontané il n'y a réellement que deux plantes gommifères.

Aeaeia tortilla ou $ommifera. — Cette Mimosée qui remonte un peu dans notre sahara algérien n'est pas exploitée, l'arbre étant à la deuxième limite de sa végétation, est rabougri. Il est connu sous le nom de gommier.

Lentisque (Pistacia lentiscus). -— Cette Terebinthac e, le plus souvent à l'état de broussailles, mais qui forme quelquefois des arbustes et des arbres courts, ne sort pas du climat marin.

On n'en retire pas, comme dans les lies du Levant, une gomme-résine connu sous le nom de Mastic de Chio d'ailleurs sans usage en Algérie (voir aux végétaux tannifères).

On a tenté la culture des plantes gommifères d'origines différentes, mais jusqu'à ce jour aucun résultat pratique n'a été obtenu.

On peut citer parmi les expériences d'acclimatation une série de végétaux qui ne peuvent vivre que dans les parties du littoral les plus favorisées par le climat

et qui soQt loin de présenter le moindre caractère économique ; ce sont, pour ainsi dire des plantes de jardins botaniques :

Acacia albicans

— arabica

— catechu

— Lebbeck-Wihld, Egypte

— macrantha

— procera

— vera

Aeaeia nilotiea» — Cet Acacia est un grand arbre cultivé à ïtiskra, mais qui ne peut pas remonter plus au nord : il ne se signale pas par une exsudation gommeuse et ne saurait résister sans arrosements.

Quoique rustiques dans le climat marin, certaines espèces sont peu gommiières :

Acacia capensis

— farnesiana

— horrida

Dans les Mimosées australiennes on trouve un assez grand nombre d'espèces à gomme, mais dont l'extraction n'est pas reconnue rémunératrice en Algérie dans les quelques essais qui ont été poursuivis dans cette voie industrielle.

Ces espèces rustiques dans le climat marin, dans la zone de l'oranger seulement, exigent des terres de qualité passable tout au moins et des soins culturaux: dans certains cas leur existence n'est pas de longue durée et nul ne peut dire encore quelle serait la Ion-

gévité de ces plantes soumises à une exploitation régulière.

Acacia decurrens

— dealbata

— homalophylla

— pycnantha

Ces gommes sont brunes ou blondes : elles s'obtiennent par incésion et à volonté, suivant certains auteurs qui les considèrent comme des productions physiologiques et non pathologiques ?

Un bel arbre de la famille des Protéacées laisse couler une gomme :

Grevillea robuste. — Australie. Cette gomme dont l'exsudation n'est pas régulière, mais qui peut être provoquée par certaines causes, devient presque rouge en vieillissant : elle contient de Yarabinose prédominant sur le galactose.

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