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CHAPITRE IV

Le thé

La consommation du thé en France augmente de jour en jour et l’usage de cette boisson tend de plus en plus à s’acclimater chez nous. Les quantités mises en consommation se sont en effet élevées à 453,000 kilos en 1886, 636.750 en 1896, 835.155 en 1898, et 1.135.140 en 1908, ce dernier stock d’une valeur de 3.859.480 francs, sur lequel 292.717 kilos, payés 995.238 francs, viennent de nos colonies. De leur côté, en dix années, des pays comme la Suisse, l'Angleterre, l'Autriche, ont développé leur consommation dans une proportion de 80 °/,, la Russie dépasse même ce chiffre avec une consommation de 150.000.000 kilos par an. Le public français se porterait plus largement vers le thé si ce produit ne lui était pas livré à un prix aussi élevé. La classe riche a été d’abord la seule à en faire usage, mais aujourd’hui l'engouement est devenu général : dans le nord de la France, par exemple, les ouvriers et les ménages pauvres font souvent du thé

leur boisson de table, parce qu’elle leur revient moins

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cher (0 fr. 05 le litre pour les qualités inférieures) que la bière (0 fr. 13 Le litre) et que le vin, hors de prix pour eux. Les peuples des pays chauds font de leur côté un usage considérable du thé, ce qui prouve que les degrés de latitude n'influent en rien sur sa consommation. On nous taxera peut-être de partialité en disant que nous voulons faire l'apologie du thé : mais ne serait-il pas préférable de voir nos nationaux donner la préférence à ce breuvage que d’assister à ce spectacle quotidien de l’envahissement des bières allemandes aussi préjudiciables à la santé qu’au moral ?

Le commerce du thé peut devenir très florissant en France, ce qui créerait en même temps qu’une activité commerciale plus intense, un débouché pour nos produits coloniaux bien cultivés et préparés. Ce ne seraient certes pas les relations dans les pays de production qui nous feraient défaut, pas plus que les connaissances et l'aptitude à traiter cette denrée. Plusieurs de nos colonies peuvent nous fournir des qualités aussi bonnes sinon meilleures, que celles de l’Inde elle-même, réputées cependant supérieures aux produits chinois. Pourtant nous n'avons rien fait, pour nous réserver sur les marchés de thé une place honorable. Les Anglais n’ont pas attendu longtemps pour créer ce mouvement d’expansion, et c'est un des plus beaux titres de gloire de la Compagnie des Indes que la création de cultures de thé dans l’Hindoustan et à Ceylan. Les résultats sont

les suivants :

Expéditions des Indes et de CTI AOME ER Se. 413.500.000 439,900,.000 439,400.000

(livres anglaises)

En 1910, la consommation de provenance anglaise a été de 4#1.800.000 livres, sur lesquelles 439.000.000 viennent des colonies anglaises de l'Inde, en face d’une exportation mondiale de 490.000.000 livres (il est impossible d’évoluer avec certitude la consommation intérieure des pays producteurs).

La France aurait pu réaliser la même fortune en Indo-Chine. Au nord du Tonkin, dans les vastes défilés des montagnes qui séparent notre colonie de l’Empire chinois, se trouvent d’admirables terrains où l’arbuste croît comme dans l'Inde et la Chine. S’en est-on occupé ? A-t-on cherché à y amener des gens de la partie qui auraient pu améliorer la culture et créer ce mouvement considérable qui a fait la fortune de Ceylan ? Nullement, et la preuve, c'est que l’Indo-Chine a exporté en 1908 seulement pour 768.922 francs de thé (dont 763.623 à destination de la métropole) et qu'elle a dû en importer pour #.034.118 francs. Des sociétés, à l'exemple des puissantes Compagnies anglaises Assam, Ceylon Proprietary, Jokaiï, Jhanzie dont les actions valent de 15 à 40 fois leur prix d'émission, auraient dû se monter, amenant des Hindous habitués à la culture du thé, et dût leur production n’être pro-

fitable qu’à la consommation intérieure et à celle de

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la métropole, ce résultat eût été suffisant. Par là développant la demadde en France, le Trésor aurait bénéficié d’une augmentation de recettes, et la colonie aurait vu diminuer ses dettes vis-à-vis de l'étranger. Mais le commerce français est indolent, il n'est pas assez hardi au moment où il le faudrait. Une entreprise de cette nature aurait pu prendre, non seulement la clientèle nationale, mais encore celle des pays voisins : de La Suisse par exemple dont les 4.000.000 d'habitants consomment dix fois plus de thé que la France et qui est mieux disposée à notre égard qu'à l'égard des Anglais; de la Belgique, dont le désir est de se soustraire à la tyrannie britannique ; de l'Italie, et de la Tunisie.

Une maison, se présentant avec une envergure assez puissante pour répondre aux sollicitations des pays acheteurs ci-dessus, serait assurée de réaliser des bénéfices considérables, Dès l'instant qu'il y à chez nous consommation de thé, il faut v satisfaire, et il est certain que l'élan donné à la production dans nos colonies augmenterait la demande de la métropole.

Voici un aperçu succinet du peu qui a été tenté en ce sens. La plupart de nos colonies se prêtent à l’exploitation du thé et y trouveraient une source nouvelle de prospérité. Cette plante da reste s’accommode faeilement de sols et de climats très différents.

L'Indo-Chine, dont là population consomme la liqueur

de thé en grande quantité, est obligée de faire venir

ce produit de la Chine et de l’Inde alors que l’arbuste existe et prospère sur de nombreux points de son territoire. Cette culture peut prendre en peu de temps un rapide essor, et elle est appelée à jouer un rôle très important dans ce pays asiatique, qui le connaît d’ailleurs depuis plus de vingt sièeles. M. de Lanessan, le prince H. d'Orléans, M. Brenier ont vivement insisté sur la nécessité de l’entreprendre en grand en Annam ; le premier même, ancien gouverneur général, affirme que les thés d’Annam, préparés suivant les méthodes modernes et présentés au public avec les soins et la belle apparence qui ont donné aux thés de Ceylan une réputation mondiale, peuvent concurrencer ces derniers, car ils ont sur eux l'avantage d’un terrain plus propice.

Les bénéfices que doit retirer, dans des conditions normales d’exploitation, un planteur ou une société ayant des capitaux et le temps d’attendre sont plus considérables encore pour le thé que pour le tabac, ainsi que le démontre le bilan ci-après d’une exploitation de 100 hectares à Ceylan, dont les chiffres ont été soigneusement contrôlés d’après la comptabilité réelle de plusieurs planteurs anglais : (Remarquons que le théier, qui dure cinquante ans avec des soins éclairés,

ne donne la première récolte que vers la troisième

année.)

Dépenses de la première unnée.

Main-d'œuvre (défrichement, piquetage, plantations, sarclage, arbres d’ombrage, administration). . . . . . . . . 32.437.75

Matériel (graines, outils pour la culture). 8.250 40.687.75

Dépenses de la deuxième année.

Main-d'œuvre (sarclage, entretien, surveillice). Uihescius tee Re cn RATS Matériel (bâtiments, tamis, caisses). . . 14.097.50 27.972.50

Dépenses de la troisième année.

Main-d'œuvre (sarclage, cueillette, manipujabon}i 0 0e 7 VAT RU CO ALT

Dépenses de l'année moyenne à partir de la quatrième.

Main-d'œuvre (sarclage, cueillette, aäministrabion) statuts : cabane ei SITE Recettes (La livre moyenne vaut à Colombo 0 fr.734). Nulles la première et La seconde année :

La troisième année, on récolte 25,000 livres dé 64 0 fr. 134. - à à et AG OU La quatrième année et suivantes, en moyenne 150:000 VE ET et Ne RS ART IO ON

trie

Considérant maintenant les dépenses faites pendant les trois premières années, déduction faite de la faible recette de la troisième comme le capital engagé (sol non compris), et la différence entre les recettes et les dépenses de l’année moyenne à partir de la quatrième

comme le revenu de ce capital, nous avons :

Dépenses (40.687.75 + 27.972,50 + ADO late soon sut vrvve 4199:460:25

A déduire,recettes de troisième année. 18.350

Capital engagé. . 047 l'or so: 10 v74:810.25 Recettes de l’année moyenne. . . . . 110.100 Dépenses de l’année moyenne. . . . . 61.875

Le capital engagé, inférieur à 80.000 francs sans tenir compte de la valeur du sol, donne un revenu net moyen de près de 50.000 francs. Si on veut faire entrer en ligne de compte la valeur du sol, on remarquera qu’elle est faible, car le terrain n'acquiert de prix que par le défrichement qui est compris dans le chiffre des dépenses. Évaluant le sol en friche à 100 francs l’hectare, on aura 10.000 francs à ajouter au capital à engager. En fin de compte, avec une mise de fonds de 90.000 francs, on aura un revenu de 50.000 francs, c’est-à-dire 55 ‘’/,, dès la quatrième année.

Nos autres colonies peuvent, elles aussi, autoriser

ny.

de belles espérances. Le thé pousse très bien à la Guyane, à la Nouvelle-Calédonie, et à Madagascar, de nombreux points de ces pays ayant un climat sensiblement le même que celui de Ceylan. À Madagascar notamment, où le thé est indigène, on a souvent signalé l’Imerina comme très propre à cette culture. A Ia Réunion, il n’existe encore que quelques plantations du Crédit Foncier Golonial, qui y a importé les graines dites : Hybride d’Assam. D’autre part le sol de la Réunion semble avoir une influence excellente sur le thé d’Annam et donne des produits supérieurs à ceux du pays d’origine ; ils sont plus hauts cotés sur les marchés d'Europe, notamment parce que les feuilles récoltées à la Réunion contiennent plus de théine (3,75 °/,) que toutes les autres, ce qui est une qualité essentielle. L’exportation très faible d’abord (30 kgs. en 1903), est passée à 1.012 kilos (valant 9.790 fr.) en 190%.

Que rapporte, dans les conditions normales, une plantation de thé à la Réunion? Reprenons le compte de culture cité plus haut : les dépenses résultant de la maind'œuvre ayant été distinguées de celles du matériel, les résultats peuvent être appliqués à un pays producteur quelconque. A la Réunion, le prix de la main d'œuvre est plus élevé qu’à Ceylan. Si done on double dans le bilan ci-dessus toutes les dépenses afférentes à la maind'œuvre, on aura, après calculs, un total de dépenses pour les trois premières années de. . . . 163.973

et par année moyenne de. . . . . ... 423.750

Les recettes s’établissent comme il suit :

— Prix du gros par livre en France. . . . 2fr. (au détail, les prix s'élèvent à 4,6, et même 8 francs) Retranchant (taxe de 104 fr.),

par livre : p. frais de douane. . . 0,52

— p. frais de transport. . 0,15 il reste pour la valeur de la livre de thé à la Réunion :1 fr.33

— Bilan des recettes, 3° année, 25.000 liv. à 1,33 : 33,250

année moyenne 150,000 — — 199,500 Récapitulant.

— Dépenses des trois premières années (163,973), moins recettes de la 3° (33.250) : 130.723 fr.

montant du capital engagé.

— Recettes de l’année moyenne. 199.500 Dépenses -— — 123.750

Bénéfice net moyen annuel. 75.750

Le capital engagé, d’environ 130.000 fr., + 10.000 pour le sol, — 140,000, donne un revenu de 75.000 fr., soit 53,97 /,, dès la quatrième année.

En présence de ces bénéfices, il y a avantage incontestable pour les colonies indiquées ([ndo-Chine, Réunion, Madagascar) à entreprendre cette culture. Et pour développer la vente du produit, il suffirait, en dehors de la livraison de bonnes marchandises d’un type uniforme, d’un dégrèvement complet des droits de douane, et de La création par les planteurs d’un syndicat de vente directe au public dans Le but de supprimer l'écart

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des prix, si nuisible à une large consommation, entre le gros et Le détail. En suivant la ligne de conduite actuelle, non seulement se trouvent perdus les bénéfices sur les ventes que nos nationaux pourraient réaliser, mais on tue, avant qu’il naisse, un commerce qui

ne demande qu’à se développer.

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