CHAPITRE XI
La valorisation des cultures riches
Il ne convient pas seulement d’établir la nécessité du développement des cultures riches dans les colonies françaises avec les moyens de le réaliser : un facteur important entre ici en jeu, leur valorisation à l’étranger réalisée ou possible. Une fois que nos colonies seront à même de fournir ces denrées exotiques dont la France a besoin, elles seront assez fortes et le marché commercial de leurs produits assez solide pour résister aux conséquences désastreuses d’une crise causée par échec, temporaire ou définitif, d’une valorisation des denrées riches. Mais tant que leur production est dans l’enfance, que par suite la métropole dépend encore de l’étranger, le succès du développement de ces cultures coloniales peut être gravement compromis par l'instabilité des prix, et par leur effondrement inévitable, le jour où la valorisation disparaîtrait. Tout pays producteur qui peut prétendre à un monopole est immédiatement porté à relever les prix, et ce sont les
consommateurs du monde entier qui en supportent les
conséquences. La question de la valorisation est donc d’un intérêt capital pour la France et pourses colonies: une production coloniale suffisant à alimenter le marché métropolitain évitera aux consommateurs l’obligation de payer très cher les denrées riches valorisées à l'étranger, et aux colonies les ruines provenant d'une crise commerciale toujours possible. L'union entre la France et ses possessions maintiendra donc une stabilité suffisante des prix de vente.
La pratique de la valorisation tend à s’implanter sur le marché des cultures riches (caoutchouc, café, sucre, au Brésil) (thé, à Ceylan), et en présence de son importance pour nos colonies, il n’est pas inutile d’expliquer ce qu’on entend par valorisation et comment peut s’exercer son action. Cette opération a pour but d'assurer, par une intervention puissante et coordonnée sur le marché d’une denrée, non pas, comme on le dit à tort, la stabilité des prix de vente, mais Le relèvement de ces prix, tant que la consommation ne diminuera pas trop à la suite de leur élévation constante. Elle aura donc pour objectif d’emmagasiner des stocks, afin de raréfier la marchandise sur le marché mondial.
La bonne conduite d’une pareille opération nécessite certaines conditions primordiales qu'il ne peut être toujours aisé de réunir, en dehors bien entendu de celle qui exige que Le pays valorisateur domine le marché mondial pour la denrée sur laquelle il entend opérer.
Tout d’abord 1l faut pouvoir disposer de capitaux
très importants pour emmagasiner, pendant une durée indéterminée, des stocks suffisants, de manière à rétablir l'équilibre entre l'offre de la production et la demande de la consommation. Il faut ensuite que les lieux de production ne soient pas disséminés et permettent un contrôle efficace des futures productions, sans quoi ceux quitentent la valorisation n’auraient aucune chance de réussite, un trop grand nombre de producteurs risquant d'échapper à leur contrôle.
Mais, alors même que ces conditions sont remplies, le succès de la valorisation n’est point assuré. Il est toujours très dangereux, en effet, d'intervenir artificiellement sur le marché d’un produit de grande consommation et de violenter la loi fondamentale de l’offre et de la demande. En enlevant du marché des stocks qui l'encombraient et en les emmagasinant, on immobilise des capitaux qui restent momentanément improductifs. Cette raréfaction de marchandises détermine sans doute, sans trop de difficultés, un relèvement des prix de vente. Mais n’y a-t-il pas à craindre, quand il faudra vendre les stocks emmagasinés, que leur retour sur le marché ne détermine de nouveau un fléchissement des prix ? Là est le danger de la valorisation. Quelque soin qu’on prenne de doser convenablement l'écoulement des stocks, il y a toujours à redouter une baisse des prix, et par conséquent un échec désastreux pour ceux qui ont tenté l'opération, pour peu que la production
continue d’augmenter. Cela est tellement vrai que la
si —
réussite de la valorisation du café, la culture riche qui a la première subi cette aventure, n’a été due qu’à la circonstance heureuse de mauvaises récoltes. Il peut paraître bizarre de voir qualifier d’heüreux le fait d’une mauvaise récolte. C'est là précisément la plus forte condamnation que puisse encourir la valorisation : on escompte et on souhaite toujours une récolte déficitaire.
Nous allons trouver la preuve de ces allégations dans l’étude abrégée de la valorisation du café, qui montrera à quel point ce système est dangereux pour nos colonies productrices de cette denrée et coûteux pour le consommateur français.
La valorisation telle qu’elle a été pratiquée, suivant un plan bien établi, par l’État de Säo-Paulo, touche à tous les domaines. C’est si bien une question d’ordre politique internationale, intéressant par suite les consommateurs français et coloniaux, que récemment la Chambre des députés des États-Unis a protesté contre la valorisation qui entrainant une hausse d’une denrée de première nécessité (voilà encore une confirmation de la fausseté des préjugés de luxe à l’égard d'une culture riche) cause un grand préjudice aux classes peu fortunées. Question d'ordre économique, la valorisation soulève d’un coup tous les problèmes qui se rapportent à l’intervention du pouvoir politique en ce qui concerne la fixation artificielle du prix des denrées.
Ici la denrée en jeu est d’une consommation si cou-
rante que le monde entier se trouve intéressé à l’opération, et que notamment de cette fixation par un État étranger dépendra l’avenir de la production du café dans nos colonies, où les plantations pourront se trouver ruinées par l’effondrement éventuel du système. Comment lutter en effet si la chute des prix artificiellement maintenus jusque-là à des cours élevés sur le marché régulateur, entraîne brusquement une dépréciation générale ? Enfin, question d'ordre financier, la valorisation roule sur un maniement d'espèces s’élevant au total à 1.100.000.000 de franes, elle met en jeu les finances du Brésil tout entier, et, détail suggestif, elle n'a été possible qu'avec le concours des capitaux des pays consommateurs, comme nous le verrons pour la France, ce qui n’est pas sans suggérer d’assez piquantes réflexions.
Le gouvernement brésilien a proclamé avec enthousiasme le succès de l’opération. « Nous avons pris le café à 30 francs, disait le ministre des Finances de Säo- Paulo dans une interview bien connue, et nous l’avons porté à 74 francs, simplement en réglant l'offre et la demande. Nous sommes les maîtres du marché et des Cours. »
Ce « réglage » semble évidemment un peu artificiel. On en voit les conséquences au point de vue français : le consommateur est sacrifié. Quant aux futures plantations coloniales, leur avenir est entre les mains du
Brésil, « maître du marché et des cours» Que le krach
survienne à la suite de plusieurs récoltes abondantes, les prix au Brésil baisseront fortement et le consommateur français s'empressera d’aller s’y approvisionner. Nos colonies en effet auront beau baisser ellesmêmes leurs prix, leurs cafés vaudront plus cher que les brésiliens, parce que la demi-détaxe est une compensation absolument insuffisante en présence des charges de la production actuelle. Résultat final : chute des prix, diminution des débouchés.
Il y a cependant un facteur qu’on peut considérer comme rassurant. Le Brésil jouit en ce moment d’un monopole incontesté pour l’approvisionnement mondial du café. Ainsi en 1909-1910 (la campagne caféière va du 1° juillet au 30 juin) il a fourni 15.320.000 sacs de 50 kilos, et le reste du monde 3.500.000. Mais la prospérité de ses planteurs ne tient qu’à des causes artificielles : en particulier à la baisse des cours du change qui leur est favorable, et à la valorisation qui a permis jusqu'ici d'éviter les crises de surproduction. Certes, au point de vue des principes de doctrine pure, elle est blämable, tous les excès se paient et les planteurs brésiliens montrent quelque outrecuidance à vouloir se mettre au-dessus des lois économiques dont aucune puissance au monde ne saurait enchaîner longtemps le jeu fatal. Mais n'est-il point dans la nature des hommes de faire tout le possible pour échapper à l’action des lois naturelles? Les planteurs s’y sont
essayés, et on ne peut vraiment les accuser d’avoir
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voulu triompher de la ruine, quand à la suite de la récolte monstre de 1906-1907, les prix tombèrent jusqu’à 25 francs le sac. Seulement, nous ne devons pas l’oublier, le crédit du Brésil et ses intérêts ne sont pas seuls en cause, C’est le consommateur français qui est atteint, c’est l'avenir de nos plantations de café qui peut être mis en péril.
La valorisation a été réglée par toute une série de lois fort bien combinées, il faut le reconnaître. On crée tout d’abord par une loi du 29 décembre 1905 une taxe, en or, de 3 francs par sac, portée à 5 francs le 25 août 1908, loi qui limita aussi l'exportation. Mais il allait être nécessaire de contracter d'énormes emprunts pour -ravaler sur les grands marchés le café qui y tombait avec tant d’abondance depuis 1906. Après plusieurs emprunts modestes (quelques dizaines de millions), le Brésil en contracta un, le 11 décembre 1908, avec la maison Schræder et surtout avec la Société générale et la Banque de Paris, s’élevant à 375 millions, au taux de 5], et qui fut réalisé à 85 ‘/.. Voilà donc les Français prêtant leur or au Brésil au lieu d’en féconder leurs colonies, souscrivant à des milliers de titres, qui sont montés au-dessus du pair, c’est entendu, mais où le risque était grand et l’est encore. Par quoi en effet est garanti el est payé l’intérêt de 5 °/,? Par la taxe d’exportation dont nous avons parlé tout à l'heure, Qu'est-ce qui est la raison d’être de cette taxe et en permet le paiement? C’est la hausse des cours du café. Qui fait Les frais de
cette hausse? Les consommateurs, ceux de France comme les autres. En fin de compte, la France a livré ses capitaux au Brésil, avec l’incertitude inhérente aux placements dans un pays, dont le crédit n’est soutenu que par des mesures artificielles et par leffort colossal des établissements de crédit, et cela pourquoi? pour payer son café plus cher, et pour continuer à le payer de plus en plus cher, tant qu’il plaira au comité de valorisation de hausser Les prix, et tant que le système ne s’effondrera pas dans la débâcle finale.
Si cette monumentale opération n’a point encore craqué, c’est grâce surtout à la production réduite des plants de caféiers. Il était dans l’ordre des choses qu'ils fussent comme épuisés au lendemain de la campagne de 1906-1907, mais à mesure que celle-ci s’éloigne dans le passé, le danger d’une nouvelle récolte monstre se présente avec plus de force à l’esprit. D’autre part, il y a eu des frais considérables (emprunts, magasinage et conservation du café) et pour pouvoir solder l'opération sans trop de déchet, le gouvernement de Säo-Paulo cherche naturellement à vendre son stock au prix le plus élevé qu’il soit possible. L’opération de La valorisation est done, tôt ou tard, destinée à un échec, car son but véritable, comme nous le disions au début, est de hausser les prix sans arrêt. Il s’en faut d’ailleurs que la consommation ait pris son parti de la hausse considérable qui a été enregistrée depuis 1910-1911, et
qui pourrait avoir pour résultat de substituer, en par-
tie tout au moins, le thé au café. Cette hypothèse se trouve confirmée par les statistiques montrant l’accroissement de la consommation du thé, notamment en France, en 1910 et 1911, pendant que celle du café a une tendance à se ralentir. Si le thé pouvait arriver à prendre une place égale à celle du café dans les pays importateurs, alors qu’actuellement ceux-ci ne consomment par an que 220.000.000 de kilogrammes de thé contre 1.000.000.000 de kilos de café, il est certain que les prix du thé hausseraient. Peut-être alors les Anglais songeraient-ils, mais ce n’est là qu’une hypothèse, à réaliser la valorisation du thé, car ils possèdent en fait le monopole de l’approvisionnement mondial et n’ont pas à craindre de faire le jeu d’un concurrent qui les supplanterait sur les marchés. On voit par là l’intérêt qu'il y a pour la France, en présence de ces éventualités si tentantes et parfaitement réalisables, à engager ses colonies dans la voie de la production de ces cultures riches pour échapper au bon plaisir des pays valorisateurs.
La valorisation a encore été tentée au début de 1911 sur deux autres cultures riches : le caoutchouc et le sucre, mais surtout sur la première. C'est Le Brésil, l'enfant terrible de la finance contemporaine, qui à ébauché ces projets.
Pour le caoutchouc, il a procédé savamment et la combinaison a été moins loin de réussir qu’on ne le pense
généralèment, En décembre 1911, le gouvernement
brésilien est même revenu à la charge. Il cherche à em- . prunter 150.000.000 de francs, dont les intérêts seront garantis par une taxe d'exportation de 3 d. par livre de caoutchouc. Le syndicat qui s'est formé, avec l’aide des banques locales et de la Banque du Brésil, a prétendu d’abord qu’il se proposait simplement de régulariser les arrivages et le prix du caoutchouc. Les arrivages de para sauvage récolté dans les forêts du Brésil se font en masse durant une période relativement courte, de novembre à février,et c’est avec eux que la consommation de toute l’année doit se fournir. On conçoit donc l'intérêt qu’il y a pour les producteurs à se ré unir pour retenir momentanément certaines quantités de para et éviter ainsi l’arrivée de stocks importants sur le marché, que la consommation n'’utiliserait que peu à peu, stocks déterminant à certains moments un recul des cours. La presse brésilienne, exposant les projets du syndicat, ajoutaitque la spéculation américaine exagérait encore cette baisse et qu'il était urgent de lutter contre elle.
Mais le syndicat, dès le mois d’avril 1911, augmenta rapidement ses stocks, qui dépassaient, d’après Les journaux financiers les plus compétents,6.000 tonnes à la fin dece mois,sur un stock mondial total de 12.089 tonnes de para (30 avril 1911). La Banque du Brésil pritalors à son compte tout ce para et résolut de ne le livrer qu’au cours de 8 shillings la livre. Le 5 mai, une im-
portante conférence eut lieu à Rio de Janeiro au Pa-
lais du Président de la République, Hermès de Fonseca. La réunion qui comprenait, outre le président et plusieurs ministres, divers congressistes désignés par les États grands producteurs de caoutchouc, émit un vœu visant à l'établissement du régime suivant: le gouvernement participerait au bénéfice à retirer de l’organisation de la production et de la vente du para, et il serait émis un emprunt de 6.000.000 £ (150 millions de francs), productif d’un intérêt de 5 ‘/, et amortissable à raison de 1/2 ‘/; par an. Le prix d’émission serait fixé à 87 °/,.Afin d'assurer le service de l’emprunt, il serait décrété une taxe de 400 reis par kilogramme de caoutchouc exporté. Sur la base d’une production annuelle de 35.000 tonnes, les recettes encaissées dépasseraient largement les besoins du service de cet emprunt, car elles seraient de 466.667 livres sterling, soit 11.760.008 francs.
IL s’agit là, on le voit, d’une opération de valorisation, indiscutablement, qui semble calquée sur celle du café. Nous sommes loin du projet du début; la simple régularisation des arrivages.
En outre, deux banques au capital de 6 millions de livres sterling devaient être créées, l’une à Manaos, l’autre à Para de Belem en vue de consentir des avances aux producteurs.Les États de l’Amazone etdu Para garantiraient à chacune d’entre elles un intérêt de 6 °/, sur le montant de leur capital. De son côté l’Associa-
tion commerciale des négociants en caoutchouc de-
manda le 27 mai, dit le Messager de Säo-Paulo, la fermeture de toutes les maisons de commerce de caoutchouc jusqu’à ce que le gouvernement fédéral eût résolu le problème de la défense de ce commerce, c’està-dire jusqu’à ce que la valorisation eût réussi.
Pour le succès, il suffisait dès lors de la sanction des législatures locales, simple formalité, et d’emprunter les quelques 300 millions indispensables. Mais les négociations qui se sont poursuivies en vue de trouver les capitaux nécessaires n’ont pas abouti, à cause de l’audace excessive de l’opération. |
En effet, le Brésil est loin de détenir, dans la production mondiale du caoutchouc, le même pourcentage que dans celle du café. Sur les 80.000 tonnes consommées annuellement, il en fournit un peu plus de la moitié. C’est évidemment encore une situation très forte, d’autant plus que le caoutchouc brésilien est, pour la majeure partie, du Para, le produit le meilleur de tous incontestablement. Mais il est d’autres facteurs qui interviennent ici et qui diminuent la force apparente de la position statistique du Brésil. L'industrie utilise de plus en plus les caoutchoucs inférieurs, factices, ou pseudo-régénérés, souvent au détriment du consommateur, mais à coup sûr au détriment du Para. D'autre part, nous l'avons déjà indiqué, la production du Brésil est stationnaire, et sera concurrencée de plus en plus dans l'avenir par le Para asiatique ou de plan-
tation. Si l’on considère que le prix de revient du caout-
chouc d'Asie (1 sh. 6 la livre en moyenne) est de beaucoup inférieur à celui du produit brésilien (de 2 sh. 1/2 à 4), l’issue de la lutte ne paraît guère douteuse. Dans quelques années, on pourrait parler de nouveau d’un projet de valorisation, mais ce serait pour le caoutchouc de plantation en Asie, au cas où il aurait conservé la prépondérance à l'égard des nouvelles plantations que l’on fait partout. En somme, le Brésil trouverait-il des appuis financiers, ce qui parait douteux, et réussirait-il à maintenir le Para au niveau désiré dans l’Amazone (8 sh. la livre), la valorisation ne servirait qu’à favoriser, grâce au supplément de bénéfices qu'elles en retireraient, le développement des plantations et à hâter par suite l’époque de la déchéance du Brésil comme producteur. Cette perspective condamne d’avance l’opération. Il faut conclure seulement de cette étude rapide que la France a un intérêt évident à soustraire ses consommateurs aux menaces des hauts prix, en faisant venir de ses colonies les denrées riches nécessaires aux besoins métropolitains.
En ce qui concerne le sucre, il ne semble pas qu’on puisse parler de valorisation, surtout au Brésil. Il produit annuellement 300.000 tonnes,bien que nulle part la culture de la canne ne trouve de conditions plus propices que chez lui, et qu’il ait été longtemps le premier producteur de sucre du monde. En regard de ce qu'il fournit aujourd’hui, dont les 4/5 sont consommés
dans le pays même, la production du sucre de canne
dans le monde entier atteint plus de 6.000.000 de tonnes, et celle de la betterave plus de 8.000.000. S'il plaît aux Brésiliens dans le but de protéger l’industrie locale, de payer plus cher le sucre qu’ils consomment, libre à eux de le faire, mais ils n’imposeront pas au monde leur volonté, et ce ne seront pas,comme pour le café et éveutuellement pour le caoutchouc, les pays consommateurs qui feront les frais et seront les victimes de cette politique. La valorisation du sucre au Brésil ne peut donc s’entendre que d’une mesure de protection douanière, inspirée par quelques grands propriétaires indigènes, mais qui reste d’ordre intérieur.
La lecon qu’il faut dégager de l’examen de ces divers projets de valorisation, au point de vue de l'intérêt de la France et de celui de ses colonies, c’est le danger qu’il y a à rester tributaire de l’étranger pour des denrées de consommation intense et croissante. Nous pou- .vons développer les cultures riches dans nos possessions, car la France ne manque ni d'hommes compétents, ni de capitaux. Ces derniers, tous les efforts du gouvernement devraient tendre à en faciliter l’orientation vers les grandes entreprises coloniales, chaque Français pouvant ainsi prendre une part honorable aux efforts d'expansion de la mère patrie, non seulement le banquier qui dispose de réserves opimes, mais toute personne, même de vie modeste, qui fait des économies: une vieille fille, peu experte en géographie, peut tra-
vailler, sans s’en douter, à la prospérité de la France,
si, au lieu de serrer ses épargnes dans le légendaire bas de laine, elle les place dans une de ces entreprises coloniales françaises qui défrichent des terres, creusent des canaux, dessèchent des marais, exploitent des plantations de thé, de café, de caoutchouc — et ne les consacre pas, sur le conseil des grandes banques intéressées, à l’achat d’un titre exotique étranger, représentant un emprunt destiné à une valorisation audacieuse,
que la faillite guette.