OBSERVATION
Avril 1925. — Mlle F..., 16 ans et demi, taille : 1 m. 67, poids : 47 kilogr., teint pâle, cholémique, muqueuses décolorées, très mince, aucun développement des hanches et de la poitrine. Poumons, foie normaux, rate non perceptible, quelques ganglions axillaires, inguinaux et cervicaux. Non réglée. Très surveillée par sa famille, cette jeune fille est en traitement depuis trois ans; l’opothérapie, l’arsenic, les glycéro, l’élixir Deret, les régimes spéciaux ont été essayés sans résultat.
A cette date, nous la prenons en traitement, et, de nouveau, nous prescrivons opothérapie, glycérophosphates, cure d'air. <
Mai : aucun résultat, pas de gain pondéral. Il en est de même au début de juin. Nous continuons l’arsenic, la manganèse, et vers le 10 juin, elle voit pour la première fois, règles peu abondantes et sans durée H. 5.
15 juin : départ pour les Vosges, où nous l’envoyons passer un mois à une altitude moyenne et en forêt; l’état anémique non modifié, la maigreur du sujet, le peu d’effet des médicaments prescrits nous ont décidé à essayer le changement de climat.
Retout fin juillet. La jeune fille est examinée à cette époque, elle signale un meilleur appétit et des malaises mensuels sans retour des règles; le gain pondéral est minime, le développement général est le même, l’état anémique n’a pas changé.
Août-septembre : rien de marqué, la malade a repris les médicaments habituels. Toutefois, elle voit légèrement le 10 et le 28 septembre.
En octobre, on note : Taille : 1 m. 67, poids : 47 kg. 200, tour de poitrine : 0,80, tension Pachon : 10,5, Lion : 10,5.
EXAMEN HÉMATOLOGIQUE :
Hématies, 4.145.500 par millimètre cube;
Leucocytes, 14.962 par millimètre cube;
Hémoglobine, 9,05 p. 100;
Valeur globulaire, 0,78.
FORMULE LEUCOCYTAIRE :
ADO NES EE Rare UC nent da PA MononUeeaines a lune ane a oi aies à à 36,1 , POLY AUCICAILES SR rate mener leren 52,9%
ÉOSnODR ES RE SN ra à 18%%
SGAUEE
La mauvaison saison approchant, nous conseillons au père, officier, d'emmener en mer à son prochain voyage sa fille, pour faire une cure marine d’environ un mois.
Le père acceptant, Mile F... part mi-octobre du Havre sur un cargo de 6.500 T. allège au départ.
Voyage à l’aller par très gros temps; toutefois, ayant sur le: pont une cabine bien exposée, elle fait régulièrement les cures.
Retour par temps meilleur, cures sur le pont, bon appétit, règles très abondantes durant plusieurs jours.
28 novembre, au Havre : Poids : 47 kg. 800, taille : 1 m. 68, poitrine : 0 m. 86.
Hématies, 4.486.625 par millimètre cube;
Leucocytes, 10.762 par millimètre cube;
Hémoglobine, 10,55 p. 100;
Valeur globulaire, 0,84.
FORMULE LEUCOCYTAIRE :
ÉVYMDhOCITESN Herr RTE Le CE BA 1% Mononucléaires ......... AE RAD EE AE A 36,6 % Polynueléaires Eneutrophiles re "Te CCR rc 58,8 % Polynucléaires éosinophiles ....... rene 1,3 %
Pendant ce voyage, Mlle F... n’a pris aucun médicament. Elle revient en excellent état, malgré le gros temps. Elle a peu gagné de poids, mais elle est colorée, la poitrine et les hanches se sont affirmées, l’appétit est vif. Tension 12,6 Pachon.
Elle gagne du poids et atteint 48 kilogr. au milieu de décembre; pendant ce mois, elle est sans médicament.
28 décembre : Troisième examen de sang :
Hématies, 4.329.750 par millimètre cube;
Leucocytes, 7.875 par millimètre cube;
Hémoglobine, 11,50 p. 100;
Valeur globulaire, 0,95.
FORMULE LEUCOCYTAIRE :
Lyanphocites raser DS tn D EUR 5,8 % Mononpeléaires ere Pen Re Fe CE 40,3 % Polynucléaires neutrophiles ....... een 2e Polynuücléaires éosinophilés = "mer TE
Ces analyses montrent que la cure marine a amené les - modifications nettement favorables : en effet, le nombre des leucocytes a diminué, le nombre des hématies s’est élevé pendant le voyage pour descendre légèrement dans le mois
ES : Les
suivant, mais l’hémoglobine a très régulièrement augmenté et à la dernière analyse la valeur globulaire touche à la normale.
Revue le 15 janvier, Mlle F... a continué à se développer, elle n’a pas de malaise, elle voit abondamment, le teint et les muqueuses ont un aspect normal.
En résumé, anémie rebelle et troubles ou développement général non influencés par les médications, mais fortement améliorés par la cure marine qui a déclenché une crise sanguine favorable avec tous ses avantages secondaires.
Toutefois il est inutile de préciser que si ces cures sont un moyen excellent pour combattre les anémies consécutives aux graves maladies, elles n’ont aucun effet sur les anémies symptomatiques de cancer, ulcus ou syphilis : là il est indispensable de traiter la cause.
Sur les sujets rachitiques, ces cures héliomarines ont une action sélective et constituent un remède inégalable. Au bienfait de l’air marin du large s'ajoutent les avantages de l’héliothérapie la plus riche.
En outre, la pureté absolue de l'air, la stabilité de température, évitant aux malades tout risque de refroidissement, la densité de l’atmosphère, ralentissant la respiration, en la faisant plus profonde, tout ceci concourt à faire de Ia pleine mer un lieu particulièrement favorable au traitement des maladies des voies respiratoires.
Dès les premières heures d'embarquement, on note en effet, une amélioration rapide et considérable des bronchites, des laryngites, des corysas, des rhumes, ces affections si répandues à l’heure actuelle et qui constituent le fond de la clientèle journalière.
D'ailleurs, en plus de l’action directe de Pair asepti-
ques sur les muqueuses respiratoires, le climat du large
AD
agit en outre indirectement, en ce sens qu’il fortifie, qu'il vivifie et par là même soutient l’activité générale, en maintenant l’organisme dans un air toujours renouvelé, et sous l’action non moins importante des rayons solaires.
Les médecins de marine savent qu’au large, les affections des voies respiratoires n’existent pas.
Le Dr Van der Smissen, rapporte une observation intéressante à ce sujet
« Etant médecin à bord du premier navire école belge, un trois-mâts, voilier pur, nous quittâämes Anvers par une tempête de neige, avec une cinquantaine d'hommes d'équipage, dont la plupart étaient enrhumés. On l’eût été à moins dans un navire sans chauffage, sinon de mauvais poêles, et qui commençait son premier voyage de circumnavigation, suintant d'humidité. (Peu de temps auparavant, il avait chaviré après son lancement et était resté quelques semaines sous l’eau.
À peine sorti de la Manche, tous les rhumes étaient guéris.. et le voyage lentement s’écoula. Les tropiques, l'Equateur, l’Atlantique sud, un passage très dur du Cap Horn, au début de l'hiver austral : et pendant cette période, l'équipage dans la neige, l’eau glacée, les tempêtes du Sud, mena une existence qui était un défi à toutes les règles de l'hygiène. ,
Jamais pourtant personne ne s’enrhuma et l’aide du médecin ne fut requise que pour des blessures ou accidents de travail.
Je ne soignais jamais des enrhumés que dans les ports; après deux ou trois jours de navigation, tous étaient guéris. Si longue qu'était la traversée et qu’elles
qu’en fussent les conditions, l’équipage restait indemne d’affections respiratoires. »
On comprend alors l'intérêt que peuvent présenter ces cures en mer pour les sujets atteints d’affections chroniques des voies respiratoires : bronchites rebelles, emphysèmes; dilatation des bronches...
Lors d’une croisière que j'ai effectuée l'été dernier vers le Spitzberg et la Banquise, j'ai pu constater l’absence complète de rhumes, bronchites, angines, parmi plus de trois cents passagers, nullement aguerris au climat de l’Arctique, et cela malgré le peu de précautions et l’inobservation fréquente des règles d’hygiène élémentaire.
L’asthmatique constate, lui aussi, une amélioration considérable en mer et ne présente pas ce paroxysme d'angoisse ordinaire si fréquent, même sur le rivage.
Les sujets atteints de rhumes des foins bénéficient encore de cette influence du large et constatent la disparition rapide de leurs crises; des observations rapportent que des matelots exempts de toutes manifestations en haute mer, voyaient leurs crises réapparaîtrent à l'approche des continents, alors que la terre n’était pas “encore en vue.
Certaines névralgies réfractaires à tous les traitements, ont été guéries durant des voyages au long cours. Empruntons au Dr Loir cette citation : « Les tissus nerveux, grâce à l’oxydation produite par la bonne nutrition, sont régénérés rapidement. »
Ces séjours en mer empêchent les migraines, favori-
sent la guérison de l’hypocondrie et de l’hystérie.
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La dermatologie y trouvera encore des indications utiles.
On a noté la disparition de certaines affections cutanées d’origine nerveuse ou digestives :
Bernard raconte qu’il a été totalement et définitivement débarrassé, dès son sixième jour de navigation, d’une névro-dermite tenace et très pénible, vieille de deux ans.
Les rhumatismes chroniques, les douleurs rhumatismales, sont aussi fréquemment améliorées à bord.
Par le repos qu’elles entraînent, et par les modifications de la nutrition qu’elles provoquent, ces cures en mer peuvent influencer favorablement certains cas de diabète.
« On sait en effet, dit le Dr Paillard, que les diabétiques simples, bénéficient plus d’une tranquillité physique et intellectuelle complète, que de l’ingestion de quelques verres d’eau minérale. »
Le repos exigé du malade dans ces cures est sans. aucun doute la cause d’une grande partie de l’action bienfaisante de nos stations thermales.
« Les blennorragies chroniques amicrobiennes (Paillard), ces urétrites anciennes, se caractérisant par une goutte matinale persistante, sans gonocoque, sont souvent guéries lors d’un voyage en mer, sous l’influencedu calme, du repos et de l’amélioration de l’état général, qu’entraîne la vie à bord. »
Ces affections, souvent rebelles à tous traitements, préoccupant sans cesse le malade, risquent de le faire glisser peu à peu vers la mélancolie. Il faut donc avant
tout, traiter l’état général.