‹ Les Curiosités de l'Ancien MondeChapitre 20 sur 97 · TROIE, ÉPHÉSE, SARDES , ETC · texte numérisé non relu

TROIE, ÉPHÉSE, SARDES , ETC

L'une d'es grandes curiosités de l'Asie, c'est le semis de ruines dont eHe est parsemée.

Berceau des premiers et des plus grands empires, elle porte sur mille points des traces indélébiles de sa grandeur primitive et des puissantes et magnifiques cités dont les noms glorieux émeuvent encore le monde.

A peine touche-t-on au rivage de l'Asie-Mineure que le regard est aussitôt frappé de débris qui évoquent devant vous la grande image du passé.

Près de Koutaieh, l'antique Kotyœum, c'est d'abord un monument phrygien remarquable sur les faces duquel on lit : Au roi Midas.... et qui apprend que ce sépulcre, taillé dans ce roc vif et couvert de sépultures analogues à celles de Mycènes, peut être attribué à des princes de la dynastie de 3Iidas, 600 ans avant J.-C.

A quelque distance d'Azani, non loin de là, c'est le squelette grandiose d'un vaste théâtre et d'un temple de Jupiter, ouvrage grec des plus remarquables parmi ceux qui subsistent encore.

A Smyrne, c'est l'Homérion ou temple consacré au grand poète Homère, et retrouvé naguère dans les fouilles nécessitées par les travaux d'un chemin de fer.

Dans le voisinage, c'est Ephèse, célèbre par son temple de Diane, dont on voit encore les immenses voûtes souterraines qui soutenaient ce colossal et merveilleux édifice.

C'est Sardes, la capitale de la Lydie, la ville du riche Crésus, qui présente à l'admiration de l'archéologue étonné les ruines gigantesques d'un temple et le tombeau non moins gigantesque d'Alyalte, père du même Crésus. Ce tombeau, ayant l'aspect d'une colline, est un cône en terre de deux cents pieds d'altitude et de six stades de circonférence à sa base, construit en énormes pierres de taille, à moitié caché par l'exhaussement du sol.

Voici venir à son tour Halycarnasse, qui occupe encore le site le plus gracieux. Boutroun est son nom moderne, et fait voir sur les murs de sa citadelle de fines sculptures, des bustes de personnages nus ou habillés, des processions funéraires, toutes choses qui ont appartenu certainement au fameux mausolée élevé par la désolée Artémise à son cher époux Mausole, roi du pays.

Curiosités de V Ancien Monde. 3

IMiis loin, apparaît la villo d'Esculape, la belle Gnide, où Vénus avait plusieurs temples fameux dont on retrouve les ruines.

Puis, vient la grande ville de la Cilicie, Tarse, dont le sol est couvert de demeures modernes entremêlées de débris d'autrefois.

Enfin, dans la Troade, au nord-ouest de celle môme Asie-Mineure, revit, dans les ruines qui en rappellent le souvenir, le plus poétique et le plus durable des drames de ranliquilé, celui dont Priam, Hector, Paris, Hécube et Andromaque, Achille et Agamemnon, Ulysse et Ménélas ont été les acteurs, et qu'Homère a chantés dans ses poèmes immortels. Quelle cité eut une splendeur plus grande que Troie, Ilion, Pergame, la même ville sous trois noms.

De cette Troie si célèbre, que reste-t-il aujourd'hui? Le petit et misérable village de Bournar-Bachi, quelques ruines d'une citadelle sur un rocher voisin, composée de polygones irréguliers, d'une citerne taillée dans ce rocher et de trois tombeaux, des tronçons de colonnes en marbre hianc, d'énormes blocs de murailles, un aqueduc et un palais éventré que l'on signale comme ayant été celui de Priam.

« Le 21 septembre, à six heures du matin , raconte M. de Chateaubriand, on vint me dire que nous allions doubler le détroit des Dardanelles. La fièvre qui me possédai l alors fut chassée par les souvenirs de Troie. Je me traînai sur le pont. Mes premiers regards tombèrent sur un haut promontoire couronné par neuf moulins : c'était le cap Sigée. Au pied du cap je distinguais deux tumulus, les tombeaux d'Achille et de Patrocle, L'embouchure du Simoïs était à gauche ; plus loin, en remontant vers rHellesponl, paraissaient le cap Rhétée et le tombeau d'Ajax. Dans l'enfoncement s'élevait la chaîne du mont Ida, dont les pentes, vues du point où j'étais, paraissaient douces et d'une couleur harmonieuse. Ténédos était devant la proue du vaisseau. Je promenais mes yeux sur ce tableau et les ramenais malgré moi à la tombe d'Achille. Les pyramides des rois égyptiens sont peu de chose comparées à la gloire de cette tombe de gazon que chanta Homère e! autour de laquelle courut Alexandre-le-Grand. Pour moi, s'il ne m'a pas été permis de visiter cette terre sacrée, heureux encore j'ai pu la saluer, j'ai pu voir les flots qui la baignent et le soleil qui l'éclairé. »

RULXES DE NLNIVE ET BABYLONE.

Avançons encore à travers les débris de villes grecques, romaines, persanes et arabes dont est jonché le pachalick de Bagdad, et arrivons à celle terre illustre entre toutes qu'arrosent le Tigre et l'Euphrato, et miï

porta jadis les rayonnantes cités de la reine de l'Orient, Babylone, et de sa rivale, Ninive, A ce sujet, M, Heeien s'exprime ainsi :

« Au rapport d'Hérodote, seul témoin oculaire qui eût laissé une description de l'antique Babylone, la ville formait un carré dont chaque côté avait cent vingt stades de longueur. Elle était située sur les deux rives de l'Euphrate, qui la divise en deux parties réunies par un pont de pierres, couvert d'un plancher de bois qu'on pouvait enlever à volonté. Les bords du fleuve étaient revêtus de briques. D'un côté de la ville s'élevait le palais du roi; dans l'autre était le temple de Bel, dont l'enceinte avait deux stades de circonférence. Au milieu de cette enceinte, on voyait une tour à huit étages ou terrasses, dont la plus basse avait un stade de longueur et autant de largeur, et en-dehors de laquelle étaient pratiqués tout autour des escaliers avec des paliers. Sur la dernière et plus haule terrasse était le sanctuaire de Bélus avec une table et un siège d'or, mais sans statue, qui se trouvait dans une chapelle attenante, également toute d'or. La ville était entourée d'un fossé large et profond, rempli d'eau et revêtu de briques, derrière lequel s'élevait une digue ou muraille d'une hauteur considérable, construite avec les terres du fossé qu'on avait converties en briques, et munies de portes vers le haut. Une autre muraille, presque aussi forte, traçait une seconde enceinte au-dedans de la ville, et Je palais du roi était fortifié. Les rues tirées au cordeau, les portes d'airain du côté ' du fleuve, et les maisons à quatre étages faisaient de Babylone la plus belle cité que l'historien grec ait jamais vue, et pourtant il avait visité l'Egypte. »

Voici maintenant ce que nous dit de Babylone, dans son état actuel, M. Alfred Driou, dans son Histoiredes Voyages :

« L'antique Babylone. si fidèlement décrite par Hérodote, montre ses ruines éparses sur les bords de l'Euphrate , non loin de la petite ville moderae d'Hilla. Porter, l'un des derniers voyageurs qui les ont visitées, s'y rendit de Bagdad, située à environ deux lieues au nord, et près du Tigre. Tout le pays qu'il traversa n'est qu'une plaine inculte ; mais on peut juger qu'il n'en fut pas ainsi autrefois, d'après les nombreux canaux qui le coupent de toutes parts, et qui sont à sec, aussi bien que par les fragments de briques et de tuiles dont il est parsemé. Quelques caravensérails isolés marquent seuls les stations des voyageurs, auxquels ils n'offrent que de faibles ressources. C'est au dernier de ces caravensérails, près du village de Mohavil, et à quatre lieues de Hilla, que commencent les ruines de Babylone proprement dites.

» Le sol alors est entièrement couvert de débris et de décombres, qui sont, à n'en pouvoir douter, les restes d'une vaste capitale. Des monticules sont épars sur les deux rives de l'Euphrate. Le plus considé-

rable est placé sur la rive occidentale du fleuve, mais à quelques milles, et porte le nom de Bourdj-Ncmrod, du nom de Nemrod , ce violent chasseur dont parle TEcriture. Ce gigantesque dùbris n'a pas moins de deux mille pieds de circonférence et de deux cents d'élévation. Il est surmonté d'une tour tronquée qui compte trente-cinq pieds d'élévation. On voit encore trois des huit terrasses en retraite qui semblent avoir composé jadis cette colline, évidemment faite de main d'homme, puisqu'elle est formée de briques crues et cuites, de pierres noires, de marbres, etc. Alexandre-le-Grand tenta de déblayer cette ruine grandiose, mais ce travail fut interrompu,

» Serait-ce donc la fameuse tour de Babel, le premier édifice dont les hommes aient conservé le souvenir, et que les Babyloniens convertirent en un temple de Jupiter Bélus?

» Tout s'accorde pour l'afïirmer.

» Sur la rive orientale de l'Euphrate, les ondulations du sol et les monticules sont plus nombreux. La plus vaste éminence, qui se rapproche de Hilla, olïre un immense plateau rectangulaire, également en briques, et que les Arabes nomment Babel ou Mudgélibeh, mot qui signifie : « ruiné de fond en comble. »

» Ce serait, en effet, paraît-il, ce qui reste du palais de Nabuchodonosor, dans lequel mourut Alexandre-le-Grand.

» Au sud-est, sur un autre mamelon, on voit aussi une autre ruine d'une circonférence de huit cents mètres, qu'une tradition constante donne comme les débris majestueux des célèbres jardins suspendus du même Nabuchodonosor, faussement attribués à Séiuiramis. Ce sont de massifs murs, d'une inébranlable solidité, qui devaient, selon toutes les apparences, supporter ces jardins uniques au monde. Au sommet de l'un de ces vieux murs s'épanouit encore le vigoureux rameau vert d'un tronc vénérable incliné par les vents, qui semble raconter les âges écoulés. Sous les voûtes de ces antiques murailles s'ouvrent de longs corridors et de ténébreuses galeries souterraines inexplorées, car nul voyageur n'ose pénétrer dans leurs abîmes béants, qui inspirent un effroi dont le plus brave n'ose se défendre. A ces ruines on donne le nom d'Alcasr ou Kasr, c'est-à-dire château ou palais. Elles sont entièrement composées de briques cuites, parfaitement moulées, et offrant sur une • face une infinité de petits caractères graphiques cunéiformes, ou à (êtes de clous, inscription assyrienne tout-tà-fait indéchiffrable.

» Hélas ! maintenant, la désolation habite ces ruines colossales, éventrées au profit de nos musées, et ces immenses débris de splendeurs à jamais éteintes servent de tanières redoutables aux bétes féroces du désS^'t. Ainsi, la terrible prophétie d'Isaïe n'est, depuis longtemps, que trop fidèlement accomplie. « Le môme M. Alfred Driou ajoute, à propos de Ninive :

DE l'ancien monde. 37

« Ninive fut la capitale politique de l'antique Assyrie. Jamais ville au monde n'égala les splendeurs de cette cité, l'une des plus anciennes du vieux monde. Fondée par Assur en 2640 avant J.-C, puis agrandie vers 1968, par Ninus, qui lui donna son nom, elle dut ses magnificences à l'épouse de Ninus, la grande Sémiramis.

» Cette ville fut prise deux fois : la première par Arbacès et Bélésis, en 759, après la chute de Sardanapale ; la seconde, par Nabopolassar I", roi de Babylone, en 625.

)) La corruption de Ninive égala sa puissance et sa richesse. Les prophètes juifs reviennent souvent sur son luxe effréné. On connaît la fameuse mission donnée par Dieu àJonas, et la crainte qu'elle lui inspirait. Ce prophète finit cependant par la remplir, en criant dans toutes les rues de la ville : Encore quarante jours et Ninive sera détruite ! Mais Dieu, touché de la pénitence des Ninivites, leur pardonna. D'après Jonas, Ninive avait une immense étendue.

» Hérodote ne parle pas de Ninive dans son voyage en Assyrie, parce qu'elle venait d'être détruite, en 626 avant J.-C, par Cyaxare, roi de Médie. A l'époque de son voyage, deux cents ans après sa chute, ses admirables bâtiments couvraient la rive orientale du Tigre, frère de l'Euphraie, de leurs ruines colossales, et déjà le sable, poussé par le vent du désert, les ensevelissait sous des ondulations que les siècles devaient changer en collines. Il advint alors que, après un nombre d'années, les explorateurs ne trouvèrent plus de vestiges de cette brillante et voluptueuse cité. Mais il advint aussi qu'une ville moderne, Mossoul, s'étant formée au nord-ouest et dans le pachalick de Badgad, assez près du Tigre, la France envoya des consuls dans cette ville,' domaine des Turcs. Or, en 1843, M. Botta remplissait cet emploi, lorsque, poussant ses excursions sur le bord oriental du fleuve, il avisa des éminences circulaires qui ne lui parurent pas l'œuvre de la nature, car elles n'étaient répétées nulle part ailleurs.

» Comme il cherchait depuis longtemps le gisement de Ninive, M. Botta augura que ces renflements du sol pouvaient bien cacher les ruines de cette ville fameuse. Il se mit donc à l'œuvre, réunit un nombre d'ouvriers, et,au nord du petit village de Niniouah, fouilla le sol, qui ne lui donna d'abord que des objets insignifiants. Il passa le Tigre alors, et fit éventrer les éminences de l'autre rive. Aussitôt des pans de murs en briques, et, peu après, un palais tout entier, sortirent do terre. Avec ce palais, revirent le jour de gigantesques sculptures, montrant une véritable danse macabre de prêtres, de rois, de soldats, de gens de toutes conditions. LeKhorsabad, demeure des rois de Ninive, et Ninive, étaient retrouvés désormais. Nombre de ces précieuses reliques furent expédiées en France par le Tigre et l'Euphrate, qui, jaloux de ces trésors, en engloutirent une partie qu'on sut leur reprendre. Maintenant le

Khorsabad n'est plus à Ninive, il est à notre musée du Louvre, grâce à M. Botta et aux hommes intelligents qui ont continué son œuvre... »

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