‹ Les Curiosités de l'Ancien MondeChapitre 21 sur 97 · RUINES DE TYR ET DE SIDON · texte numérisé non relu

RUINES DE TYR ET DE SIDON

C'est Fônelon qui prend maintenant la parole pour faii'c dire à Télémaque, à l'occasion de Tyr, assise sur le rivage de la Méditerranée :

« J'admirais l'heureuse situation de Tyr, qui est au milieu de la mer, dans une île. La côte voisine est délicieuse par sa fertilité , par les fruits exquis qu elle porte, par le nombre de villes et de villages qui se touchent presque, enfin par la douceur de son climat ; car ces montagnes mettent cette côte à l'abri des vents brûlants du midi, et elle est rafraîchie par le vent du nord, qui souffle du côté de la mer. Ce pays est au pied du Liban, dont le sommet fend les nues et va toucher les astres ; une glace éternelle couvre son front; des fleuves pleins de neige tombent, comme des torrents, des pointes du rocher qui environnent sa tête. Au-dessous on voit une vaste forêt de cèdres antiques, qui paraissent aussi vieux que la terre où ils sont plantés, et qui portent leurs branches épaisses jusque vers ces nues... C'est auprès de cette belle côte que s'élève dans la mer l'île où est bâtie Tyr. Cette grande ville semble nager au-dessus des eaux et être la reine de toute la mer. Les marchands y abordent de toutes les parties du monde, et ses habitants sont eux-mêmes les plus fameux marchands qu'il y ait dans l'univers. Quand on entre dans cette ville, on croit d'abord que ce n'est point une ville qui appartient à un peuple particulier, mais qu'elle est la ville commune de tous ces peuples et le centre du commerce. Elle a deux grands môles, semblables à deux bras , qui s'avancent dans la mer, et qui embrassent un vaste port, où les vents ne peuvent entrer. Dans ce port on voit comme une forêt de mâts de navires, et ces navires sont si nombreux, qu'à peine peut-on découvrir la mer qui les porte.

» Je ne pouvais rassasier mes yeux du spectacle de cette grande ville où tout était en mouvement. Je n'y voyais point, comme dans les villes de la Grèce, des hommes oisifs et curieux, qui vont chercher des nouvelles daus la place publique, ou regarder les étrangers qui arrivent sur le port. Les hommes y sont occupés à décharger leurs vaisseaux, à transporter leurs marchandises ou à les vendre, à ranger leurs magasins, et à tenir un compte exact de ce qui leur est dû par les négociants étrangers. Les femmes ne cessent jamais de filer les laines, ou de faire des dessins de broderie, ou de plier de riches étolTes.

» On voit de tout côté, dans la ville, le fin lin d'Egypte, et la pourpre

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lyrienne, deux fois teinte, d'un éclat merveilleux r cette double teinture est si vive que le temps ne peut l'elïacer ; on s'en sert pour des laines fines qu'on rehausse d'une broderie d'or et d'argent. Les Phéniciens font le commerce de tous les peuples, jusqu'au détroit de Gadès, et ils ont même pénétré dans le vaste océan qui environne la terre. Ils font aussi de longues navigations sur la mer Rouge, et c'est par ce chemin qu'ils vont chercher dans des îles inconnues de l'or, des parfums et divers animaux qu'on ne voit point ailleurs. »

Telle était Tyr jadis; la voici maintenant telle que la peint un pèlerin de la Terre-Sainte, qui la visita naguère en se rendant à Jérusalem, le R. P. Laorty-Hadji :

« Sour — Tyr — est un village ; Sour n'a plus ni monuments, ni port, ni marchandises, ni population.

» Les colères du prophète contre cette ville impie ont eu raison ; les oracles n'ont pas menti : Sour est tombée...

» L'emplacement actuel de Sour est une presqu'île c|ui saille sur le rivage et va vers la mer sous la forme d'un marteau à tête ovale. Cette tête, dont le fond est de roc et le dessus une terre brune cultivable, forme une petite plaine de huit cents pas de long sur quatre cents de large. L'isthme qui lie cette plaine au continent est au contraire de pur sable de mer; c'est la jetée d'Alexandre-le-Grand élargie par des attérissements successifs. Le village de Sour est assis sur le point d'attache de l'isthme à l'ancienne île, dont il couvre à peine le tiers. Un bassin, qui fut un port creusé de main d'homme, règne vers la pointe nord : deux tours correspondantes en défendent l'accès, et de ces tours part une enceinte en ruines qui jadis bordait l'île entière. La partie du terrain libre autour du village est occupée par des jardins à peine cultivés. Parmi ces décombres gisent deux magnifiques colonnes en granit rouge d'une espèce inconnue en Syrie, si massives et si pesantes que Djezzar essaya, vainement de les faire transporter à Acre pour en décorer la mosquée »

Seyde, l'antique Sidon, la reine des cités phéniciennes, aussi fameuse que Tyr, est encore debout, mais on n'y trouve que des débris de peu de valeur, à savoir des tombeaux taillés dans le roc, et quelques colonnes de granit à demi brisées, qu'on remarque sur le port. On voit aussi, vers le nord de la ville, au bord de la mer, un beau pavé de mosaïque en marbre de diverses couleurs, représentant un cheval entouré de festons.

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