SITE DE JÉRUSALEM
C'est encore M. de Chateaubriand qui va nous servir de guide dans cette excursion à la ville sainte de David et au Calvaire où le Sauveur des hommes opéra leur rédemption,
« Après avoir chevauché une heure sur un terrain inégal, venant de Jaffa, nous dit l'illustre poète, dans son Itinéraire, et après avoir traversé la plaine de Saron et la charmante ville de Rama, nous arrivâmes à quelques masures placées au sommet d'une éminence rocailleuse ; au bout d'une autre heure de marche, nous parvînmes à la première ondulation des montagnes de Judée. Nous tournâmes par un ravin raboteux autour d'un monticule isolé et aride ; en haut de ce tertre, on entrevoyait un village en ruine et les pierres éparses d'un cimetière abandonné. Ce village porte le nom du Larron ; c'est la patrie du criminel qui se repentit sur la croix et fit faire au Christ son dernier acte de miséricorde. Trois milles plus loin, nous entrâmes dans les montagnes. Nous suivions le lit desséché d'un torrent. La lune, diminuée de moitié, éclairait à peine nos pas dans ces profondeurs; les sangliers faisaient entendre leurs cris sauvages autour de nous.
» Quand le jour fut venu, nous nous trouvâmes au milieu d'un labyrinthe de montagnes de forme conique, à peu près semblables entre elles et enchaînées l'une à l'autre par la base. Parvenus au plus haut point de cette chaîne, nous découvrîmes derrière nous, au midi et à l'occident, la plaine de Saron jusqu'à Jaffa, et l'horizon de la mer jusqu'à Gaza ; devant nous, au nord et au levant, s'élevait le vallon de Saint-Jérémie, et, dans la même direction, sur le haut d'un rocher, on aperçoit de loin
une vieille forteresse appelle le chùleau des Macliahées. On croit que l'auteur des Lamentations vint au monde dans ce village, qui a retenu son nom au milieu de ces montagnes. Il est certain que la tristesse de ces lieux semble respirer dans les cantiques du prophète des douleurs.
» Cependant, en approchant de Saint-Jérémie, je fus un peu consolé par un spectacle inattendu. Des troupeaux de chiens à oreilles tombantes, des moutons à large queue, des ânes qui rappelaient par leur beauté l'onagre des Ecritures, sortaient du village au lever de l'aurore. Des femmes arabes faisaient sécher des raisins dans les vignes ; quelquesunes avaient le visage couvert d'un voile et portaient sur leur tétc un vase plein d'eau, comme les filles de Madian. La fumée du hameau montait en vapeur blanche. Aux premiers rayons du jour, on entendait des voix confuses, des chants, des cris de joie; cette scèiie formait un agréable contraste avec la désolation du lieu et les souvenirs de la nuit.
» De la vallée de Jérémie nous descendîmes dans celle du Térébinthe. Elle est plus profonde et plus étroite que la première. On y voit des vignes et quelques roseaux. Nous arrivâmes au torrent où David enfant prit les cinq pierres dont il frappa le géant Goliath, Le torrent conservait encore un peu d'eau stagnante. Nous le passâmes sur un pont de pierre, le seul qu'on rencontre dans ces lieux déserts.
» Nous continuâmes à nous enfoncer dans un désert où des figuiers sauvages clair-semés étalaient aux vents du midi leurs feuilles noircies. La terre, qui jusqu'alors avait conservé quelque verdure, se dépouilla; les flancs des montagnes s'élargirent, et prirent à la fois un air plus grand et plus stérile. Bientôt toute végétation cessa, les mousses mêmes disparurent. L'amphithéâtre des montagnes se teignit d'une couleur rouge et ardente. Nous gravîmes pendant une heure ces régions attristées pour atteindre un col élevé que nous voyions devant nous. Parvenus à ce passage, nous cheminâmes pendant une autre heure sur un plateau nu, semé de pierres roulantes. Tout-à-coup , à l'extrémité du plateau , j'aperçus une ligne de murs gothiques fianqués de tours carrées, derrière lesquelles s'élevaient quelques points d'édifices. Au pied de ces murs, paraissait un corps de cavalerie turque, dans toute lu pompe orientale. Le guide s'écria : « El Cods! » la Sainte! et il s'enfuit au galop. C'était Jérusalem
" Je restai les yeux fixés sur Jérusalem, mesurant la hauteur de ses murs, recevant à la fois tous les souvenirs de l'histoire, depuis Abraham jusqu'à Godefroy de Bouillon, pensant au monde entier changé par la mission du Fils de l'Homme, et cherchant vainement ce temple dont il ne reste pas pierre sur pierre. Quand je vivrais mille ans , jamais je n'oublierai ce désert qui semble respirer encore la grandeur de JehoN ah...»
DE l'ancien monde. 45
« Loi'squ on arrive à Jérusalem, continuent MM. Michaud etPoujoulat, on est d'abord surpris de trouver une ville debout ; car dès notre enfance, nous sommes accoutumés à entendre parler de la capitale de la Judée comme d'un amas de pierres. Il reste peu de chose, il est vrai, de la ville de David et de Salomon ; mais Jérusalem est encore une grande cité, avec des remparts et des tours, avec des églises, des mosquées, des synagogues, des kans et des bazars; sa population, qui appartient à plusieurs peuples, s'élève à dix-huit ou vingt mille âmes, et dans les temps de pèlerinage , cette population est augmentée d'un cinquième... »