SUSE, ECBATANE ET PERSÉPOLIS
Nous aurions à peindre beaucoup d'autres sites , et à décrire bien d'autres ruines dans Jérusalem et la Judée ; mais l'espace nous fait défaut, et nous devons visiter d'autres points de l'Asie, avant de la quitter. Suse, Ecbatane et Persépolis nous attendent, allons à elles.
Lè\e-toi, m'a-t-il dit, prends ton chemin vers Suse...
(Racine. Alhalie.)
Suse était une magnifique cité de l'ancien empire des Perses, quoiqu'elle fût seulement en briques, comme Babylone. Les murailles de son enceinte ne comptaient pas moins de cent vingt stades de circonférence. Mais de tant de richesses et de tant de grandeur, il ne reste plus rien qu'un immense emplacement où règne la solitude. A peine rencontre-t-on des vestiges de terrasses d'un développement de un ou deux milles.
Toutefois il est dans la plaine voisine un monument étrange, qui attire un grand nombre de curieux , surtout des juifs qui y viennent honorer la cendre du prophète Daniel, dont, paraît-il, cet édifice est le tombeau vénéré.
Nous savons, d'après les anciens historiens, que Déjoccs, premier roi des Mèdes, fit bâtir sa capitale, qu'il nomma Ecbatane, dans le nord de la contrée. Hérodote nous apprend que , pour frapper l'imagination de son peuple, ce prince donna à son palais , placé sur le sommet d'une colline , sept enceintes de murailles, disposées de telle sorte que la première en-dehors n'empêchait pas qu'on ne vît le parapet de la seconde, et la seconde n'enlevait pas la vue de la troisième, et ainsi pour toutes. Dans la plus élevée des enceintes était la demeure du roi avec tous ses trésors. L'aspect de cette ville était admirable, car outre que la
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disposition de ses murs produisait une sorte d'anipliithéàtre, les diverses couleurs dont on avait peint les parapets formaient une très agréable diversitf^.
D'api es Polybe, le palais du roi couronnait cette sorte de citadelle, qui avail sept stades de circuit. La toiture de cette riche habitation était faite de tuiles d'argent. On y voyait régner partout, à l'intérieur, une boiserie de bois de cèdre et de cyprès : et les solives et toutes les parties de parois qui en étaient susceptibles, étaient garnies de plaques d'or et d'argent. On le volt, l'opulence et le luxe oriental étaient arrivés déjà à leur suprême degré.
Mais, ô vanité des vanités ! de nos jours, Ecbatane, que l'on sait avoir été construite au pied du mont Oronte, a laissé si peu de vestiges, qu'on l'a cherchée longtemps sans retrouver la place qu'elle occupait. Heureusement, deux voyageurs modernes, anglais l'un et l'autre, doués d'une patience que l'amour de la science peut seul donner, à force d'investigations, ont fini par rencontrer quelques traces de l'antique Ecbatane : ils ont même reconnu distinctement la plate-forme qui portail cette ville. Porter, l'un de ces voyageurs, a découvert dans le rocher les trous où tournaient les pivots des grandes portes qui en fermaient l'entrée , ainsi que la base et le fût d'une colonne portant son chapiteau en feuilles de lotus, et revêtu de tout le caractère persépolitain.
Dans une vaste plaine fertilisée par l'Araxe des anciens, aujourd'hui le Bend-Emir, qui reçoit le Kur, l'antique Cyrus, non loin de Schiras, en Perse, s'élevait jadis au temps du grand Cyrus, un campement des Perses, Pasargade, qui peu à peu devint une ville, qui reçut ce dernier nom. Ce fut dans cette plaine et près de ce campement transformé en une cité, que Cyrus fut inhumé dans un tombeau que se fit ouvrir Alexandre-le-Grand.
Mais à deux lieues de cette ville de Pasai'gade, Cyrus fit élever une nouvelle capitale qu'il nomma Persépolis, et dont la principale destination, malgré sa magnificence, fut de servir de tombeau royal aux princes des Perses. Le conquérant macédonien Alexandre, voulant satisfaire la haine qu'il portait aux Perses, détruisit cette admirable ville, la métropole de l'empire, la ville par excellence, et il y mit le feu, à la sortie d'un festin où les fumées des vins égarèrent sa i-aison. Quelques ruines splendides de Persépolis sont heureusement restées debout et attestent toute sa richesse et sa beauté.
« Les monuments de Persépolis, nous raconte M. Balbi, sont situés à quelque distance au nord-est de Schiras, et s'étendent jusqu'à plus de vingt milles vers le nord. Sur leui' emplacement^se trouvent des campagnes fertiles et plusieuis villages.
» Près de Merdacht, l'un de ces villages, et au pied d'une haute mon-
DE l'ancien monde. 4T
tagne de marbre gris, on remarque une espèce de plate-forme taillée dans le roc et dont les quatre côtés répondent aux quatre points cardinaux. Ce plateau est nommé Tchil-Minar ou les quarante colonnes, et paraît répondre au palais qui, en partie, fut incendié par Alexandre-le- Grand, L'ensemble présente la forme d'un amphithéâtre et de plusieurs terrasses élevées les unes au-dessus des autres. On monte d'une terrasse à l'autre par des escaliers si spacieux, que dix cavaliers pourraient y passer de front. Au bout de chaque terrasse sont des restes de portiques et des débris d'édifices, avec des chambres qui paraissent avoir été habitées. Enfin, vers le fond , contre le rocher auquel cet immense édifice était adossé , se trouvent deux tombeaux taillés dans le roc, dont il a été impossible jusqu'ici de découvrir l'entrée. Les escaliers, les portiques et les appartements sont construits en marbre, sans chaux ni mortier, et cependant les pierres sont si bien liées, que l'on ne peut en distinguer la jointure sans une extrême attention.
» Ce qui ajoute un immense intérêt à ces constructions, ce sont les bas-reliefs et inscriptions qui en couvrent les murs. Ces bas-reliefs représentent le roi de Perse donnant audience aux grands de sa cour ou s'acquittant de quelque cérémonie envers la divinité. Plus loin, on voit des processions; ailleurs, des combats d'animaux, soit entre eux, soit entre des hommes. Ces animaux sont en général fabuleux, un composé de divers animaux réels. Les inscriptions sont cunéiformes, c'està-dire que les lettres sont composées de clous à tête disposés de mille façons différentes. Les figures d'animaux, ainsi que les cérémonies du culte, rappellent la doctrine de Zoroastre, qui avait pris naissance depuis longtemps dans ces contrées »
L'Hindoustan, lui aussi, a des ruines, ruines de villes, ruines de pagodes, etc. Voici la description de l'une d'elles, qui se trouve dans le Camboge; elle n'est pas sans intérêt.