RUINES DU CAMBOGE
La ruine dont il est question appartient à la ville de Nakon-Hluang, l'ancienne capitale du Camboge.
Un mur très élevé , de huit kilomètres de longueur , en détermine l'enceinte. Une ouverture en pierres de taille, de trente-cinq mètres de hauteur, y est pratiquée pour former l'entrée principale de la ville. L'effet en est très pittoresque. Celte entrée regarde l'orient, et on découvre tout d'abord le palais du roi, assez bien conservé encore.
La partie ex-tôrieiire de ce palais est un iabyiintlie inextricable de corridors et de passages. La partie centrale, qui contenait les appartements du roi et où Ton montait par un escalier, consiste en un assemblage de tours octogones peu élevées, ricbement sculptées, et ornées sur chaque face d'une tête colossale représentant soit un dieu, soit un homme. Des galeries couvertes relient ces tours entre elles. Les côtés extéi-ieurs de ces galeries, ainsi que ceux des nombreux corridors qui forment les dehors du palais, sont décorés de ciselures innombrables et délicieuses, qui représentent surtout des femmes splendidement vêtues et parées de joyaux. Le voisinage de ce monument offre dans toutes les directions un amas confus de débris , d'autres palais et d'autres temples.
Çà et là, cependant, se montre un espace vide, au milieu duquel s'élève quelque statue de Bouddha ou d'une autre divinité. Ces statues, dont plusieurs en bronze revêtu d'or, sont d'un grand prix et ont été apportées par les soins de riches dévots de Bangkok, d'Ondong ou d'autres grandes villes, dévots qui ont pensé expier ainsi quelque grande faute ou se faire une renommée de piété aux yeux de leurs coreligionnaires.
Mais, de toutes les antiquités de Nakon-Hluang , la plus intéressante peut-être est la statue du roi Phra-Pathim-Sourivong, qui s'élève dans une des jungles les plus solitaires et les plus sauvages de ces ruines. Ce prince est représenté prenant un breuvage destiné à le guérir de la lèpre.
Voici une légende qui le concerne :
Le roi, affecté d'une lèpre horrible, voulut se rendre pi'opice à la déesse de la santé et fit à cette intention bâtir le temple de Nakoun- Ouat. Mais n'ayant pas été guéri parla vertu de ces constructions cependant si magnifiques, il eut recours aux secours humains : il promit une grande récompense h l'homme qui lui rendrait la santé. Un célèbre brahminc, venu de loin, promit la guérison du monarque, si celui-ci se plongeait dans un liquide corrosif en ébullition, dontce prêtre avait le secret. Le roi hésita devant ce moyen extrême ; il demanda qu'une personne de bonne volonté en fît l'essai avant lui. Nul ne se présenta pour cette dangereuse épreuve.
— Mais vous-même, ô brahmine, dit le roi, puisque vous répondez de l'efTicacité du remède, jetez-vous dans cette chaudière, vous n'avez rien à en redouter.
— J'y consens volontiers, dit ce savant guérisseur, si votre majesté me jure de répandre, après moi, dans le vase, la poudre que voici.
Le roi promit; mais c'était une perfidie. Il craignait déjàles pouvoirs surnaturels et l'influence d'un personnage si habile; aussi conçoit-il TalTreux projet de s'en débarrasser, et à peine le brahmine s'est-il
élancé, plein de confiance, dans la chaudière, que ce cruel monarque, sans verser dans la cuve la poudre mystérieuse, ordonne qu'on jette dans c« fleuve et l'homme et le liquide bouillant. Dès-lors la malédiction du ciel atteignit ce prince et sa capitale. La ruine de cette ville en fut la conséquence. ■
Les inscriptions très nombreuses qu'on trouve dans les ruines de Nakon-Hluang, offrent deux sortes de caractères : les unes sont en caractères palis, employés ordinairement par les Cambogiens, et cependant le sens des mots est inintelligible pour les habitants actuels ; les autres sont en caractères très rarement usités aujourd'hui, et nul non plus n'en comprend la signification.
CURIOSITÉS DE MCEURS.