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CURIOSITÉS DE NATURE

PHYSIONOMIE DE QUELQUES VILLES DE l'iN!>B.

M. de la Place, capitaine de frégate, faisait un voyage autour du monde, en 1830, 31 et 32. Il séjourna quelque temps dans l'Indouslau, et voici ce qu'il nous raconte de l'aspect général du pays :

« A peine débarqué â Pondichéry, une foule de daubachis se présentèrent devant moi. Le daubachi d'un Européen est son intendant ; il lui est aussi nécessaire pour vivre que l'air pour respirer. Ce personnage

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exerce sur toutes vos dépenses une inspection à laquelle il faut absolument se soumettre. Le marchand ne vendra qu'en présence de l'intendant, qui dès ce moment devient garant, ou à peu près, de la qualité et du juste prix de l'objet acheté. Il est chargé de fournir votre maison de tout ce qui est nécessaire; il choisit et commande tous les domestiques, ne quitte jamais son maître, le sert à table et couche à la porte de sa chambre la nuit. Pour tant de services, il reçoit une faible somme par mois; mais en veillant à vos intérêts avec une fidélité àlaquelle tous les étrangers rendent justice, le daubachi soigne aussi les siens : il a sur tous les marchés une commission dont le taux, fixé par l'usage, lui est toujours payé par le marchand.

» Dans le nombre des castes comprises entre les brahmes et les abjects et méprisés parias, celle des daubachis tient un rang élevé. Son influence est grande, et pas un Indien , fût-il brahme, ne voudrait y porter atteinte par son intervention. Tous s'entendent contre l'Européen, et lui font sentir que, malgré sa force et leur apparente humilité, il n'est que campé dans leur pays.

» Les nombreux emplois d'une maison sont confiés à autant d'individus différents. Cette répartition n'est pas seulement établie par le luxe, mais bien encore par la coutume, qui a fixé , dès les temps reculés, à chaque famille, l'emploi ou les seules fonctions que ces membres pourront exercer. La religion de Brahma défend à une partie de ses sectateurs de toucher à ce qui a eu vie, et ordonne à tous de regarder le bœuf et la vache comme des animaux sacrés. Les parias seuls sont dispensés de cette loi parleur infamie; aussi est-ce parmi eux que sont pris les cuisiniers , les cordonniers , et les hommes qui remplissent les dernières fonctions de la domesticité. Ils sont en général débauchés, voleurs , "et méritent la réprobation sous laquelle ils gémissent toute leur vie.

» L'habillement des Indiens m'a paru uniforme : à l'exception de quelques brahmes et individus riches, il vont nu-pieds : ils portent un pantalon en toile blanche serré par le bas, bleu pour les castes inférieures, mais large pour les musulmans. Une pièce de coton ou de mousseline de la même couleur enveloppe la partie supérieure du corps, couverte ordinairement d'une chemise dans les classes élevées. Les Indiens portent sur le milieu du front, comme emblème de leur religion, deux raies blanches, séparées par une troisième qui est jaune. Ces marques, renouvelées avec soin chaque matin, sont faites avec de la bouse de vache séchée et réduite en poussière. Les bonzes ou fakirs, qui se condamnent à d'affreux supplices , se barbouillent de la tète aux pieds avec cette poudre blanchâtre.

« Les castes inférieures, qui composent la plus grande partie delà population, sont bien misérables ; elles vivent sans secours, et séparées des

aiitiTs par lu ié[)rol)alion. Dans li\s temps (rëpidéinios, ces malheureux semblent des insectes succombant sous les froids de riiivcr.

» L'occupation de ces pauvres Indiens, c'est le service des palanquins. A chaque extrc^mitè de celte voilure portative, el fort près de son sommet, sort un morceau de bois très orné el assez long pour que trois hommespuissent le porter sur leurs épaules. Outre ces six porteurs, qui vont aussi i-apich^menl (ju'un cheval au ti'ol, il en est deux autres qui, en attendant leur tour de porter, coui'cnt devant et donnent pour ainsi dire le pas. Ces Indiens, appelés lalingas, sont d'une race particulière qui habite la presqu'île, et, comme les Auvergnats en France, ils viennent se louer dans les villes pour ce travail, auquel leur caste est spécialement destinée. Ils sont en outre chargés de l'entretien des bains, dont l'eau est chaulïée et préparée avec une célérité extraordinaire. Le luxe du maître se déploie dans l'habillement des porteurs de son palanquin. Il est composé ordinairemenl d'une chemise blanche retombant sur un i)anlalon également blanc, et toujours d'une propreté parfaite ; le turban rouge et la ceinture de même couleur achèvent de leur donner un air singulier et agréable à la fois.

» C'est en palanquin que les voyageurs se transportent d'une extrémité de l'Inde à l'autre, qu'ils franchissent les montagnes par des chemins que les mulets oseraient à peine tenter. Les porteurs sont changés de distance en distance, suivant la position des villages, qui toujours contiennent des individus de la caste destinée à. trouver son existence uniquement dans ce genre de travail; et telle est la loyale probité de ces Indiens, que l'Européen abandonné à leur merci, au milieu des contrées presque désertes, n'a jamais rien à redouter de leur part. En partant, il montre au chef des douze talingas ce que contient sa bourse ; celui-ci en répond jusqu'au relai suivant.

» Les cases indiennes sont toutes semblables et construites en paille; l'extérieur des habitations ne m'a paru ni bien orné ni d'une grande propreté. Une natte, étendue sur le sable fin qui couvre le sol, lui sert de lit; quelques pièces d'étoffe grossière le défendent contre la fraîcheur et l'humidité des nuits. Un coffre en bois contient ses humbles vêtements, ceux de sa femme et le peu de bijoux d'or qui composent sa forlune. Un hangar séparé sert aux usages domestiques, el la main des femmes y prépare les aliments.

))'Un brahme est toujours facile à reconnaître. Son habillement très blanc est bien drapé sur ses épaules. Son corps, chargé d'embonpoint, respire l'indolence el la santé. Sa démarche n'est pas sans dignité; ses traits sont distingués, mais à travers l'air grave, hautain et dédaigneux répandu sur sa physionomie, on découvre sans peine l'air faux et méchant. L'iniluence des brahmes est sans bornes, môme sur les castes les

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plus élevées. Les dernières fuient devant eux ou cachent leur front dans la poussière.

» Les habitations des brahmes se distinguent toujours par leur étendue et un aird'aisance. Elles contiennent ordinairement un grand nombre de domestiques tirés des hautes classes. Les appartements sont meublés avec luxe ; ceux des femmes forment une partie séparée de la maison, où les plus proches parents peuvent à peine pénétrer. C'est dans ces lieux retirés , d'où elles sortent rarement, que vivent les Indiennes dans une espèce d'esclavage. Ni les richesses, ni le rang élevé de leur famille ou de leur mari, ne rendent leur sort plus heureux. L'autorité du maître est absolue ; elles ne sont que ses premières esclaves, et ne peuvent paraître devant lui que dans une posture humble et les yeux constamment baissés. La femme, considérée comme un être d'une espèce inférieure, ne mange jamais avec son mari ou son fils , qu'elle doit servir. Elle est même bannie de toutes les cérémonies religieuses. Soigner l'intérieur de sa maison, souffrir avec une inaltérable douceur les caprices du maître, tâcher de lui plaire, quels que soient son caratère et son humeur, tel est le sort d'un brahmine, dès qu'elle tombe sous le joug d'un mari.

» Les Indiennes aiment la parure et s'en servent avec beaucoup de goût; des anneaux d'or massif ornent le bas de leurs jambes et l'extrémité des bras ; des chaînes du même métal tournent autour de leur cou, couvrent le front et s'enlacent dans leurs cheveux, relevés sur le sommet de la tête toujours découverte. Un large pantalon descendant jusqu'aux pieds et recouvert de la chemise ou tunique longue et sans manches; enfin une pièce de toile de coton entourant le cou et la partie supérieure du corps, forment leur habillement, de la plus élégante simplicité. Un anneau d'or est passé dans le côté gauche de leur nez, disgracieux ornement qui descend jusque sur leurs lèvres ! »

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