‹ Les Curiosités de l'Ancien MondeChapitre 34 sur 97 · CHASSE AUX FLAMBEAUX · texte numérisé non relu

CHASSE AUX FLAMBEAUX

« La poursuite des antilopes m'avait mis sur les dents, je me sentais un peu raide à mon lever; mais, après le breuvage du matin, un plongeon dans le réservoir de la pagode et quelques bouffées d'un excellent cigare, la lassitude disparut et nous monlûmes à cheval pour nous rendre à Combey, village éloigné de quatorze milles d'Andior.

» Comme nous chevauchions, le percepteur aperçut une ourse qui montait sur la pente d'une colline rocheuse ; nous lâchâmes les deux chiens poligars, Ali et Assan, et nous lui donnâmes la chasse avec nos épieux. Mais la vieille mégère se trouvait près de'sa tanière, et elle nous faussa compagnie, à notre grand déplaisir.

» A notre arrivée, nous trouvâmes Combey abandonné ses habitants à cause de la fièvre, et occupé par quelques familles de la caste des Mulchers, tribu des jungles. Malgré cela, nous établîmes notre camp sous un large pupul, près d'un ruisseau limpide rempli de poissons.

» Ces dispositions prises, nous nous dispersâmes dans ditïérentes directions pour découvrir les bisons. Mes amis rencontrèrent des pistes fraîches. De mon côté, je tuai un jeune cerf moucheté, et je découvris une saline où se voyaient des traces innombrables de cerfs, d'élans, de moutons des jungles, et quelques vieilles pistes de bisons. Ces animaux viennent de plusieurs milles pour manger la terre imprégnée de sel, dont ils sont extrêmement friands.

)) Au dîner, je parlai de ma découverte, etcomme la saline n'était pas à plus d'un demi-mille de distance, nous résolûmes d'essayer du procédé des Birmans, pour tuer le cerf à l'aide d'une lumière artificielle. En conséquence, mon groom fit une torche avec des morceaux de chiffons, de la graisse, de l'huile et du goudron, et il l'attacha à l'extrémité d'une perche en bambou d'environ quinze pieds de hauteur. Nous nous pourvûmes de plusieurs fusils, de tapis, de grogs, et nous nous rendîmes à la saline un peu avant la tombée de la nuit. Nous y élevâmes une manière de paravent composé de broussailles et de branches, et nous nous installâmes commodément en face et sous le vent d'un espace de terrain découvert qui portait les empreintes de dilTérentes espèces de cerfs. Notre perche était plantée en terre â une demi-douzaine de pas devant nous. Quand il lit sombre, la torche fut allumée, et nous plaça-

DE l'ancien monde. 69

mes derrière une plaque de fer blanc, pour servir de réflecteur et empêcher en même temps la lumière de révéler notre présence.

» Nous attendîmes pendant près d'une heure sans rien voir ni rien entendre, lorsque tout-à-coup je crus distinguer une paire d'yeux étincelants comme des étoiles, dans le fourré. Un moment après, un aboiement grave m'apprit que mon plan avait réussi, et qu'un élan mâle était près de nous. Je murmurai aux autres de ne pas faire feu avant que j'eusse donné le signal, car j'avais reconnu au cri de l'animal que le troupeau n'était pas loin. Quelques instants après, l'élan marcha en avant, jeta son cri, piétina en marquant ses empreintes dans le sol, se gratta le dos avec ses andouillers, et resta les yeux éblouis à regarder la lumière. Presque aussitôt après il fut suivi du reste du troupeau, qui devait se composer d'une vingtaine de têtes environ. La flamme absorbait toute leur attention, et ils s'avancèrent à douze pas de la perche, avant que je donnasse le sigal de tirer, en disant tout bas : Coo !

» Nos coups de feu partirent ; la décharge parmi les animaux causa une confusion telle que quelques-uns d'entre nous eurent le temps de faire usage des fusils de réserve avant que le troupeau se fût disposé.

» La fumée dissipée, nous trouvâmes cinq morts et quatre blessés. »

Page 1