‹ Les Curiosités de l'Ancien MondeChapitre 35 sur 97 · ASPECT GÉNÉRAL DE L'AFRIQUE · texte numérisé non relu

ASPECT GÉNÉRAL DE L'AFRIQUE

L'Afrique, si fertile en prodiges, si célèbre depuis tant de siècles, et dont les sables brûlants ont servi de tombeau à tant de glorieuses victimes de l'amour de la science, l'Afrique a toujours fixé l'attention du monde civilisé et excité l'esprit de recherche des hommes les plus sages et le courage des plus braves.

Quoique un petit bras de mer seulement la sépare de l'Europe, nous n'en connaissons bien que les côtes. Un voile épais couvre encore l'intérieur de cette vaste contrée. Peu d'hommes ont tenté de le soulever, et de ce petit nombre, peu, très peu, ont eu le bonheur de revenir pour nous faire part de leurs découvertes. La plupart des voyageurs intrépides qui poussèrent assez loin le courage et l'oubli d'eux-mêmes pour tenter cette téméraire entreprise périrent victimes de la férocité des habitants ou de son climat meurtrier.

Toutefois, depuis quelques années , les épaisses ténèbres qui nous cachent les contrées intérieures de l'Afrique s'éclaircissent peu à peu. Bientôt les nuages qui en couvrent les curiosités se dissiperont, et les bienfaits des sciences et du catholicisme éclaireront un pays que naguère encore on regardait comme condamné à rester plongé dans une éternelle obscurité.

Disons d'abord que le divin Homère croyaitque les colonnes d'Hercule, c'est-à-dire le détroit de Gibraltar, étaient les colonnes du monde, cl que les piliers, qu'il supposait soutenir le ciel et la terre, étaient gardes par Atlas dans une région où l'on ne pouvait pénétrer.

Plus récemment, le moine égyptien Cosmas Indicoplastès voyait

dans l'Afrique une imnïense plaine carrée, deux fois aussi longue que large, entourée de tous côtés par TOcéan, et autour de laquelle s'élevait un grand mur qui supportait la voûte du firmament , sous lequel le soleil et la lune tournaient autour d'une montagne en forme de quille.

Strabon avait cependant déjà donné à l'Afrique la forme d'un rectangle, dont les côtes septentrionales formaient la base, le Nil et les côtes de la mer d'Ethiopie l'angle droit, et la côte occidentale l'hypothémuse.

En effet, la configuration de cette partie du globe est assez semblable à celle d'un triangle régulier, dont le côtéseptentrional, depuis le golfe de Sédra jusqu'au grand désert, est un pays montagneux et fertile. La pente des montagnes de cette partie de l'Afrique est beaucoup plus escarpée vers la mer que du côté des terres intérieures. A l'ouest, les montagnes se prolongent jusqu'à l'océan Atlantique, où elles se terminent brusque- •ment en rochers inaccessibles. A l'est, elles s'abaissent insensiblement depuis les monts Habesch jusqu'au Delta ; et, au sud, elles descendent en plateaux successifs jusqu'à la mer. De même que les chaînes de la Haute-Asie suivent la forme allongée de cette partie du monde, s'étendent de l'est à l'ouest, et se terminent aux mers d'Aral et Caspienne, ainsi que dans les steppes qui les entourent, de même les montagnes de l'Afrique viennent s'arrêter , au nord, dans les plaines de Darkulla, Melli, Wangara et Bergheim, de sorte que l'Afrique septentrionale présente un aspect tout différent de l'Afrique méridionale, et ne forme qu'une immense plaine.

Le pied de ces monts est entouré de sables, dont quelques parties sont habitées et cultivées, tandis que d'autres ne présentent que des déserts arides. Cette différence résulte du petit nombre de fleuves qui arrosentla base de ces montagnes. Il paraît même que la source des principaux fleuves est placée sur le versant septentrional, et que les fleuves de second et troisième ordre prennent leur origine sur les versants de l'est et de l'ouest.

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