MERS
L'Asie, parmi ses mers intérieures, renferme la plus considérable du globe, la mer Caspienne.
Elle a environ 300 lieues du nord au sud, en longueur , et 100 à 160 lieues en largeur. Ses eaux sont salées comme celles de l'Océan, avec lequel elle n'a pourtant pas de communication visible. Plusieurs savants, entre autres le major Rennell, pensent que le lac d'Aral, situé à quelque distance vers l'Orient, communique, avec elle. Le célèbre voyageur Pallas a conjecturé que les steppes qui séparent la mer Caspienne de la mer d'Azoff furent autrefois couvertes d'eau et ne formaient qu'un vaste océan.
La mer Caspienne est appelée de nos jours, par les Turcs, Cozgoun- Denghisi, mer des Corbeaux ou cormorans, à cause du grand nombre de ces oiseaux que l'on rencontre sur ses rives. Elle est du reste fort peu fréquentée et n'offre qu'un petit nombre de ports commodes.
Cette mer a pris son nom des Caspiens, ancien petit peuple de la Midre, au sud-ouest de son rivage. Les anciens l'appelaient aussi mer Hyrcanienne ou des Hyrcaniens, qui habitaient à l'est et au sud.
Jusqu'au siècle d'Hérodote, les Grecs ont ignoré les dimensions du Pont-Euxin, et à plus forte raison de la mer Caspienne. A défaut de documents positifs, on avait prodigué les suppositions et les conjectures, et, comme depuis Homère, on se figurait que la terre habitée était une
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sorte de disque environné du lleuvc Océan, les anciens géographes, manquant de notions sur ces contrées reculées, pensaient et affirmaient que les eaux de l'Océan extérieur se jetaient dans la mer Caspienne, comme dans un golfe. Hérodote, cet historien vrai parce qu'il est exempt de système, dit bien positivement que cette mer n'a pas d'issue, que sa longueur est de quinze journées de navigation et sa largeur de huit. Chose surprenante ! l'erreur et l'ignoi-ance prévalurent encore après Hérodote, et l'on vit Strabon, Pomponius-Mela, Pline, Denys le périgète, géographes classiques, afTirmer encore que la mer Caspienne communique avec l'océan septentrional.
Les contrées qui avoisinent celte mer furent toujours tellement endehors du mouvement du commerce et de la civilisation, les peuples qui la bordent furent tellement ignorants et ignorés, que c'est à une carte de la mer Caspienne, dressée par l'ordre du czar Pierre I", que l'on doit la connaissance positive de sa forme et de sa dimension.
L'Asie renferme, en outre de la mer Caspienne, un nombre considérable de grands lacs, parmi lesquels il faut placer :
Le lac d'Aral, appelé aussi la mer d'Aral ou mer des Aigles, car, après la mer Caspienne, il est le plus grand de cette partie du monde. Il est situé dans les steppes des Turcomans, des Kirguis, etc. H est long de 50 lieues, et large de 24. Sa superficie est de 1124 milles, et son eau est salée, comme celle de tous les lacs qui n'ont pas d'écoulement. Le lac Aral reçoit l'Amu, l'Oxus des anciens, ainsi, que l'Iaxartes, actuellement le Sir. Les Tatars le nomment Aral-Denguils, à cause de la quantité d'îles situées dans sa partie méridionale. Il nourrit une grande quantité de poissons, surtout des esturgeons et des veaux marins. Ses rives sont sablonneuses et n'ont pas de ports. Ses eaux, n'ayant pas d'issue, ne diminuent que par l'évaporation. Le niveau du lac est très bas ; tout à l'entour se trouvent un grand nombre de petits lacs et de sources. La distance qui le sépare de la mer Caspienne est de 20 milles environ.
Vient ensuite le lac Asphaltite ou mer Morte, en Palestine.
La seconde catastrophe physique dont la Bible fasse mention, et qu'elle nous montre encore comme le résultat d'une punition de Dieu contre la perversité de l'homme, c'est l'engloutissement de Sodome, Amora, Adama et Séboïm, villes perverses qui ne renfermaient pas même dix justes. Elles s'élevaient somptueuses et riches dans la magnilique vallée de Sédime, où les eaux du Jourdain répandaient , sous un ciel brillant, tous les dons d'une nature prodigue. Mais c'était la mort sous les fleuves, suivant l'expression d'un écrivain spirituel, car ce sol si brillamment paré ne devait sa fertilité qu'au feu qui le minait. Sous cette terre si belle, le soufre, le bitume, toutes les matières volcaniques bouillonnaient en attendant le moment do plonger dans un éternel oubli
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les créatures impies qui osaient méconnaître la puissance de leur créateur. Alors, un jour, lorsque la miséricorde infinie de Dieu se fut lassée, lorsque le cri vengeur fut devenu trop grand, elles furent jugées et la sentence fut exécutée d'une manière terrible. Ecoutez la Bible : « L'Eternel fit pleuvoir sur Sodome et Amora du soufre et du feu qui venaient, du ciel : il bouleversa ces villes et tout le circuit, tous les habitants de ces villes, ainsi que la végétation de la terre. Le feu du ciel alluma donc les feux de la terre, toutes les substances ignifères qui couraient dans son sein, et elles roulèrent en torrents enflammés, à la suite d'un épouvantable craquement. Ensuite, les eaux du Jourdain qui coulaient jusqu'à ce moment vers le golfe d'Arabie où elles s'épanchaient, s'arrêtèrent pour engloutir ce théâtre d'iniquités : elles s'engouffrèrent dans le vide immense qui venait de s'ouvrir au milieu du plateau de Kenaan. A la place de la fertile vallée, on ne vit plus qu'une nappe sans fin , lourde comme du métal liquide , au travers de laquelle on distinguait quelquefois, d'après l'historien Josèphe, l'ombre des cités impies. »
Ce lac reçut le nom pompeux de mer de l'Orient, mer de la Plaine , mer de Sel. Les géographes grecs et romains en parlent sous celui de lac Asphaltite, ou lac de bitume ; c'est celui qui lui est resté.
Le voyageur qui s'égare sur ses rivages désolés ne voit autour de lui que tristesse et désolation, et la parole de la Bible s'y produit avec une énergique et effrayante vérité. Les montagnes qui l'enveloppent de toutes parts sont arides et pelées : le sel transsude le sol; on n'y voit que de maigres arbustes qui semblent lutter contre la rebelle nature ; de misérables arbres qui languissent en attendant en vain quelque peu d'humidité, mais auxquels le vent du désert n'envoie que la poussière Sèche et brûlante de la plaine. En même temps, les eaux du lac qui, avant de s'arrêter immobiles, sont douces et bonnes comme celles des fontaines, deviennent mauvaises du moment qu'elles cessent d'être au Jourdain pour devenir le lac. Elles sont plus salées que toutes les eaux connues, et cependant elles sont limpides comme le cristal et bleues comme la mer lointaine. Aussi ne peut-on pas être étonné que cette mer soit appelée Morte, car tout est bien mort autour d'elle.
Lorsqu'on vient à étudier et à connaître cette nature si étrange, cette vie si excentrique, on s'explique facilement pourquoi les phénomènes ont pris dans la bouche des peuples des formes merveilleuses, comment on a pu ajouter quelques circonstances fabuleuses à celles déjà si extraordinaires que l'observation y fait connaître. Ainsi, on a dit pendant longtemps que d'épaisses colonnes de fumée s'élevaient des eaux du lac, témoignant ainsi de l'embrasement continu des villes punies ; que les vapeurs qui en sortaient donnaient la mort aux oiseaux qui la traversaient ; que les eaux elles-mêmes avaient un résultat fatal pour celui qui
osait s'y plonger, ou qu'elles refusaient de recevoir le corps des victimes que l'on précipitait dans ses abîmes.
Il n'est rien de tout cela. Ainsi, par exemple, récemment Pocoke, les frères Robinson, et la plupart des voyageurs anglais qui ont visité ces bords inhospitaliers, s'y sont baignés, et le seul eiïet qu'il en aient éprouvé est celui qui résulte de la grande pesanteur spécifique de l'eau, qui les empêchait de s'y enfoncer, et permet par cela même à ceux qui ne savent pas nager d'y llolter et d'y prendre toutes les positions sans danger.
Vespasien, voulant jouir de ce' spectacle singulier, y fit jeter plusieurs criminels qui ne savaient pas nager , et auxquels on avait attaché les mains : mais peu à peu ils s'enfoncèrent et disparurent dans la profondeur des eaux. Van-Egmont raconte qu'ayant voulu s'y tenir perpendiculairement, il fut obligé d'employer tout ce qu'il avait de forces, et qu'il put alors s'y promener comme sur un terrain solide , sans être obligé de faire les mouvements auquels on est tenu dans l'eau douce.
Quant à l'influence des vapeurs sur les oiseaux, elle est tout aussi peu maligne que celle des eaux sur la constitution humaine. MM. Irby et Mangle virent passer au-dessus de la mer Morte deux oies d'Egypte et une troupe de pigeons. Le R. P. Laorty-Hadji aperçut un nombre d'hirondelles qui jouaient à la surface des eaux. Marondrelle vit également d'autres volatiles voler au-dessus du lac sans que leur rapidité fût amoindrie le moins du monde par aucune soufl'rance.
Pour la fumée, elle existe en effet : mais ce n'est autre chose que la vapeur épaisse résultant de l'évaporation prodigieuse sollicitée par la chaleur brûlante du soleil de ces régions, et qui est telle qu'on la porte à près de 9,000,000 de tonnes d'eau par jour. Plus de 6 de ces millions lui sont fournis par le Jourdain, et le reste parle lac lui-même, et par les torrents qu'il reçoit à droite et à gauche.
Le savant docteur Marcet a reconnu qu'une quantité quelconque des eaux du lac contenait plus d'un quart de sel. Cette matière y est tellement abondante que tout, sur ces rivages, en est pour ainsi dire incrusté, qu'elle forme des rochers entiers, et que l'assertion de Strabon ne doit pas paraître dénuée de vérité , lorsqu'il avance qu'on voyait de son temps, sur les bords du lac, des villes dont les maisons étaient bâties en sel.
Le bitume, cause première de la formation de la mer Morte, s'y présente avec la même abondance, et on en voit surgir à la surface des eaux des masses tellement considérables qu'elles ressemblent à des îles. Pline avait déjà fait cette observation.
La mer Morte a 22 lieues de longueur sur 10 de largeur. Il résulte de la comparaison ou des opinions tout-i\-fait contradictoires émises ;\
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ce sujet, qu'elle peut avoir 140,000 hectares de superficie. Elle est encaissée entre deux montagnes qui ne se rejoignent pas aux deux extrémités. Les rampes de ces montagnes sont rocheuses ou boisées, et ne manquent pas de pittoresque. En errant à l'aventure autour d'elles, on courl souvent le risque d'être arrêté et rançonné par les Arabes, ou celui de se trouver face à face avec des bêtes fauves peu agréables. Jusque dans ces derniers temps, peu de personnes avaient essayé de parcourir les bords de cette mer célèbre entre toutes. Pour un pareil voyage, il fallait une érudition et un courage rarement réunis. Mais. enfin ces deux qualités se sont trouvées chez un savant Français, M, de Saulcy, et un religieux, le R. P. Laorty-Hadji. Le premier a exploré le lac Asphaltite du mois de décembre 1850 à la fin de janvier 1851. Il a reconnu et parfaitement vu , sous les eaux , les ruines de Sodome, Armora, Ségor, Séboïm, etc. Il a fait le tour des eaux, à l'exception des dernières lieues, à cause des rochers qui l'ont arrêté. Le second voulait même naviguer sur la mer Morte , muni qu'il était d'un bateau construit tout exprès ; mais son projet n'a pu se réaliser.
Tels sont les lieux où la puissance de Dieu est empreinte du même caractère de grandeur que là où elle se déploie dans toute sa richesse splendide.