‹ Les Curiosités de l'Ancien MondeChapitre 50 sur 97 · THÈBES AUX CENT PORTES · texte numérisé non relu

THÈBES AUX CENT PORTES

Mais la merveille de TEgypte par excellence, sans contredit, c'est Thèbes, Thèbes aux cent portos, la ville illustrés par Homère le poèlç divin, le Diospolis Migna des Grecs, lacitôaux ruines immenses et grandioses que l'armôc française salua de ses acclamations quand elle en découvrit de loin les splendeurs.

En efTet, quand on approche du bassin dont elles hérissent la surface, et qu'on voit au loin les ruines colossales projetant leur ombre immense çà et là dans la plaine, qui se développe dans une étendue à peu près égale sur les deux rives du Nil, on se rappelle aussitôt les magnilicences décrites par tant d'auteurs et d'historiens fameux.

Une douzaine de villages agglomérés remplaçant la brillante capitale des Pharaons, se sont formés de ses débris. Les plus remarquables sont Louqsor et Karnac sur la rive droite, et, sur la rive gauche, MedinetT Abou, Kournah, E!-B>3yrat, etc. Ces villages ne s'abritent pas sous des palmiers ou d'autres arbres, mais ils gisent cà l'ombre de fûts solitaires, de colosses, de sphinx, de pylônes, de colonnades et d'obélisque.s, débris de merveilles encore à moitié debout et qui font rêver à la grandeur du peuple qui dort maintenant sous la poussière de la vallée.

Karnac fut l'un des plus beaux palais de Thèbes : ses ruines s'élèvent sur une éminence factice qui se dresse au centre d'une plaine cultivable d'au moins deux lieues de circuit. On est frappé tout d'abord de la grandeur imposante du tableau. Une longue avenue de sphinx, de pylônes, de propylées et d'obélisques, qui aboutissait au tleuve, saisit encore d'admiration et commande le respect. De ces prodiges de l'art, deux sphinx sont seuls debout, distants l'un de l'autre de quatre coudées, couchés, les jambes de de\ant étendues, celles de dessous repliées. Ils ont des têtes de béliers placées sur des corps de lions, avec une coilTure symbolique qui, couvrant la tête, retombe sur le dos et sur la poitrine.

Au bout de l'avenue des Sphinx se rencontre un pylône, dans un développement de trois cent quarante-huit pieds, sur une hauteur de cent trente-quatre. La porte avait soixante pieds d'élévation. C'est la plus grande construction da ce genre que l'on trouve en Egypte. Elle donne passage vers une vaste enceinte de cent deux pieds et demi de large et de deux cent cin:|uantc-deux de piofondeur. Des édilices entiers s'y trouvent contenus. Je ne puis songer à en faire lu description : il fau-

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drait un volume entier. Galeries, colonnades, appartements, cours et nouvelles galeries, nouvelles colonnades, nouveaux appartements, nouvelles cours, tel esl le palais de Karnac.

Pour donner une idée de l'immensité de ce palais, citons Tune des salles qui le composent, la salle hypostyle.

Figurez-vous un vaste rectangle de cent cinquante-neuf pieds sur trois cent dix-huit. Les pierres du plafond y reposent sur des architraves portées par cent trente-quatre colonnes encore debout. Les plus grosses n'ont pas moins de onze pieds de diamètre et de soixante-dix pieds de haut. Les chapiteaux ont prèsde soixante-quatre pieds de développement, et leur partie supérieure présente une surface où cent hommes pourraient aisément tenir debout. Cette salle hypostyle est Tune des plus étonnantes construciions que l'imagination puisse concevoir. On comprendra mieux son étendue quand j'aurai dit que Notre-Dame de Paris y tiendrait tout entière.

Le prodige de Louqsor est au niveau de celui de Karnac. De quelque point qu'on y arrive, les ruines de cet autre palais dominent et s'estompent en gris sur le brillant ciel d'Egypte, comme une demeure de géant. Elles s'étendent sur un monticule de débris au bord du Nil, et couvrent un espace de trois cent vingt mètres du nord au sud, et de quatre-vingts de l'est à l'ouest. Elles ont pour base un quai solidement construit en briques. C'est en avant du pylône et de l'entrée principale de cetle demeure fastueuse que se trouvait l'obélisque de granit rose qui décore maintenant notre place Lous XV, à Paris. Le Louqsor était la résidence de Rhamsès-le-Grand, plus connu sous le nom de Sésostris, et c'est ce prince fameux qui l'avait élevé.

Je ne pailerai ni du temple ni du palais de Medinet-Abou, non plus que du Memnonium ou Amenophium, et des autres magnificences de Thèbes.

Je rappellerai seulement qu'après la Thèbes des vivants, il y avait l;i Thèbes des morts, que l'on peut visiter encore. Pour arriver à ces hypogées, il faut gravir des sentiers étroits creusées dans leroclibyque. Le nombre des galeries qui se présentent en tous sens est incalculable, mais leur intérieur est dans un horrible état de dévastation. Les momies ne sont plus à leur place ni dans leurs boîtes, mais elles jonchent le sol en tout sens. On marche sur elles, et comme le pied enfonce sûr leurs débris, on éprouve quelque peine à le retirer. Il est difficile de séjourner dans ces hypogées, car l'air y est saturé d'exhalaisons bitumineuses. On trouve partout dans ces galeries funéraires des statuettes en granit, en bronze, en albâtre, en terre cuite, en bois peint et doré, de petites images de momies, de figurines votives, d'images d'hommes, d'animaux, de dieux, des lampes, des vases, des tubes, des boules percées. Ce qui a le plus fixé l'attention dans les découvertes

faites dans ce dortoir de la mort, ce sont des masses énormes de papyrus, manuscrits égyptiens qui ont longtemps gardé le mot de leur existence mystérieuse. D'oidinaire on les trouve placés sous les bandelettes des momies, entre les cuisses ou les bras. Les papyrus sont roulés, dans une longueur qui vai'ie, mais toujours de gauche à droite.

Les hypogées, ainsi jonchés de débris, paraissent avoir été la nécropole des castes sacerdotales et militaires. Mais du côté de Kournah, dans une gorge de la chaîne libyque qui surplombe Medinet-Abou, il existe d'autres souterrains connus sous le nom de Tombes des Rois. En entrant dans la partie la plus reculée de cette vallée par une ouverture étroite, évidemmen! faite de main d'homme, et offrant encore quelques sculptures égyptiennes, on voit bientôt des portes carrées, encombrées pour la plupart et dont il faut approcher pour apercevoir la décoration. Ces portes donnent entrée dans les tombeaux des rois. Chaque tombeau a la sienne, car jadis aucun ne communiquait avec l'autre : ils étaient tous isolés. Ce sont les Arabes, chercheurs de trésors, qui ont établi quelques communications forcées.

« Je donnerai, continue le R. P. Laorly-Hadji, une idée générale de ces monuments funèbres par la description rapide de l'un d'entre eux, celui du pharaon Rhamsès, fils et successeur de Méiamoun,

» Selon Champollion, le bandeau de la porte d'entrée est orné d'un bas-relief qui est la préface ou le résumé de toute s les décorations des tombes. C'est un disque jaune au milieu duquel est le soleil à tête de bélier, c'est-à-dire le soleil couchant entrant dans l'hémisphère inférieur. Du côté du soleil, et dans ce disque, est sculpté un scarabée, symbole de régénération. Le roi est agenouillé sur la montagne céleste, sur laquelle portent aussi les pieds de deux déesses. Le sens général de la composition se rapporte au roi défunt : soleil de l'Egypte durant sa vie, il était à sa mort le soleil couchant qui doit reparaître à l'aube suivante.

» Cependant, comme pour rassurer l'esprit du pharaon contre k spectacle d'une destruction prochaine, d'autres tableaux avaient soin de lui promettre une longue vie et une parfaite santé. Ceci est tiguré dans le corridor qui sert comme de pierre d'entrée aux tombes. Au-delà paraît une petite salle contenant les images sculptées et peintes de soixante-quinze pasèdrcs du soleil, précédées ou suivies d'un immense tableau dans lequel on voit successivement l'image abrégée de soixanlequinze zones et de leurs habitants.

» La salle qui précède le sarcophage est en général consacrée aux autres génies de la mort.

» De toutes les salles, la plus magnifique est celle du tombeau de Rhamsès. Le plafond, creusé en berceau et d'une très belh^ coupe

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a conservé toute sa peinture. Les parois de la salle sont couvertes, du soubassement au plafond, de tableaux sculptés et peints, et chargés d'hiéroglyphes explicatives »

ILE DE PHILŒ.

Je termine par ces quelques lignes, empruntées à M, Edouard Combes, vice-consul de France, ce que j'ai à dire sur la mystérieuse île de Philœ, qui sert de barrière à la vallée du Nil, dans la Haute- Egypte :

« Comme un riche bouquet, éternellement rafraîchi par les eaux du fleuve, rîle de Philœ s'élève au milieu du Nil avec ses merveilleux monuments et ses gracieux ombrages. Elle est presque entièrement couverte de colonnades et de temples, les uns debout, les autres renversés, bouleversés et avidement fouillés. Cette île était jadis entourée d'une ceinture de remparts qui la rendait inaccessible : le Nil et le temps ont déjà fait de larges brèches et ils poursuivent avec un malheureux succès leur œuvre commune de destruction. En visitant les temples de Philœ, depuis leurs souterrains jusqu'à leurs faîtes, on observe avec curiosité et même avec terreur des salles obscures, communiquant, par des trappes, avec de sombres prisons qui furent sans doute les témoins muets de redoutables mystères. Les peintures qui ornent les murailles et les plafonds sont d'une fraîcheur étonnante. L'aspect de cette île, autrefois vénérée, inspire l'amour de la solitude »

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