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L'ABYSSINIE ET GONDAR, SA CAPITALE

RUINES D AXUM.

Quand on tourne le dos à la mer Rouge et qu'on pénètre dans TAbyssinie, les montagnes qui ferment l'orient forment trois chaînes l'une au-dessus de l'autre, et présentent un irrégulier aspect. La première n'est pas très élevée, mais elle est remplie d'inégalités et de précipices décorés d'arbustes et de buissons. La seconde est plus haute, plus escarpée, plus stérile. Enfin la troisième, encore plus inégale que les

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autres, pourrait être réputée très haute dans quelque pays que ce soit de l'Europe. Par-dessus ces masses énormes s'élève le sommet du Taranta, l'une des plus hautes montagnes du monde. Son front chargé de nuages ne se laisse apercevoir que dans de très beaux jours; le reste du temps il est environné de brouillards épais et ténébreux d'où partent les éclairs, la foudre et les tempêtes.

Si l'on, s'aventure dans ces montagnes, on rencontre des indigènes appelés Shihos, qui vivent en pasteurs des nombreux troupeaux qu'ils tiennent au pâturage. Les Shihos sont lâches, en général. De tous les pasteurs qui vivent dans le voisinage de la mer Rouge, ils ont la couleur la plus foncée. Ils sont tous habillés , ce qui est rare en Afrique. Les femmes portent de longues chemises de coton, qui ont les manches fort larges et qui leur tombent jusqu'à la cheville du pied. Les hommes ont des culottes de toile de coton, mais si courtes qu'elles ne leur vont qu'à la moitié de la cuisse, et ils se couvrent les épaules avec une peau de chèvre. Ils n'ont ni tentes ni maisons : mais ils habitent tantôt des cavernes dans les montagnes, tantôt sous des arbres, ou dans de petites huttes bâties en forme de cônes, avec une espèce d'herbe assez semblable au roseau.

En descendant des montagnes, on trouve enfin une vaste plaine, au centre de laquelle s'élevait jadis la ville d'Axum, autrefois capitale de TAbyssinie.

Les ruines de cette antique cité, dont la gloire remonte au iv*" et au v^ siècles, sont très étendues, mais semblables à celles des autres cités des premiers temps : elles n'offrent que des restes -d'édifices publics. Sur une grande place qui a été le centre de la ville, on voit encore quarante obélisques, dont pas un seul n'est orné d'hiéroglyphes. Les deux plus beaux sont renversés : mais un troisième, un peu moins grand que ces deux-là, et plus grand que tous les autres, est encore debout. Ils sont tous d'un seul bloc de granit, et au sommet de celui qui est debout, on voit une coupe supérieurement sculptée dans le goût grec. Axum est arrosé par un petit courant d'eau qui ne tarit jamais et qui prend sa source danslavallée étroite où sont les obélisques. L'eau est reçue dans un magnifique bassin de cent cinquante pieds carrés, et de là on la conduit comme on veut dans les jardins des environs, où l'on ne cultive pourtant guère d'autres fruits que des grenades, encore n'y sontelles pas excellentes.

La capitale de l'Abyssinie, Gondar, est bâtie sur une montagne très haute, dont le sommet est assez plat. Cette ville contient environ dix mille familles en temps de paix. La plupart des maisons sont d'argile, avec un toit de chaume en forme de cône, ainsi qu'il est d'usage partout où tombent les pluies des tropiques. A l'occident de la ville, on distingue le palais du roi, qui était jadis bien plus imposant qu'il

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n'est aujourd'hui. C/élait un grand bâtimenî, carré à quatre étages, et llanqué de qualie tours, d'où la vue s'étendait du coté du midi sur toute la ranipagne, jusqu'au lac Tzana. Mais cet éditicc, brûlé à ditîércntes reprises, n'otlre presque plus qu'un monceau de ruines. On n'ha- Idle que les deux premiers étages, où est une salle d'audience déplus de cent vingt pieds de long.

Le palais et toutes les maisons qui sont autour sont environnés d'un mur de pierres do trente pieds de hauteur, dont le sommet est [)ercé d'ouvertures. L'intervalle de ce mur aux maisons est recouvert d'un parapet ; on peut, en faisant le tour, voir tout ce qui se passe audehois. Il ne paraît pas qu'il y ait jamais eu d'embrasures pour du canon : les quatre côtés de ce mur ont plus d'un mille et demi de longueur.

Le corps des personnes qu'on fait mourir en Abyssinie pour crime de haute trahison, de meurtre ou de violence, est communément exposé sur les places publiques et les grands chemins : il est fort rarement enterré. Les rues de Gondar sont pavées des membres et des carcasses de ces malheureux, qui y attirent tant d'animaux féroces pendant la nuit qu'il est très dangereux de sortir. Cette horrible coutume d'abandonner les cadavres des criminels est en pleine vigueur à Gondar. Les chiens s'emparent souvent de quelques-uns de leurs membres, qu'ils portent un peu partout, jusque dans les cours et les appartements, afin de pouvoir les dévorer avec plus de sécurité, ce qui ne manquerait pas de nous révolter, nous, mais ce qui n'alïecte en aucune façon les nerfs des Abyssiniennes, fort endurcies, on va le voir par ce qui suit, contre toutes les émotions possibles.

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